On lit souvent que la France possĂ©derait son appellation whisky. C'est inexact, et la nuance mĂ©rite d'ĂȘtre posĂ©e avant tout le reste : deux indications gĂ©ographiques rĂ©gionales existent bel et bien, une reconnaissance nationale n'existe pas encore. Entre les deux, il y a une origine, des cĂ©rĂ©ales, et des maisons dont les mĂ©tiers ne se ressemblent pas.
Le whisky français, une origine et deux indications géographiques
Un arrĂȘtĂ© du 30 dĂ©cembre 2014 a reconnu deux indications gĂ©ographiques whisky sur le territoire français. Elles sont rĂ©gionales, pas nationales, et ce sont les seules Ă ce jour. Avec le Scotch Whisky et l'Irish Whiskey, elles figurent parmi les rares whiskies bĂ©nĂ©ficiant d'une telle protection en Europe, ce qui situe l'enjeu : la France n'est pas une nouvelle venue sur ce terrain juridique.
Le Whisky de Bretagne et le Whisky breton
La premiÚre indication se décline sous deux libellés équivalents, Whisky de Bretagne et Whisky breton. Une bouteille qui porte l'une de ces mentions rattache son whisky à un espace précis, et non à une simple adresse d'embouteillage. C'est la mention française la plus visible en boutique, parce que plusieurs maisons y produisent du malt et que ces bouteilles circulent au-delà de la région. La mention protÚge le nom, elle ne présume rien du contenu du verre : deux whiskies bretons peuvent différer autant que deux écossais.
Le Whisky d'Alsace et le whisky alsacien
La seconde indication fonctionne de la mĂȘme façon, avec les libellĂ©s Whisky d'Alsace et whisky alsacien. Elle est nĂ©e du mĂȘme arrĂȘtĂ©, le mĂȘme jour, et la rĂ©gion oĂč elle s'applique possĂšde une longue habitude de la distillation, notamment celle des fruits. Ces deux indications rĂ©gionales couvrent donc deux traditions diffĂ©rentes, l'une tournĂ©e vers la cĂŽte et l'orge, l'autre vers les alambics de fruits et le travail du bois.
Ce qu'une indication géographique whisky garantit
Une indication gĂ©ographique n'est pas un label de qualitĂ©. Elle relie un nom protĂ©gĂ© Ă un lieu, selon des conditions consignĂ©es dans un cahier des charges, et interdit Ă qui n'y rĂ©pond pas d'employer ce nom. Elle ne dit rien du goĂ»t, ni du prix, ni du talent d'une maison. Sa portĂ©e est juridique avant d'ĂȘtre gustative, et c'est prĂ©cisĂ©ment ce qui la rend utile : elle empĂȘche qu'un nom de rĂ©gion serve d'argument Ă une bouteille qui n'en vient pas.
Les céréales et les terroirs du whisky en France
L'orge de brasserie se cultive largement en France, et le seigle y a lui aussi ses terres. Cette proximité change la donne pour une distillerie : la céréale se trouve à portée, et le fût de vin aussi. Reste que rien n'oblige une maison française à travailler une céréale française, et la raison tient en une phrase : il n'existe aucun texte national pour l'exiger.
L'orge maltée cultivée en France
Un single malt se fait d'orge maltĂ©e, et rien d'autre. Le pays oĂč cette orge a poussĂ©, en revanche, n'est encadrĂ© par aucun texte national : faute d'indication gĂ©ographique couvrant toute la France, il n'existe pas de rĂšgle commune sur l'approvisionnement. La mention whisky français renseigne sur le lieu de distillation et d'Ă©levage, pas sur celui du champ. Une maison qui travaille une orge cultivĂ©e prĂšs de chez elle en fait donc un choix, et le dit sur son Ă©tiquette.
Le seigle breton et les céréales moins attendues
Le seigle donne une bouche sĂšche et poivrĂ©e, une tenue plus nerveuse que l'orge. La Celtic Whisky Distillerie en a tirĂ© un Only Rye millĂ©simĂ© 2015, ce qui rappelle qu'un whisky français n'est pas nĂ©cessairement un single malt. Le blĂ©, l'Ă©peautre et les mĂ©langes de cĂ©rĂ©ales apparaissent Ă©galement chez plusieurs producteurs. Cette libertĂ© vient du mĂȘme constat que plus haut : lĂ oĂč aucune appellation nationale ne fixe de recette, chaque maison compose la sienne.
Les distilleries de montagne et de bord de mer
Le climat d'un lieu d'Ă©levage compte autant que la cĂ©rĂ©ale. Le Domaine des Hautes Glaces travaille dans le TriĂšves, en IsĂšre, sous un climat de montagne oĂč les Ă©carts de tempĂ©rature rythment la respiration du fĂ»t. La Bretagne, elle, offre un air humide et tempĂ©rĂ©, avec des amplitudes faibles et une maturation rĂ©guliĂšre. Deux façons opposĂ©es de conduire les mĂȘmes annĂ©es de fĂ»t, sur un territoire qui tient dans un seul pays.
Les maisons françaises de notre cave
Les maisons rassemblĂ©es ici ne font pas toutes le mĂȘme mĂ©tier, et c'est le premier point Ă Ă©tablir. Certaines distillent, en Bretagne ou dans les Alpes. Une autre assemble des malts. Une derniĂšre achĂšte des eaux-de-vie et les Ă©lĂšve dans ses caves sans jamais avoir chauffĂ© un alambic. Confondre ces rĂŽles produit le contresens le plus frĂ©quent sur la catĂ©gorie, celui qui fait passer un nĂ©gociant pour une distillerie.
Celtic Whisky Distillerie et les malts bretons
La Celtic Whisky Distillerie, en Bretagne, signe à la fois des malts et un seigle. Son Kornog se retrouve chez les embouteilleurs indépendants : notre cave en porte une version de la Wonders Series mise en bouteille par Swell de Spirits, millésime 2016, tirée à 52,7 %. Voir une maison française sélectionnée fût par fût par un indépendant en dit long sur la place que ces whiskies ont prise chez les amateurs.
Le Domaine des Hautes Glaces et la distillation en IsĂšre
Le Domaine des Hautes Glaces distille dans le TriĂšves, en IsĂšre, en pleine montagne. Le nom mĂȘme de la maison annonce le programme, celui d'un domaine attachĂ© Ă un lieu plutĂŽt qu'Ă une marque. Son XO de dix ans montre qu'on y pratique dĂ©jĂ les Ă©levages longs, ce qui n'allait pas de soi pour une maison de cette gĂ©nĂ©ration. L'Ăąge affichĂ©, ici comme partout, est celui du composant le plus jeune de l'assemblage, jamais une moyenne des fĂ»ts retenus.
Alfred Giraud, Rozelieures et le cas Michel Couvreur
Alfred Giraud, en Nouvelle-Aquitaine, construit des assemblages de malts, Ă l'image de son HĂ©ritage. Rozelieures complĂšte la carte de nos maisons françaises. Michel Couvreur, enfin, demande une prĂ©cision essentielle : installĂ©e en Bourgogne, cette maison achĂšte et fait vieillir des eaux-de-vie de malt d'origine Ă©cossaise, dans des fĂ»ts qu'elle prĂ©pare elle-mĂȘme. Ses bouteilles sont donc vieillies en Bourgogne, elles ne sont pas distillĂ©es en France, et Couvreur n'est pas une distillerie.
Déguster un whisky français
Le whisky français se lit mieux quand on renonce à y chercher un caractÚre national. Aucune rÚgle commune ne le façonne, les maisons sont peu nombreuses et chacune a construit sa signature à part. Ce qui revient d'une bouteille à l'autre, ce sont les fûts : ceux du vin et ceux des eaux-de-vie, dont la France dispose en abondance et que ses distilleries n'ont pas à faire venir de loin.
Les fûts de vin français et leur empreinte
Un fĂ»t de chĂȘne ayant contenu du vin ne travaille pas comme un fĂ»t ex-bourbon. Il apporte des fruits rouges ou une amertume noble plutĂŽt que la vanille et la noix de coco, et il marque plus vite un distillat jeune. Michel Couvreur pousse la logique jusqu'Ă prĂ©parer elle-mĂȘme ses fĂ»ts. Cette matiĂšre premiĂšre boisĂ©e est une ressource française Ă©vidente, et elle explique une bonne part de la couleur et du profil de ces whiskies.
Le malt tourbé breton
La tourbe n'appartient à aucune ßle en particulier : c'est une décision prise au séchage de l'orge, et la Bretagne la pratique. Le Kornog embouteillé par Swell de Spirits revendique ainsi un maltage tourbé, sur un millésime 2016 tiré sans réduction. Les phénols se mesurent sur l'orge maltée, pas dans la bouteille, et la double distillation en dissipe une bonne part : un malt breton fumé reste donc plus nuancé que ne le laisse croire son étiquette.
Accorder un whisky français à table
Un malt élevé en fût de vin trouve son terrain avec les viandes rouges saignantes, les fromages affinés et les desserts aux fruits rouges. Un seigle breton préfÚre la charcuterie, le pain de campagne et les fumaisons. Un malt de montagne, plus tendu, se tient bien sur un fromage de brebis ou une tarte aux noix. Et un tourbé breton retrouve sans surprise les hußtres, les poissons fumés et les coquillages de sa propre cÎte.
Questions fréquentes sur le whisky français
Qu'est-ce qu'un whisky français ?
C'est un whisky distillĂ© et Ă©levĂ© en France. L'expression dĂ©signe une origine, pas une appellation : aucun texte national ne dĂ©finit ce que serait un whisky français, contrairement au Scotch Whisky ou Ă l'Irish Whiskey. Deux indications gĂ©ographiques rĂ©gionales existent en revanche, le Whisky de Bretagne et le Whisky d'Alsace, reconnues par un arrĂȘtĂ© du 30 dĂ©cembre 2014. Une bouteille peut donc ĂȘtre française sans relever d'aucune des deux, ce qui est le cas de la plupart d'entre elles.
Existe-t-il une indication géographique Whisky de France ?
Non, pas à ce jour. Un cahier des charges a été rédigé et la Fédération du Whisky de France prépare son dépÎt auprÚs de l'INAO, mais rien n'est homologué. Toute page qui présente une indication Whisky de France comme acquise se trompe. Les seules mentions protégées restent aujourd'hui le Whisky de Bretagne, ou Whisky breton, et le Whisky d'Alsace, ou whisky alsacien.
Le whisky breton est-il tourbé ?
Pas nécessairement. La tourbe relÚve d'un choix de maltage, jamais d'une obligation régionale, et les maisons bretonnes produisent aussi bien des malts non fumés que des seigles. Certains embouteillages revendiquent en revanche un maltage tourbé, comme le Kornog de la Wonders Series mis en bouteille par Swell de Spirits. Il faut donc lire la fiche de chaque bouteille plutÎt que se fier à la région.
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