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Une distillerie qui a tourné vingt-trois ans sans qu'aucune bouteille ne porte son nom, bâtie sans salle de brassage à elle et alimentée par une conduite venue de sa voisine : Kininvie a été conçue pour disparaître dans des assemblages. Cette page réunit nos bouteilles portant ce nom, explique pourquoi elles sont arrivées si tard et ce que leur format inhabituel raconte de la maison.
Trois distilleries de malt cohabitent à Dufftown sur les terrains de William Grant & Sons, et la troisième est la seule que le public ne visite pas. Elle n'a ni bâtiment d'accueil ni silhouette remarquable : c'est une halle d'alambics, adossée à une distillerie plus ancienne, dont la fonction a été définie dès le départ par un besoin de volume plutôt que par un projet de marque.
La production commence le 4 juillet 1990. William Grant & Sons possédait déjà Glenfiddich, ouverte en 1887, et The Balvenie, ouverte en 1892 sur le terrain voisin. Le groupe manquait de malt pour ses assemblages et a préféré construire plutôt qu'acheter à des concurrents, ce qui revient à sécuriser une recette autant qu'un volume. L'eau vient des collines de Conval, comme pour les deux autres sites de la ville.
Kininvie n'est pas une distillerie complète au sens habituel : elle a été bâtie comme une halle d'alambics, sur les terres de Balvenie. Le moût fermenté lui arrive par une conduite depuis les installations voisines, à quelque deux cents mètres. Elle dispose en revanche de sa propre cuve d'empâtage et de ses propres cuves de fermentation, abritées chez sa voisine, avec une orge à sa spécification et une fermentation plus longue. Partager des murs ne veut donc pas dire partager une recette, et c'est précisément ce qui permet aux deux malts de ne pas se ressembler.
L'installation compte trois alambics de première distillation et six alambics de repasse, agencés en trois ensembles où un alambic de première distillation alimente deux alambics de repasse. Les premiers sont plus grands que ceux de Glenfiddich, les seconds gardent des proportions comparables. La halle a longtemps tourné vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ce qui dit assez la fonction qui lui était assignée dans le dispositif du groupe.
Construire une distillerie pour alimenter des assemblages n'a rien d'un pis-aller. Un assembleur qui possède son malt maîtrise sa recette, ses volumes et ses coûts, et ne dépend plus des arbitrages d'un concurrent sur les échanges de fûts. Cette logique explique pourquoi le nom de Kininvie est resté absent des étiquettes pendant plus de vingt ans, alors que son liquide circulait déjà largement dans les verres. Beaucoup d'amateurs en avaient bu sans jamais lire ce nom nulle part, ce qui n'a rien d'exceptionnel dans le monde de l'assemblage écossais.
Le malt de Kininvie constitue l'ossature de Monkey Shoulder, un blended malt Scotch whisky qui réunit plusieurs malts du groupe. Il entre également dans des blended Scotch whiskies de la maison, dont Clan MacGregor. Ces bouteilles ne le mentionnent pas, et rien ne les y oblige : la réglementation écossaise n'impose pas de nommer les distilleries qui composent un assemblage.
Un assemblage se vend sur sa marque et sur sa constance, pas sur la liste de ses composants, qui peut d'ailleurs varier d'un lot à l'autre. Nommer une distillerie sur une étiquette d'assemblage engagerait le producteur sur une recette qu'il souhaite garder libre. À cela s'ajoute une raison plus simple : la maison a longtemps déclaré n'avoir aucune intention d'embouteiller Kininvie en single malt.
Les éditeurs spécialisés décrivent un malt plus floral que celui de Glenfiddich, doté d'une texture douce qui tapisse le palais. Cette description vient de dégustateurs et non d'une communication de la distillerie, qui publie très peu sur elle-même. Elle reste cohérente avec la fonction du site : un composant d'assemblage a intérêt à apporter de la rondeur et de la souplesse plutôt qu'un caractère anguleux.
Le passage du statut de composant à celui de marque ne s'est pas fait d'un coup. Il a commencé par des bouteilles portant un autre nom, s'est poursuivi par un lancement à l'autre bout du monde, et n'a jamais pris la forme d'une gamme permanente que l'on pourrait parcourir. Chacune de ces étapes a laissé des bouteilles reconnaissables, qu'il vaut mieux savoir situer avant d'acheter.
Les premières sorties de malt de Kininvie ne portent pas le nom de la distillerie mais celui de Hazelwood, la maison de Janet Sheed Roberts, petite-fille de William Grant. Elles paraissent en éditions limitées, notamment à quinze et à dix-sept ans. Le nom Hazelwood a ensuite été repris à partir de 2015 pour des assemblages, ce qui invite à regarder l'année et la catégorie plutôt que le seul nom de série.
En octobre 2013 paraît le premier embouteillage officiel portant le nom de Kininvie, un vingt-trois ans réservé au marché taïwanais et à la vente en détaxe, tiré à environ sept mille exemplaires. Un deuxième lot atteint les États-Unis et l'Europe à l'été 2014, un troisième au début de 2015. Un vingt-cinq ans, publié sous le nom The First Drops, a également paru en série très courte.
Les embouteillages de Kininvie paraissent en 35 cl, soit la moitié du format standard européen. C'est une constante de la marque, et elle a une conséquence pratique immédiate : une bouteille de Kininvie contient deux fois moins de liquide qu'un flacon de 70 cl, ce qui interdit de comparer deux étiquettes sans tenir compte de leur contenance respective.
Faute de gamme permanente, la lecture d'une étiquette de Kininvie repose sur trois éléments : le lot, le bois et la parenté du site. Aucun des trois ne se devine, et tous les trois figurent sur la bouteille ou dans sa fiche. Les paragraphes qui suivent expliquent ce que chacun engage réellement, et ce qu'il n'engage pas.
Le vingt-trois ans a paru en lots successifs numérotés, et ils ne sont pas identiques : la sélection de fûts change à chaque fois, l'année de distillation également. Le troisième lot vient d'une distillation de 1991 et titre 42,6 %. Deux bouteilles du même âge et du même nom peuvent donc différer sensiblement, et le numéro de lot est le seul élément qui permette de savoir laquelle on a en main.
Le troisième lot du vingt-trois ans a passé l'essentiel de sa vie dans des fûts ayant contenu du bourbon, avant une finition d'environ six mois en fûts ayant contenu du xérès. C'est une construction courante et elle se lit dans le verre : le bois américain donne la vanille et le fruit blanc, le passage final apporte le fruit sec et une part d'épice. La durée de la finition compte autant que le bois retenu, quelques mois marquant le liquide bien moins qu'un élevage complet.
Les trois partagent un propriétaire, une ville et une source d'eau, sans partager un profil. Balvenie malte une partie de son orge sur aire et remonte ses propres fûts, Glenfiddich produit à une tout autre échelle, Kininvie tient dans une halle d'alambics dont les cuves sont abritées chez sa voisine. La proximité fabrique une histoire commune, pas un goût commun, et nos pages consacrées aux deux autres le détaillent.
Quatre questions reviennent sur ce nom du Speyside : le statut actuel de la distillerie, la sortie tardive de ses embouteillages, son rôle dans un assemblage très connu, et le choix d'une bouteille quand aucune gamme n'existe. Les réponses tiennent aux publications de son propriétaire et aux registres des éditeurs spécialisés, qui documentent le site depuis son ouverture.
Oui. Elle produit depuis le 4 juillet 1990, avec une mise en sommeil d'octobre 2010 à 2012 : l'ouverture d'un autre atelier de malt du groupe en 2007 avait rendu sa production moins nécessaire. Elle n'est simplement pas ouverte au public et communique très peu, ce qui la rend moins visible que ses deux voisines de Dufftown. Une distillerie discrète n'est pas une distillerie fermée : le malt de Kininvie circule en permanence, mais surtout à l'intérieur d'assemblages.
Parce que le site a été construit pour alimenter des assemblages et non pour porter une marque de single malt. Son propriétaire a longtemps affirmé n'avoir aucune intention de l'embouteiller ainsi, et n'a changé de position qu'en 2013. Depuis, les sorties restent ponctuelles et en séries courtes : il n'existe pas de gamme permanente sous ce nom.
Oui, il en constitue l'ossature. Monkey Shoulder est un blended malt Scotch whisky, c'est-à-dire un assemblage de single malts issus de plusieurs distilleries, sans aucun whisky de grain. L'étiquette ne nomme pas ses composants, ce que la réglementation écossaise n'exige d'ailleurs pas. Notre page consacrée au whisky d'assemblage détaille les différences entre les cinq catégories du scotch et ce que chacune engage.
Il n'y a pas de gamme à parcourir : le choix se fait sur le lot et sur l'âge. Un vingt-trois ans montre ce que produit une distillerie dont le malt est habituellement dilué dans un assemblage, avec la rondeur qu'on lui prête. Chaque fiche porte la contenance, le degré et le lot, ce qui permet de comparer deux étiquettes sur des éléments précis plutôt que sur une réputation. Trinquay travaille en sourcing direct auprès des domaines et des distilleries, et notre conseil personnalisé vous aide à situer une bouteille avant l'achat.