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Au sud de l'île d'Arran, la route qui longe la côte passe devant un bâtiment bas coiffé d'herbe, tourné vers le Firth of Clyde. Le premier cœur de distillation y a coulé le 19 mars 2019, et depuis, il ne sort de ces alambics qu'un seul type de liquide : un malt lourdement tourbé. Cette page réunit les bouteilles de whisky Lagg et décrit ce que cette contrainte volontaire produit dans le verre.
La maison qui exploite ce site en tient un autre sur la même île depuis 1995. Ouvrir un second lieu n'avait donc de sens qu'à une condition : lui confier un travail que le premier ne fait pas. Cette répartition explique la gamme, le choix du site et jusqu'au nom porté par l'étiquette. Elle explique aussi qu'une bouteille de cette maison ne propose jamais de version non fumée : ce n'est pas un trou dans la gamme, c'est une division du travail entre deux ateliers.
Le bâtiment se dresse près du hameau de Lagg, dans la paroisse de Kilmory, sur le versant sud de l'île. Le premier cœur de distillation date du 19 mars 2019 et le premier fût, un butt de xérès, a été rempli quelques semaines plus tard. Le lieu s'est ouvert au public en juin de la même année. Ces repères bornent l'âge de tout ce qui portera un jour ce nom.
Isle of Arran Distillers exploite deux sites séparés par une trentaine de kilomètres de route côtière. Celui de Lochranza, au nord, distille depuis 1995 le malt qui paraît sous le nom d'Arran. Celui du sud ne produit que du lourdement tourbé. Les deux ne sont donc ni deux gammes d'une même distillerie, ni deux distilleries indépendantes : deux ateliers d'une même maison, chacun sur une recette, ce que notre page consacrée au malt d'Arran détaille de son côté.
Le sud de l'île n'a pas été retenu par hasard. Au dix-neuvième siècle, Arran fournissait le continent en whisky de contrebande, connu sous le nom d'« Arran water », et les fermes du sud en distillaient discrètement. Une distillerie légale a d'ailleurs travaillé à Lagg à partir de 1825, montée par trois notables locaux, avant de s'arrêter dans les années 1830. La maison revendique explicitement cet héritage de lieu.
Sur une étiquette, le mot tourbé recouvre des réalités très éloignées les unes des autres. Ici, deux informations le précisent : une spécification de maltage, et une provenance de tourbe. La seconde est plus rare que la première dans la communication d'une distillerie, et elle explique une partie de ce qu'on trouve au nez. Prises ensemble, elles situent la bouteille bien mieux que le mot tourbé pris isolément, qui recouvre aussi bien une fumée discrète qu'une fumée envahissante.
L'orge employée, de variété Concerto, est maltée à une spécification de cinquante parties par million de phénols. Ce relevé se fait sur le grain touraillé, avant le brassage, et non dans la bouteille. L'essentiel de ces composés disparaît ensuite, au brassage, à la fermentation et surtout à la seconde distillation. Cinquante situe donc une matière première dans la fourchette haute des malts fumés, sans annoncer une intensité mesurée au verre.
La tourbe utilisée vient du continent écossais, de la région d'Aberdeen. Ce détail compte : les tourbières côtières donnent des fumées volontiers salines, iodées, presque médicinales, quand une tourbe de l'intérieur des terres apporte davantage de bois brûlé, d'herbe sèche et de notes florales. La maison a choisi la seconde piste et explore d'autres provenances au fil de ses productions, ce qui déplace le curseur sans changer la spécification.
Deux whiskies maltés à la même spécification peuvent se ressembler très peu. La coupe de distillation, la durée de fermentation, le bois et le temps passé dedans redistribuent tout. Un chiffre de phénols renseigne sur une commande passée à un malteur, pas sur une intensité perçue. Le lire comme une note sur vingt conduit à des déceptions dans les deux sens, en cherchant une fumée absente ou en redoutant une fumée qui ne vient jamais.
Un site neuf permet de dessiner l'atelier autour de la recette, au lieu d'adapter la recette à un bâtiment hérité. C'est le cas ici, et cela se voit à trois endroits : la salle des alambics, l'architecture elle-même, et ce que la maison a planté autour. Aucun de ces choix n'a été hérité d'un bâtiment ancien, tous ont été arrêtés sur plan, ce qui rend le site inhabituellement lisible pour un visiteur.
La salle abrite un alambic de première distillation et un alambic de repasse, soit une seule paire. La fermentation dure environ soixante-douze heures, une durée longue qui laisse la place aux bactéries lactiques et pousse les notes fruitées et acidulées du moût. Sur un malt fortement fumé, ce fruité n'est pas un contrepoint décoratif : c'est lui qui empêche la fumée d'occuper seule le devant de la scène.
Le site a été dessiné par le cabinet Denham Benn, avec un toit végétalisé qui l'encastre dans la pente et une salle panoramique tournée vers le bras de mer. Ce parti pris architectural n'a aucun effet sur le liquide, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Il dit en revanche l'intention du projet : un lieu de production conçu pour recevoir du public dès son ouverture, et non un atelier fermé.
Cent quarante pommiers ont été plantés sur le terrain de la distillerie, qui produit aussi du cidre et une eau-de-vie de pomme à côté de son malt. Cette activité annexe n'entre pas dans la composition du whisky et ne doit pas se lire comme une influence sur lui. Elle situe simplement une maison qui travaille son terrain autant que son orge, et qui n'a pas limité son outil à un seul produit.
La gamme permanente repose sur deux noms empruntés au voisinage immédiat de la distillerie. Ils partent du même distillat et divergent sur le bois et sur le degré. Savoir lequel des deux répond à votre attente demande de regarder ces deux paramètres, pas le nom lui-même. Les deux appellations viennent de la géographie immédiate du sud de l'île et ne portent donc aucune indication de recette ni de durée d'élevage.
Kilmory reprend le nom de la paroisse. Le liquide passe la totalité de son élevage en barriques ayant contenu du bourbon, en premier remplissage, et sort à 46 %, sans filtration à froid ni colorant ajouté. Le chêne américain neuf de remplissage cède vanille et crème, et laisse le distillat fumé se lire presque à découvert. C'est le repère à partir duquel la seconde bouteille se comprend.
Corriecravie emprunte son nom à un hameau situé un peu au nord-ouest du site. Le liquide commence en barrique de bourbon, puis passe environ six mois en hogsheads de xérès oloroso venus de Jerez, avant une mise à 55 %. Le xérès ajoute une couche de fruits secs et de noix par-dessus un ensemble déjà formé, et le degré plus élevé resserre le tout. Deux bouteilles, deux constructions différentes.
Aucune des deux cuvées de cœur de gamme n'affiche de chiffre d'âge, ce qui est logique pour un site entré en production en 2019. Une absence de mention n'annonce ni un liquide bâclé ni un liquide jeune mal assumé : elle laisse la main à l'assembleur pour reconduire un profil d'un lot à l'autre. Le degré et le bois sont ici les deux seules informations qui engagent réellement la maison.
Quatre questions reviennent sur ce nom, et la première tient à une confusion géographique que la forte tourbe entretient. Les trois suivantes portent sur la relation entre les deux sites de la maison, sur ce que l'étiquette choisit de ne pas afficher, à commencer par l'âge, et sur la façon la plus simple de comparer deux bouteilles portant ce nom. Voici les réponses.
Non. Il est distillé sur l'île d'Arran, dans le Firth of Clyde, à bonne distance d'Islay. La confusion vient de la tourbe : on associe volontiers la fumée à une seule localité, alors qu'elle se pratique aussi ailleurs en Écosse et hors d'Écosse. Notez au passage que le mot « Islands » désigne un repère de dégustation courant, et non une région protégée du scotch.
Non, ce sont deux sites distincts de la même société, aux deux extrémités de l'île. Lochranza distille depuis 1995 le malt vendu sous le nom d'Arran. Celui du sud, ouvert en 2019, ne produit que du lourdement tourbé. Une bouteille portant le nom Lagg vient donc toujours du second, et n'est jamais une version fumée embouteillée par le premier. Les deux distillats ne se croisent jamais dans un même fût.
Pas sur ses deux cuvées permanentes, qui sortent sans mention d'âge. La distillerie ayant commencé à remplir des fûts en 2019, tout chiffre affiché sur une étiquette de cette maison reste par construction modeste, et la maison a préféré ne pas en faire un argument. Les éditions limitées qui paraissent au fil des années précisent en revanche leur bois et leur degré.
Chez Trinquay. Nous suivons ce nom en sourcing direct et détaillons sur chaque fiche le bois d'élevage, le degré de mise et l'édition concernée, parce que ce sont les trois éléments qui séparent réellement deux bouteilles de cette maison. Dites-nous si vous cherchez la version la plus directe ou celle qui passe par le xérès, notre conseil personnalisé vous oriente.