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Un whisky pâle et léger, à une époque où l'on cherchait plutôt la puissance : c'est le pari qu'un ingénieur du dix-neuvième siècle a fait à Rothes, et il l'a gagné avec des tuyaux. Cette page rassemble les bouteilles nées dans cette distillerie du Speyside, et commence par sa mécanique, parce que le caractère de la maison n'est pas une affaire de terroir ni de bois : il se décide dans la forme des alambics.
Glen Grant Whisky vient de Rothes, une petite ville du Speyside posée sur la rivière Spey. Notre page consacrée à cette région protégée en raconte l'étendue. Ce qui appartient en propre à cette maison tient à une famille et à trois générations : deux frères qui la fondent, un neveu qui la transforme, et une réputation d'exportation qui va la porter loin de l'Écosse pendant plus d'un siècle.
Les frères John et James Grant fondent la distillerie en 1840 à Rothes. Tous deux ont pratiqué la distillation clandestine avant de passer à la légalité, et James avait par ailleurs une formation d'ingénieur, ce qui pèsera lourd dans l'histoire du site. La vallée allait compter beaucoup d'autres ateliers au fil du siècle, portée par l'arrivée du chemin de fer et par l'appétit des assembleurs pour le malt du Speyside.
James Grant prend les commandes en 1872. On le connaît sous le surnom du Major, et c'est un voyageur infatigable autant qu'un bricoleur de génie : il rapporte de ses expéditions des plantes, des fruits exotiques et des idées d'équipement. C'est lui qui dessine les alambics et les purificateurs qui font le caractère de la maison, et il équipe le site parmi les premiers des innovations techniques de son temps.
Le Major fait aménager en 1886 un jardin victorien de plusieurs hectares autour de la distillerie, planté des espèces qu'il ramenait de ses voyages. L'ensemble a été restauré et se visite. Ce n'est pas un détail décoratif dans l'histoire de la maison : il dit le rapport particulier de cette famille au monde extérieur, celui-là même qui a fait de la distillerie une exportatrice bien avant que le single malt ne devienne une catégorie de rayon.
Deux pièces d'équipement décident du caractère de cette maison, et elles ont été pensées ensemble. Un alambic haut et fin d'abord, un tube de purification ensuite, monté sur le col de cygne. Le résultat visé était un distillat clair, léger, très porté sur la pomme et la poire, autrement dit l'école la plus élégante du Speyside. La mécanique se raconte simplement, et elle explique presque tout ce qu'on trouve dans le verre.
Un alambic haut oblige les vapeurs à monter longtemps avant d'atteindre le col de cygne. Les composés les plus lourds n'ont pas l'énergie de faire tout le trajet : ils se condensent en route et retombent dans la chaudière pour être redistillés. C'est ce qu'on appelle le reflux, et plus il est important, plus le distillat qui sort est léger et propre. Les chaudières de la maison portent en outre un renflement qui augmente la surface de cuivre offerte aux vapeurs.
Un purificateur est une petite chambre installée sur le bras de sortie de l'alambic, refroidie à l'eau, qui joue le rôle de condenseur avancé. La maison en a monté sur ses alambics de première distillation comme sur ses alambics de repasse, ce qui est peu courant. L'effet s'ajoute à celui de la hauteur : les vapeurs les plus lourdes sont interceptées avant même d'atteindre le condenseur et repartent vers la chaudière.
L'atelier fonctionne aujourd'hui avec huit alambics, quatre pour la première distillation et quatre pour la repasse. Le distillat obtenu est décrit comme clair et frais, sur la pomme verte et le fruit à chair blanche. La maison l'élève majoritairement dans des fûts ayant déjà contenu du bourbon et dans des fûts de remplissage successif, un bois discret qui laisse le distillat parler plutôt que de lui imposer sa couleur et son épice.
Peu de distilleries écossaises ont une histoire commerciale aussi identifiée à un pays étranger. Celle de Glen Grant tient à une rencontre entre un importateur milanais et un directeur de distillerie, au début des années soixante, et à une intuition sur le goût d'un marché. En parallèle, la maison a confié pendant des décennies des fûts à des embouteilleurs, ce qui explique l'abondance de ses millésimes anciens.
Armando Giovinetti visite la distillerie en 1961 et se lie d'amitié avec son directeur Douglas Mackessack. Il constate que ses compatriotes préfèrent un malt très léger, et demande une version de cinq ans plutôt que le douze ans proposé au départ. Le succès est tel que le whisky devient la référence de sa catégorie en Italie, et l'Italie est restée depuis le marché de prédilection de la maison, ce qui reste rare pour un single malt écossais.
La maison a concédé pendant une bonne partie du vingtième siècle le droit d'embouteiller son malt à plusieurs négociants, dont le plus notable est Gordon & MacPhail. Cette maison d'Elgin s'est spécialisée sur des fûts de xérès, qu'elle a laissés vieillir bien au-delà des durées d'usage. C'est à cette pratique qu'on doit les millésimes très anciens qui circulent aujourd'hui, distillés dans les années cinquante et embouteillés un demi-siècle plus tard.
La maison avait été rapprochée de The Glenlivet au début des années cinquante, avant que l'ensemble n'entre chez Seagram. Le site a donc appartenu à ce groupe à partir de 1977, puis à Chivas Brothers après le démantèlement du premier. Il a été cédé en 2006 au groupe italien Campari, dans le cadre des obligations de vente qui accompagnaient un rachat de portefeuille. Le lien avec l'Italie, né d'une amitié commerciale quarante ans plus tôt, s'est ainsi trouvé scellé par la propriété du site lui-même.
Le catalogue de cette maison se lit sur une échelle de temps inhabituellement large, depuis les jeunes embouteillages officiels jusqu'à des millésimes distillés il y a plus d'un demi-siècle. Deux signatures se partagent les étiquettes, celle de la distillerie et celle des négociants qui ont acheté ou reçu des fûts. Voici ce que chacune engage, et les repères à lire avant de choisir.
La gamme signée par la distillerie s'appuie sur des mentions d'âge et sur un bois discret, choisi pour laisser le distillat s'exprimer. Ces bouteilles sont réduites, assemblées à partir de plusieurs fûts, et pensées pour se retrouver semblables d'une année sur l'autre. Ce sont elles qui donnent la lecture la plus juste du caractère de la maison, ce distillat clair et frais que la mécanique des alambics a été conçue pour produire.
Les embouteillages de négociants forment l'autre versant du catalogue, et ils sont d'une profondeur rare pour une distillerie écossaise. Un fût de xérès suivi pendant plusieurs décennies donne un whisky qui n'a plus grand chose de commun avec le distillat clair du départ : le bois y apporte le fruit sec, le cuir et l'épice. Chaque bouteille correspond à un fût précis, et rien de tout cela ne se reproduira.
Une étiquette de négociant donne trois repères utiles : l'année de distillation, la durée passée en bois et le numéro du fût, quand il est publié. Ce dernier ne dit rien de l'âge ni de la qualité, c'est une référence de chai qui permet de rapprocher deux bouteilles issues du même contenant. Attention à un piège fréquent : une année seule, sans autre mention, est plus souvent une année d'embouteillage qu'une année de distillation.
La maison ne revendique aucune tourbe. Tout son équipement a d'ailleurs été pensé pour l'inverse : des alambics hauts et des purificateurs, dont la fonction est de retenir les composés les plus lourds et de ne laisser passer qu'un distillat clair. Le registre attendu tient à la pomme verte, à la poire et au fruit à chair blanche, avec l'épice douce que le bois apporte sur les vieilles bouteilles de négociants.
Parce qu'un importateur milanais, Armando Giovinetti, a fait le voyage jusqu'à Rothes en 1961 et s'est lié au directeur du site. Il a compris que le public italien cherchait un malt léger, et a fait embouteiller une version de cinq ans plutôt que le douze ans qui lui était proposé. Le whisky s'est imposé sur ce marché en quelques années, et l'Italie en est restée le débouché principal.
Ce sont de petites chambres refroidies à l'eau, montées sur le bras de sortie des alambics. Elles condensent les vapeurs les plus lourdes avant qu'elles n'atteignent le condenseur, et renvoient ce liquide vers la chaudière pour qu'il soit redistillé. Le résultat est un distillat plus léger et plus propre. La maison en a équipé ses alambics de première distillation comme ceux de repasse, ce qui reste peu répandu.
Pour comprendre le caractère de la maison, un embouteillage officiel avec mention d'âge donne la lecture la plus fidèle du distillat clair et fruité. Pour un tout autre registre, il faut aller vers un millésime ancien sorti par un négociant, où plusieurs décennies de fût de xérès ont refait le whisky de fond en comble. Nos conseillers vous orientent vers la bouteille qui correspond à ce que vous cherchez.