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Une marque de whisky fumé née dans le Speyside, dont la tourbe ne vient d'aucune île et dont le producteur annonce mesurer ses phénols là où presque personne ne les mesure : Meikle Tòir occupe une position inhabituelle sur la carte du scotch. Le nom n'appartient à aucune distillerie, il appartient à une campagne de production. Cette page réunit les bouteilles qui le portent et explique ce qui les sépare du reste de la maison.
Le whisky Meikle Tòir sort des alambics de The GlenAllachie, au pied du Ben Rinnes, et notre page consacrée à cette distillerie détaille sa politique de fûts et son distillat courant. Ce qui suit ne concerne que la production fumée : elle a son propre nom, ses propres bouteilles et ses propres réglages, et elle ne se mélange jamais au reste de l'année dans une même mise.
La marque a été rendue publique le 26 septembre 2023, avec un socle de trois références permanentes et une sortie annuelle en petit lot. Toutes affichent cinq ans. C'est le premier ensemble de références entièrement conduit, du remplissage à l'assemblage, par l'équipe arrivée à la tête de la distillerie en 2017 : les stocks anciens du site n'y jouent aucun rôle, puisqu'ils sont antérieurs à la campagne fumée.
Meikle Tòir se prononce à peu près mi-keul tor et se traduit par grande poursuite. Le choix d'un nom distinct plutôt que d'une mention ajoutée sur les étiquettes de la distillerie n'a rien d'anodin : il évite qu'un amateur venu chercher le malt non fumé de la maison ne tombe sur une bouteille fumée, et il évite l'inverse. Une marque séparée est ici une signalisation, pas une opération de communication.
La production fumée occupe une fenêtre d'environ six semaines par an et représente près de cent mille litres d'alcool. Elle mobilise les mêmes cuves et les mêmes alambics que le reste de l'année, ce qui suppose de nettoyer la chaîne avant et après pour éviter que les phénols ne migrent dans les brassins suivants. Cette contrainte explique la fenêtre courte autant que le volume annoncé : une campagne fumée coûte des jours de production au reste de la gamme, et personne ne la rallonge sans raison.
La fumée d'un whisky ne se résume pas à une intensité : elle a une nature, et cette nature dépend de ce qui a brûlé sous le grain. Le choix fait ici est explicite et il est publié, ce qui reste rare. Reste ensuite la question de savoir ce qu'un chiffre de phénols décrit exactement, et sur ce point la maison prend une position peu commune.
La tourbe employée vient de St Fergus, sur le continent écossais. Elle s'est formée à partir d'arbres, de bruyère et de végétaux terrestres, quand les tourbières exploitées sur les îles contiennent davantage de mousses et de matière marine. Le résultat au verre n'est pas une question d'intensité mais de registre : le bois et le sucré passent devant, là où une tourbe insulaire tire vers l'iode, le goudron et le médicinal.
Le malt des trois références permanentes est touraillé à trente-cinq parties par million de phénols, une valeur que la maison publie et qui décrit le grain après séchage, avant qu'il n'entre dans la cuve. Sur l'échelle usuelle du maltage, ce niveau se situe au-dessus du léger et en deçà des spécifications les plus fumées d'Écosse. La malterie travaille sur commande, avec le cahier des charges de la distillerie.
La maison affirme relever ses phénols sur le distillat plutôt que de s'en tenir à la spécification du malt, au motif qu'une bonne part disparaît entre la cuve et le second alambic. La démarche est inhabituelle et mérite d'être signalée. Elle rend en revanche la lecture des chiffres publiés délicate : selon les sources, la valeur annoncée pour la sortie annuelle décrit tantôt l'orge, tantôt le liquide. Nous rapportons les deux lectures sans trancher.
Un whisky de cinq ans laisse peu de place au bois pour rattraper un distillat mal né. Tout se décide donc en amont, dans la cuve de fermentation et au moment de la coupe. Deux partis pris expliquent la texture particulière de ces bouteilles, et le troisième point tient à ce que l'âge affiché engage réellement.
Les brassins fermentent cent soixante heures, soit près du triple des durées courantes dans l'industrie. Passé le travail de la levure, des bactéries lactiques prennent le relais et fabriquent des composés fruités et lactés que des fermentations courtes ne produisent pas. C'est le levier principal du profil recherché : obtenir un fond sucré capable de tenir tête à la fumée, plutôt que de laisser celle-ci occuper seule le terrain.
Ce que la maison cherche, et qu'elle décrit ainsi, c'est une fumée douce posée sur le caractère miellé de son distillat habituel. La fermentation longue apporte le fruit, la tourbe continentale apporte un fumé boisé plutôt que salin, et les deux se rencontrent sans que l'un n'efface l'autre. C'est une construction assumée, très différente de celle d'un malt fumé où la fumée fait office de colonne vertébrale.
Les quatre références affichent cinq ans, ce qui est inhabituel : la plupart des maisons échelonnent leurs mentions d'âge. Rappelons ce que ce chiffre engage : dans un assemblage, il désigne le composant le plus jeune et jamais une moyenne. Un âge bas ne dit rien de la densité obtenue, surtout sur du chêne neuf qui cède vite. Ici, l'âge sert de constante et le bois de variable, ce qui rend les quatre bouteilles comparables entre elles.
Quatre bouteilles, un même distillat, un même âge : ce qui les sépare tient au bois et, pour l'une d'elles, à la coupe. Trois références sont permanentes, la quatrième paraît une fois par an en petit lot. La troisième permanente, The Chinquapin One, met en scène un chêne blanc d'Amérique du Nord rarement employé en Écosse, plus dense et plus épicé que le chêne américain habituel des fûts de bourbon.
The Original assemble des barriques ayant contenu du bourbon en premier remplissage, du chêne neuf et des fûts de seigle, et sort à cinquante degrés. Le fût de seigle est le point rare de cette composition : il apporte une épice sèche et poivrée qui rencontre la fumée sans passer par le sucre. C'est la référence qui montre le distillat de la façon la plus directe, et celle à ouvrir en premier pour se faire une idée du nom.
The Sherry One commence son élevage en chêne américain, puis passe trois années en puncheons de Pedro Ximénez et d'oloroso, avant de sortir à quarante-huit degrés. Trois ans dans ces contenants, sur un whisky de cinq, représentent une part considérable de sa vie : ce n'est pas une finition posée en fin de parcours mais un second élevage à part entière. Le raisin sec et la datte y encadrent la fumée plutôt qu'ils ne la couvrent.
The Turbo paraît en édition annuelle, à cinquante degrés, tirée de quelques fûts de chêne neuf et de hogsheads d'oloroso. Son principe n'est pas un fût différent mais une coupe différente : les points de passage ont été resserrés pour ne garder que la fraction la plus chargée du distillat. La valeur de soixante et onze parties par million qui l'accompagne circule sous deux lectures, l'une portant sur le malt et l'autre sur le liquide.
Ce nom pose systématiquement les mêmes questions, et la première vient de ce qu'une marque distincte ressemble beaucoup, sur une étagère, à un producteur distinct. Voici les réponses.
Non. C'est le nom donné par The GlenAllachie à sa production fumée, distillée dans les mêmes murs et sur le même matériel que son malt non fumé, dans le Speyside. Aucun bâtiment ne porte ce nom et aucune adresse ne lui est propre. Ce que la marque sépare, ce sont deux campagnes de production et deux orges, pas deux sites.
L'expression se traduit par grande poursuite et se prononce à peu près mi-keul tor. Elle renvoie au travail de recherche mené sur ce profil fumé plutôt qu'à un lieu ou à un fondateur, contrairement à l'immense majorité des noms de whisky écossais. C'est aussi un signal pratique : un nom qui ne ressemble pas à celui de la distillerie évite de confondre deux gammes qui n'ont pas la même matière première.
L'orge. Le reste de l'année, la distillerie travaille une orge non tourbée et publie ses bouteilles sous son propre nom. Pendant environ six semaines, elle travaille une orge touraillée à la tourbe de St Fergus, et ces brassins deviennent du Meikle Tòir. Le matériel, l'eau et les équipes sont les mêmes. Les deux productions ne se mélangent jamais dans une même bouteille.
Chez Trinquay. Notre cave en ligne suit les quatre références du nom, avec pour chacune son âge, son degré et le détail de son élevage. Comme le distillat et l'âge ne bougent pas d'une bouteille à l'autre, le choix se joue entièrement sur le bois : dites-nous si vous cherchez l'épice sèche du seigle ou le raisin sec du xérès, notre conseil personnalisé vous oriente.