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Une maison de shochu de Kagoshima, une licence de whisky obtenue en 1949 grâce à l'homme qui avait envoyé Masataka Taketsuru en Écosse, une distillerie installée à près de huit cents mètres dans les Alpes japonaises, et un long silence de dix-neuf ans : le whisky Mars a une histoire que peu de marques japonaises peuvent revendiquer. Cette page réunit nos flacons de la maison et donne les clés pour lire une étiquette où se croisent trois noms de lieux et deux noms de marque.
Mars n'est pas une distillerie, c'est le nom sous lequel Hombo Shuzo vend son whisky. La maison mère est un producteur de Kagoshima venu du shochu, l'alcool distillé du sud du Japon, et elle a bâti son activité whisky en parallèle de ce métier d'origine. Cette double nature explique la géographie de la marque, qui distille dans deux préfectures très éloignées et fait vieillir dans une troisième.
Hombo Shuzo obtient sa licence de fabrication de whisky en 1949, dans la préfecture de Kagoshima, à l'extrême sud de l'archipel. À cette date, le whisky japonais n'a qu'une poignée de producteurs et le pays sort de la guerre. La maison n'abandonne pas le shochu, qui reste son métier principal pendant des décennies. Le whisky y est d'abord une activité seconde, ce qui explique la lenteur de son installation industrielle.
Kiichiro Iwai est le personnage qui relie Hombo Shuzo à la naissance du whisky japonais. C'est lui qui, chez son précédent employeur, envoya le jeune Masataka Taketsuru étudier la distillation en Écosse au début des années 1920. Le carnet de notes rapporté par Taketsuru a servi de base au dessin des alambics qu'Iwai fit installer pour Hombo. Cette filiation technique se lit encore dans la forme du matériel.
La production ne s'est pas fixée d'emblée. Un site est construit dans la préfecture de Yamanashi en 1960, avant que la maison ne cherche un lieu au climat plus favorable au vieillissement. Le choix se porte sur le village de Miyada, dans la préfecture de Nagano, où la distillerie est bâtie en 1985. Les alambics dessinés d'après les notes d'Iwai ont suivi ces déménagements, et leurs répliques actuelles, réalisées par un fabricant japonais, en reprennent fidèlement le tracé.
Le site de Nagano est une singularité dans le paysage japonais. Il ne se trouve ni sur la côte, ni en plaine, mais dans une vallée d'altitude cernée de sommets, avec un air frais et sec une grande partie de l'année. Cette adresse commande le reste : la qualité de l'eau, le rythme du vieillissement et le nombre d'années nécessaires pour obtenir la matière recherchée.
La distillerie est installée à environ 798 mètres, au pied du Kiso Komagatake, dans les Alpes centrales du Japon. Les recensements du parc japonais en font le site de production le plus élevé du pays. La conséquence pratique est mesurable : à cette altitude, les températures moyennes sont plus basses et les échanges entre le bois et l'alcool ralentissent, si bien qu'un même nombre d'années n'y produit pas le même degré d'extraction qu'en plaine.
L'eau de production provient d'un puits creusé sous la distillerie, alimenté par la fonte des neiges des sommets voisins et filtré par les couches de granite. C'est une eau très douce, faiblement minéralisée, qui convient au brassage. Ce détail est l'une des rares constantes de la maison à travers ses déménagements : le choix de Miyada s'est fait sur la ressource en eau autant que sur le climat.
La distillerie cesse de produire en 1992, au creux le plus profond du marché japonais, quand la consommation intérieure s'effondre et que plusieurs producteurs ferment ou réduisent la voilure. Elle reste à l'arrêt dix-neuf ans, puis redémarre en 2011, quand la demande internationale repart. Le premier embouteillage issu de cette reprise, baptisé The Revival, sort quelques années plus tard. La distillerie fonctionne aujourd'hui : cet arrêt appartient au passé et ne décrit pas son état actuel.
À partir de 2016, la maison cesse d'être mono-site. Elle ouvre une seconde distillerie et un chai de vieillissement à des centaines de kilomètres du premier, ce qui lui permet de faire mûrir un même distillat sous des climats radicalement différents. C'est la clé de lecture la plus utile de la gamme actuelle : chez Mars, le lieu de vieillissement s'affiche sur l'étiquette au même titre que le lieu de distillation.
La distillerie de Tsunuki est ouverte en 2016 dans la préfecture de Kagoshima, c'est à dire sur les terres d'origine de Hombo Shuzo. Le climat y est subtropical, chaud et humide, à l'opposé de celui de la vallée de Nagano. Le même producteur dispose donc de deux ateliers dont les conditions de maturation n'ont rien de comparable, et il peut faire circuler ses fûts de l'un à l'autre pour composer des profils que ni l'un ni l'autre ne donnerait seul.
La même année, la maison installe un chai de vieillissement sur l'île de Yakushima, au sud de Kyushu, inscrite au patrimoine mondial pour sa forêt primaire. L'île est réputée pour ses précipitations abondantes et son humidité constante, conditions qui accélèrent les échanges entre l'alcool et le bois. Ce troisième lieu ne distille pas : il élève. La distinction compte, car une étiquette peut porter le nom d'un site de vieillissement sans que rien n'y ait jamais été distillé.
La collection Antipodes est une sélection de fûts uniques opérée par La Maison du Whisky. Elle a donné pour Mars une paire remarquable : deux fûts du même millésime, sortis au même âge et au même degré, mais élevés l'un à Komagatake et l'autre à Tsunuki. Mettre les deux côte à côte est l'exercice le plus démonstratif que la maison permette, puisque tout y est identique sauf le climat du chai.
Trois noms circulent sur les bouteilles, et ils ne désignent pas la même chose : Mars est la marque, Komagatake et Tsunuki sont des distilleries, Yakushima est un chai. S'y ajoutent des noms de gammes, Maltage, Revival ou Antipodes, et parfois deux distilleries dans une seule bouteille. Un peu de méthode évite quelques contresens fréquents chez les revendeurs.
Quand l'étiquette porte Komagatake seul, il s'agit d'un single malt de la distillerie de Nagano, c'est à dire d'un whisky de malt produit dans un seul et même site. Le nom vient du mont qui domine la vallée. Selon les embouteillages, l'étiquette précise l'année de distillation, le numéro de fût, le lieu de vieillissement et parfois un nom de série. Ces mentions se lisent ensemble : prises isolément, elles induisent en erreur.
Le Maltage Cosmo est un tout autre exercice. C'est un assemblage de whiskies de malt qui réunit de la matière distillée à Nagano et des malts écossais dont les distilleries ne sont pas nommées, marié et embouteillé au Japon. La catégorie légale correspondante est celle du blended malt, un assemblage de whiskies de malt issus de plusieurs distilleries, sans whisky de grain. Une bouteille peut donc être japonaise d'assemblage et internationale de matière première.
Depuis le premier avril 2021, les normes de la Japan Spirits & Liqueurs Makers Association encadrent la mention Japanese Whisky : saccharification, fermentation et distillation au Japon, eau puisée au Japon, trois ans de vieillissement minimum sur place, embouteillage au Japon à quarante degrés au moins. Il s'agit d'une norme professionnelle et volontaire, sans force de loi, qui n'engage que ses adhérents. Un assemblage contenant des malts importés reste parfaitement légal, il ne peut simplement plus se présenter sous cette mention.
Quatre questions reviennent régulièrement sur cette maison japonaise : la relation entre les noms Mars et Komagatake, la conformité de ses bouteilles à la norme d'étiquetage, la lecture des mentions d'âge et le flacon par lequel commencer. Nous y répondons avec ce que les sources publiques permettent d'affirmer, et nous signalons les points sur lesquels elles divergent, en particulier la date exacte du changement de nom de la distillerie.
Pas exactement. Mars est la marque de whisky de Hombo Shuzo, Komagatake est le nom de la distillerie de Nagano, longtemps appelée Shinshu. Les deux appellations coexistent sur le marché et les sources ne s'accordent pas sur l'année où le site a officiellement changé de nom, certaines retenant 2016, d'autres une date bien plus tardive. Nous préférons ne pas trancher : ce qui est certain, c'est qu'il s'agit du même lieu à Miyada.
Cela dépend de la bouteille, et c'est tout l'intérêt de la question. Un single malt distillé, vieilli et embouteillé à Komagatake ou à Tsunuki coche les critères. Un assemblage qui incorpore des malts écossais, comme le Maltage Cosmo, ne les coche pas, et cela n'en fait ni un défaut ni une tromperie : la norme dit ce qu'une mention recouvre, elle ne classe pas les whiskies entre eux.
Elle vaut ce qu'elle vaut partout ailleurs : l'âge affiché est celui du composant le plus jeune de l'assemblage, jamais une moyenne. Sur une maison qui a cessé de produire pendant dix-neuf ans, cette règle a une conséquence directe : les stocks anciens et les stocks d'après la reprise sont séparés par un trou, et un flacon jeune n'est pas un choix commercial mais la conséquence mécanique de cet arrêt.
Pour découvrir la maison, un Komagatake de la reprise donne la trame du distillat de Nagano. Pour comprendre ce que le climat fait à un fût, la paire Antipodes, élevée à deux adresses, est la démonstration la plus claire. Le Maltage Cosmo s'adresse à ceux qui veulent voir ce que la maison sait faire en assemblage, et les fûts uniques aux amateurs qui suivent déjà la marque. Notre équipe répond à vos questions par message.