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Une marque de single malt née à Bordeaux en 2019, une orge française, un moût brassé par une brasserie alsacienne et une distillation menée à Uberach : le whisky Évadé se lit comme une chaîne de savoir-faire répartis plutôt que comme un lieu unique. Cette page réunit nos bouteilles portant ce nom et remet chaque étape à l'endroit où elle se passe vraiment.
Le nom Évadé n'est pas celui d'un site de production. Il appartient à Whiskies du Monde, une entreprise familiale installée à Mérignac, en Gironde, dont le métier est la création, l'importation et la distribution de spiritueux. Lire l'étiquette correctement suppose de séparer deux métiers : celui qui compose une gamme et lui donne une identité, et celui qui fabrique le liquide.
Florence et Arnaud Pontoizeau dirigent ensemble Whiskies du Monde, maison bordelaise dont le métier premier est la sélection et la distribution. En 2019, ils lancent Évadé, la première marque de single malt français créée par l'entreprise. Le geste est celui d'un distributeur qui passe de l'autre côté du comptoir : au lieu de choisir des bouteilles déjà faites, il fixe un cahier des charges, retient une orge, un outil de distillation et un parc de fûts, puis signe le résultat de son propre nom.
Une marque de whisky n'a pas besoin de posséder des alambics pour exister, et beaucoup n'en possèdent pas. Ce qui change, c'est la nature de ce que l'étiquette engage. Une distillerie répond d'un lieu, d'une eau et de la forme de ses alambics. Une marque répond d'une recette, du choix de ses partenaires et d'une sélection de fûts. Sur Évadé, la fabrication est confiée à un distillateur nommé publiquement, ce qui permet de dire précisément où le liquide est né.
Deux indications géographiques whisky existent en France, le Whisky de Bretagne et le Whisky d'Alsace, reconnues par un arrêté du 30 décembre 2014. Aucune indication « Whisky de France » n'est homologuée à ce jour : un cahier des charges a été rédigé, rien n'est acquis. La mention « whisky français » se lit donc comme une origine géographique, jamais comme une appellation protégée. Notre page consacrée au whisky français développe ce point pour l'ensemble des maisons du pays.
La maison publie le nom de son distillateur, ce qui n'a rien d'automatique sur une marque de ce type. Le liquide prend vie à la distillerie Hepp, à Uberach, dans le Bas-Rhin, une distillerie familiale conduite par Yannick Hepp. Trois métiers se partagent alors l'ouvrage : le céréalier, le brasseur et le distillateur, chacun sur son terrain.
Avant toute distillation, il faut un moût fermenté, et cette étape relève du métier de brasseur. Elle est confiée à Meteor, brasserie familiale alsacienne fondée en 1640, qui produit des brassins sur mesure à partir des variétés d'orge retenues pour la gamme. Le principe n'a rien d'exotique, plusieurs distilleries de malt travaillent avec un brasseur voisin. Ce qui compte ici, c'est que la levure, la durée de fermentation et le profil du moût sont décidés pour ce whisky et non repris d'une bière.
Installée à Uberach, au nord de Strasbourg, la distillerie Hepp est une maison artisanale de troisième génération qui produit sous son propre nom des eaux-de-vie de fruits, des liqueurs et des whiskies alsaciens. Elle distille également Évadé, sous la conduite de Yannick Hepp. Une même maison peut donc porter deux étiquettes distinctes, la sienne et celle d'un donneur d'ordre qui a fixé son cahier des charges. Les deux liquides ne se confondent pas et ne se lisent pas l'un pour l'autre.
La maison annonce une orge française pour toute la gamme et présente Évadé comme une série de whiskies cultivés, distillés et vieillis en France. L'orge maltée est la seule céréale d'un single malt : la mention n'en admet aucune autre, et elle impose que le whisky sorte d'une seule distillerie. Sur une étiquette française, où aucune indication géographique nationale n'existe, la provenance de la céréale porte donc une bonne part de l'argument d'origine.
La forme de l'alambic décide d'une partie du profil, et celui d'Évadé n'est ni un simple alambic à repasse ni une colonne. C'est un appareil hybride, à mi-chemin des deux, et cette particularité explique le caractère léger et fruité que la maison revendique pour sa gamme.
Les appareils employés sont des alambics hybrides en cuivre de marque Carl, où un alambic à repasse classique se voit flanqué d'une colonne équipée de plateaux. Chaque plateau agit comme une distillation supplémentaire en miniature : ce qui sort par le haut est plus léger, plus net, moins chargé en composés lourds. C'est ce dispositif que la maison désigne comme la source du profil léger et fruité de ses whiskies.
Un distillat léger laisse davantage de place au fût, ce qui déplace le centre de gravité du travail vers l'élevage. Une partie des whiskies Évadé est élevée en fûts de chêne neuf, français et américain, choisis pour la structure et l'intensité qu'ils apportent. Un chêne neuf donne beaucoup et vite, en vanille, en épices douces et en tanin. Sur un distillat plus démonstratif, la même proportion écraserait le liquide ; ici elle vient compenser ce que la colonne a retiré.
La maison annonce ses whiskies non colorés, non filtrés à froid et sans aucun additif. Ces trois mentions ne sont pas décoratives. Le caramel colorant sert à uniformiser une teinte d'un lot à l'autre ; la filtration à froid retire les composés qui troublent le liquide quand il descend en température ou quand on y ajoute de l'eau. S'en passer expose la bouteille à des variations de couleur et à un voile possible dans le verre, et laisse en place une matière que le filtre emporterait.
La gamme se lit sur deux axes, le traitement de l'orge d'un côté, tourbée ou non, et la finition en fût de l'autre. Le degré, lui, n'est pas un ornement : il change d'une expression à l'autre et il accompagne à chaque fois le parti pris de la bouteille.
Deux expressions se répondent à la base de la gamme. Le single malt est embouteillé à 40 %, la version tourbée à 43 %. La tourbe s'obtient au séchage de l'orge maltée, dans un four alimenté en tourbe, et non par un fût ni par un arôme ajouté. Les phénols se relèvent sur l'orge, avant brassage, et l'essentiel se perd ensuite à la fermentation puis à la distillation. Un whisky tourbé n'est ni supérieur ni inférieur au même whisky sans tourbe, il répond à une autre attente.
Trois finitions complètent la gamme : un passage en fût de vin rouge et un passage en fût de rhum, tous deux embouteillés à 43 %, et une finition en fût d'érable à 47 %. Une finition consiste à transvaser un whisky déjà élevé dans un fût ayant contenu autre chose, pour une durée courte au regard de l'élevage principal. Elle ajoute une couche, elle ne refait pas le whisky : le distillat reste celui d'Uberach.
Quarante pour cent est le degré minimal auquel un whisky peut être embouteillé, quarante-trois un cran au-dessus, quarante-sept plus haut encore. Le degré ne mesure aucune qualité : il décide de la texture et de la façon dont les arômes se déploient. Un même distillat réduit à 40 % et à 47 % ne se goûte pas de la même manière, et l'ajout d'eau dans le verre reste à la main de celui qui boit. Chaque fiche Trinquay porte le degré exact de la bouteille.
Quatre questions reviennent sur ce nom, et la première est précisément celle que le nom ne résout pas. Les deux suivantes portent sur la nature de la marque et sur la tourbe, la dernière sur le choix d'une expression plutôt qu'une autre. Les réponses s'appuient sur ce que la maison publie elle-même.
À Uberach, dans le Bas-Rhin, à la distillerie Hepp, conduite par Yannick Hepp. Le moût est brassé en amont par la brasserie Meteor, et la marque est portée par Whiskies du Monde, entreprise familiale installée à Mérignac, en Gironde. L'adresse de la marque et celle de la distillation ne sont donc pas la même, ce qui n'a rien d'inhabituel dans le whisky et se dit sans détour.
Non. Évadé est une marque de whisky créée en 2019 par Whiskies du Monde, qui n'exploite pas d'alambic à son nom. La distillation est confiée à une distillerie tierce, nommée publiquement par la maison. Une marque de ce type se juge sur son cahier des charges, sur le choix de ses partenaires et sur sa sélection de fûts, jamais sur un lieu de production qu'elle ne possède pas.
La gamme comprend une expression tourbée et plusieurs qui ne le sont pas. Le single malt ne revendique aucune tourbe, la version tourbée l'annonce sur son étiquette et sort à 43 %. La distinction se lit au nom de la bouteille, jamais à la couleur du liquide, et la fumée d'un whisky tourbé vient du séchage de l'orge maltée, pas du bois du fût.
Pour approcher le distillat sans habillage, le single malt donne la ligne de la maison. Pour la fumée, la version tourbée. Pour un profil davantage marqué par le bois, les trois finitions déplacent chacune le curseur ailleurs, vers le fruit rouge, vers la canne ou vers le sucré de l'érable. Trinquay travaille en sourcing direct auprès des domaines et des distilleries, et chaque fiche détaille le degré, le fût et la finition : notre conseil personnalisé vous oriente entre ces options.