- En vedette
- Le plus pertinent
- Meilleures ventes
- Alphabétique, de A à Z
- Alphabétique, de Z à A
- Prix: faible à élevé
- Prix: élevé à faible
- Date, de la plus ancienne à la plus récente
- Date, de la plus récente à la plus ancienne
Aucun produit trouvé
Aucun produit trouvé
Il existe des distilleries dont la réputation s'est bâtie entre professionnels, dans les laboratoires d'assemblage, longtemps avant d'atteindre l'amateur. Longmorn est de celles-là : son distillat sert depuis plus d'un siècle à donner de la chair à de grands assemblages, et son nom n'apparaît que par intermittence sur une étiquette. Cette page rassemble les bouteilles de whisky Longmorn et détaille l'atelier, le caractère du distillat et les gammes officielles qui se sont succédé.
Le terrain a été choisi pour trois raisons simples : l'eau, l'orge du nord-est et le rail qui passait à proximité. Fondée en 1893 sur la route qui va d'Elgin à Rothes, la distillerie produit dès l'année suivante, et son distillat trouve preneur presque immédiatement. Ce succès commercial très rapide a orienté toute la suite de son histoire, puisqu'elle n'a jamais eu besoin de se vendre elle-même auprès du public. Les distilleries nées dans cette décennie ont rarement connu ce confort, et beaucoup de leurs voisines ont fermé avant la Première Guerre mondiale.
John Duff avait déjà monté une distillerie dans la vallée avant celle-ci, et il en bâtira une autre juste à côté cinq ans plus tard, qui prendra le nom de BenRiach. Longmorn est donc un deuxième chapitre dans une trajectoire d'entrepreneur, pas un coup d'essai. Le voisinage immédiat des deux sites explique qu'on les cite souvent ensemble, alors que leurs équipements, leurs volumes et leurs destinations commerciales n'ont jamais coïncidé.
Le malt de Longmorn compte parmi les composants de Chivas Regal, et cette destination a une conséquence directe sur ce que l'amateur trouve à l'achat. Un assembleur qui bâtit une marque mondiale sur un profil précis ne laisse pas partir en single malt les volumes dont il a besoin. Pendant des décennies, la maison a donc beaucoup produit et peu embouteillé sous son propre nom. Le paradoxe tient en une phrase : sa réputation vient des fûts qui l'ont rendue difficile à trouver.
La société d'exploitation a longtemps porté le nom de Longmorn-Glenlivet, un usage répandu à une époque où le suffixe Glenlivet servait d'argument commercial dans tout le nord-est. Le groupe des distilleries Glenlivet reprend l'ensemble en 1970, Seagram en 1977, puis Pernod Ricard en 2001. Le site est aujourd'hui exploité par Chivas Brothers. Chacun de ces changements a déplacé la place du malt dans un portefeuille, sans jamais modifier sa fonction première.
L'atelier actuel aligne huit alambics, quatre de première distillation et quatre de repasse. Les sources spécialisées ne s'accordent pas sur sa capacité annuelle, et nous ne retenons donc aucun chiffre. C'est un très gros producteur à l'échelle du Speyside, et cette taille n'a rien d'ornemental : elle répond au besoin d'un assembleur, qui raisonne en dizaines de milliers de fûts et non en éditions. La forme des cuivres, en revanche, raconte autre chose que le volume, et c'est elle qui explique le caractère de la maison bien mieux que sa capacité.
Le nombre a doublé lors d'un chantier mené au début des années soixante-dix, qui a fait passer la production à un autre ordre de grandeur. Auparavant, le site travaillait avec la moitié de cet outil. Pour qui lit une étiquette ancienne, l'année de distillation situe donc le fût dans un atelier ou dans l'autre, information autrement plus utile que le nom du propriétaire de l'époque, qui ne touchait pas au cuivre.
Les alambics portent un col renflé, dessinant la silhouette dite en oignon. Un renflement de cette forme freine les vapeurs, en fait retomber une partie dans la cuve et lui impose un second contact avec le cuivre. Le distillat qui franchit le col est donc plus travaillé qu'il ne le serait sur un alambic droit, sans être allégé jusqu'au floral pour autant. La maison sort un liquide riche et pourtant net, et c'est exactement cette combinaison que les assembleurs viennent y chercher.
Deux dates encadrent l'outil moderne. Le premier chantier, entamé en 1972, double la capacité. Le second, en 2012, porte sur la cuve d'empâtage et sur les cuves de fermentation, c'est-à-dire sur l'amont, là où se décide la matière première du distillat. Remplacer ces pièces sans toucher aux alambics relève d'un choix cohérent : on modernise ce qui s'use et se nettoie, on conserve ce qui signe le liquide.
Le profil de la maison se résume rarement en un mot, mais s'il fallait n'en garder qu'un, ce serait le fruit. Pas le fruit vif des malts les plus légers du nord-est : un fruit cuit, presque confit, adossé à une texture épaisse. C'est ce que décrivent les fiches techniques comme les dégustateurs, et c'est ce qui a valu à ce distillat sa place dans des assemblages haut de gamme.
La fermentation dure une cinquantaine d'heures. Cette durée, longue sans être extrême, laisse aux bactéries lactiques le temps d'intervenir après les levures et de fabriquer les esters que l'on retrouve ensuite en fruit. L'orge maltée employée ne revendique aucune tourbe, ce qui ne signifie pas qu'une mesure de phénols à zéro ait été effectuée : le producteur n'annonce pas de fumée, et aucun relevé public ne circule sur ce point.
Sur le distillat neuf, avant tout séjour en bois, les descripteurs qui reviennent tiennent de la pomme cuite, de l'abricot sec et de la céréale grillée, avec une douceur presque crémeuse en bouche. Cette matière est ce qui permet à un Longmorn de tenir trente ans sans se faire dévorer par son fût. Elle explique aussi qu'une mise très jeune du même distillat ne paraisse presque jamais maigre ni sèche.
Sur un liquide de cette densité, un fût de xérès ne comble pas un manque, il ajoute une couche. Les tanins et les fruits secs du bois se posent sur un fruit déjà installé, et la bouteille bascule vers le pruneau, la figue et l'épice douce. Un fût ayant contenu du bourbon, à l'inverse, laisse voir la charpente, la vanille venant renforcer la pomme plutôt que la recouvrir. Deux bouteilles du même âge racontent ainsi deux histoires distinctes.
La gamme officielle a changé plusieurs fois de forme en trente ans, et ces changements compliquent la recherche. Un même nom a porté un quinze ans, un seize ans, une collection réservée aux boutiques de voyage, puis une gamme resserrée. Savoir à quelle époque appartient une bouteille évite d'en attendre ce qu'elle ne contient pas, et permet de comparer ce qui est comparable. En parallèle, les embouteilleurs indépendants ont maintenu une présence continue du nom, avec des millésimes que la maison n'a jamais publiés elle-même.
La première mise officielle régulière est un quinze ans lancé en 1993. Il cède la place en 2007 à un seize ans, qui reste longtemps la seule référence courante sous ce nom. Les deux se croisent encore chez les cavistes qui gardent des bouteilles anciennes, et l'écart d'une année d'âge n'est pas ce qui les sépare : ce sont deux formulations différentes, distantes de quatorze années de décisions de chai.
En 2019, Chivas Brothers réunit quatre distilleries peu embouteillées dans une collection destinée aux boutiques de voyage. Longmorn y paraît en dix-huit, vingt-trois et vingt-cinq ans. L'ensemble est abandonné en 2024, remplacé par une gamme propre à la maison, articulée autour d'un dix-huit ans non réduit et d'un vingt-deux ans. Une bouteille achetée aujourd'hui n'appartient donc pas forcément à la série que décrivait un amateur il y a cinq ans.
Chez les embouteilleurs, deux approches se croisent sur ce distillat. Signatory Vintage, maison écossaise fondée en 1988, publie sa Cask Strength Collection au degré du fût et y a fait paraître un 2002 arrivé à quinze ans. Thompson Bros., étiquette d'embouteillage des frères qui exploitent la distillerie de Dornoch, a sorti un 2011 à onze ans. Onze ans sur un distillat aussi dense n'a rien d'un âge court : la matière est présente bien avant.
Sur la route qui relie Elgin à Rothes, dans le Speyside, au nord-est de l'Écosse, immédiatement voisine de BenRiach. Le Speyside est l'une des régions protégées par la réglementation écossaise, et notre page consacrée à cette région en détaille les limites et le caractère. La distillerie ne se visite pas, et ses bâtiments ne se voient guère depuis la route.
La maison ne revendique aucune tourbe sur son orge maltée, et ses embouteillages ne se présentent pas comme fumés. Cela ne veut pas dire qu'une mesure de phénols à zéro ait été faite : ces taux se relèvent sur l'orge après touraillage et avant le brassage, et aucun chiffre public ne circule pour cette distillerie.
Masataka Taketsuru, qui fondera plus tard Nikka au Japon, a effectué à Longmorn l'un de ses apprentissages écossais avant de rentrer chez lui. Les sources ne s'accordent pas sur l'année exacte, entre 1919 et 1920, et nous n'en retenons donc aucune. Le passage lui-même, lui, est attesté.
Un embouteillage officiel portant une mention d'âge donne le portrait le plus stable de la maison. Un fût unique d'indépendant, non réduit, montre le distillat sans réduction ni assemblage, avec le millésime et l'âge pour seuls repères. Notre équipe oriente selon le bois recherché, xérès ou ex-bourbon, selon le degré souhaité et selon l'usage prévu, une découverte ou une bouteille de garde.