Il existe en Bourgogne une maison de whisky qui n'a jamais distillĂ© une goutte, et qui signe pourtant certaines des bouteilles les plus reconnaissables du rayon. Michel Couvreur achĂšte des eaux-de-vie de malt en Ăcosse et les Ă©lĂšve chez lui, dans des caves creusĂ©es Ă flanc de colline. Cette page rassemble le whisky Michel Couvreur de notre cave et explique ce que cette façon de faire change au verre.
Michel Couvreur whisky, une maison d'élevage en Bourgogne
Pour comprendre les bouteilles, il faut d'abord comprendre l'homme et le lieu. Les deux tiennent en peu de mots, et ils expliquent la totalité de ce que la maison continue de faire aujourd'hui.
Un négociant belge installé à Bouze-lÚs-Beaune
Michel Couvreur, nĂ© en 1928 et disparu en 2013, Ă©tait belge. Il arrive en Bourgogne pour le vin, comme nĂ©gociant, et rachĂšte en 1956 les anciennes caves Molet Ă Bouze-lĂšs-Beaune, un village accrochĂ© au-dessus de Beaune. Le whisky vient plus tard, dans les annĂ©es 1960, aprĂšs un sĂ©jour d'Ă©tude en Ăcosse qui lui donne une conviction dont il ne dĂ©mordra plus. Il enregistre sa sociĂ©tĂ© en 1978 et construit une Ćuvre entiĂšre sur une idĂ©e contraire Ă celle de toute la profession : ce n'est pas la distillation qui fait un grand whisky, c'est l'Ă©levage.
Des caves creusées dans le calcaire de la colline
L'outil de la maison n'est pas un alambic, c'est un réseau de galeries taillées dans le calcaire, sous le village. On y compte plus de cent cinquante mÚtres de couloirs, à température basse et constante, et surtout à trÚs forte hygrométrie. Ces deux paramÚtres décident de tout ce qui suit. Une cave sÚche concentre l'alcool par évaporation de l'eau, une cave humide fait l'inverse et laisse partir l'alcool. C'est cette particularité, invisible sur une étiquette, qui explique le caractÚre des bouteilles.
Une Ćuvre poursuivie depuis 2013
Michel Couvreur meurt en 2013, aprĂšs avoir formĂ© ceux qui allaient continuer. La famille et le maĂźtre de chai Jean-Arnaud Frantzen tiennent depuis la mĂȘme ligne : mĂȘmes fĂ»ts, mĂȘme patience, mĂȘmes refus. La maison n'a pas profitĂ© de la vague du whisky français pour changer de discours, et c'est cohĂ©rent puisqu'elle n'a jamais prĂ©tendu distiller. Ce qui se transmet ici n'est pas une recette mais une mĂ©thode d'achat et de prĂ©paration du bois, bien plus difficile Ă copier qu'un procĂ©dĂ© de distillation. Les cuvĂ©es continuent de sortir sous les mĂȘmes noms, avec les mĂȘmes Ă©carts d'un lot Ă l'autre, ce qui est la marque d'une maison qui n'a pas standardisĂ© son bois.
Pourquoi un whisky Michel Couvreur n'est pas un scotch
C'est la question qui revient Ă chaque bouteille, et la rĂ©ponse tient Ă un mot du rĂšglement Ă©cossais. Elle mĂ©rite d'ĂȘtre posĂ©e proprement, parce qu'elle dĂ©cide de la façon dont la maison se prĂ©sente et dont on doit en parler.
Des eaux-de-vie de malt achetĂ©es en Ăcosse
Le distillat vient d'Ăcosse. La maison ne possĂšde aucun alambic et n'en a jamais possĂ©dĂ© : elle achĂšte des eaux-de-vie de malt, jeunes, Ă des distilleries Ă©cossaises, puis les rapatrie en Bourgogne pour les mettre dans ses propres fĂ»ts. Michel Couvreur n'est donc pas une distillerie, et Ă©crire qu'elle distille en France serait faux. Elle relĂšve du mĂ©tier d'Ă©leveur, celui qui achĂšte une matiĂšre brute et dĂ©cide de tout ce qui lui arrive ensuite, du bois jusqu'Ă la mise en bouteille.
Vieilli en Bourgogne, et ce que la mention change
Le rĂšglement Ă©cossais est explicite : pour porter le mot scotch, un whisky doit avoir vieilli en Ăcosse, au moins trois ans, en fĂ»ts de chĂȘne n'excĂ©dant pas 700 litres. Un distillat Ă©cossais qui traverse la Manche pour finir son Ă©levage ailleurs perd la mention, quelle que soit sa qualitĂ©. Ces bouteilles se disent donc vieillies en Bourgogne, jamais scotch. La mention single malt, elle, reste possible quand le distillat vient d'une seule distillerie et de la seule orge maltĂ©e.
Une origine française qui n'est pas une appellation
Le master range la maison en France, rĂ©gion Bourgogne, et c'est exact pour le lieu d'Ă©levage. Attention toutefois au raccourci : il n'existe Ă ce jour aucune indication gĂ©ographique whisky de France. Deux existent en Bretagne et en Alsace, un cahier des charges national a Ă©tĂ© rĂ©digĂ© et attend son dĂ©pĂŽt, rien n'est homologuĂ©. Ăcrire whisky français dĂ©signe donc une origine, jamais une appellation protĂ©gĂ©e, et notre page consacrĂ©e au whisky français revient sur ce point en dĂ©tail.
Le fĂ»t de xĂ©rĂšs, cĆur du travail de Michel Couvreur
Tout le travail de la maison tient dans le contenant. Elle ne choisit pas son distillat comme un embouteilleur choisit un fĂ»t dĂ©jĂ prĂȘt Ă boire : elle achĂšte une matiĂšre jeune et dĂ©cide ensuite du bois qui la recevra, ce qui suppose de prĂ©parer ce bois des annĂ©es Ă l'avance.
Des fûts choisis puis préparés en Andalousie
La maison va chercher ses fĂ»ts en Andalousie, chez les bodegas de Jerez et de sa rĂ©gion, et ne se contente pas de rĂ©cupĂ©rer ce qui traĂźne. Elle fait prĂ©parer les bois, les fait remplir de vin de xĂ©rĂšs pendant des annĂ©es, et ne les rapatrie qu'une fois qu'ils sont prĂȘts. C'est un travail de tonnelier autant que d'assembleur, et c'est la partie la plus coĂ»teuse du mĂ©tier. Un fĂ»t achetĂ© d'occasion et un fĂ»t suivi depuis sa fabrication ne donnent pas la mĂȘme chose.
Ce qu'une cave humide fait au degré
Dans un chai sec, l'eau s'évapore plus vite que l'alcool et le degré du fût monte avec les années. Dans les galeries humides de Bouze-lÚs-Beaune, c'est l'alcool qui part en premier, et le degré descend tout seul. Un fût trÚs vieux peut ainsi arriver naturellement autour de cinquante degrés sans qu'on lui ajoute une goutte d'eau. La conséquence est directe : la maison peut mettre en bouteille des whiskies ùgés à un degré confortable sans les casser.
L'embouteillage sans réduction brutale
Réduire un whisky consiste à lui ajouter de l'eau pour descendre au degré voulu. Fait vite et sur un écart important, le geste dissocie les arÎmes et laisse une sensation aqueuse en milieu de bouche. Ici la cave a déjà fait une partie du chemin, et l'ajustement final est faible, voire nul sur certaines cuvées publiées à leur degré naturel. C'est une conséquence de la méthode, pas un argument commercial ajouté aprÚs coup, et cela s'entend dans la texture.
Les cuvées de la maison Michel Couvreur
Les noms de la maison ne suivent aucune logique de gamme, ni d'ùge, ni de niveau. Ils désignent des élevages et des partis pris, et il faut les lire comme tels plutÎt que comme des paliers à gravir.
Clearach, Pale Single-Single et les malts d'une seule origine
Clearach et Pale Single-Single dĂ©signent des whiskies de malt issus d'une seule distillerie, Ă©levĂ©s dans des fĂ»ts moins marquĂ©s que le xĂ©rĂšs brun de la maison. Ils donnent une lecture plus claire du distillat lui-mĂȘme, avec de la cĂ©rĂ©ale, du fruit blanc et une bouche moins enveloppĂ©e. Intravagan'za relĂšve de la mĂȘme famille avec un degrĂ© plus haut. Ce sont les cuvĂ©es par lesquelles on comprend le mieux ce que le bois ajoute ailleurs, parce qu'il en ajoute justement moins.
Overaged, Special Vatting et les assemblages de malts
Overaged, Special Vatting, Hyphen, Hexanobile et Tria Juncta In Uno sont des assemblages de whiskies de malt venus de plusieurs distilleries. La catégorie légale s'appelle blended malt : elle réunit des single malts sans une goutte de whisky de grain. Les mentions pure malt et vatted malt que l'on croise sur d'anciens flacons sont abolies depuis 2009 et ne peuvent plus figurer sur une étiquette de scotch. Ces cuvées portent la marque la plus nette du xérÚs de la maison.
Choisir un whisky Michel Couvreur selon son élevage
La question utile n'est pas l'ùge mais le bois. Un élevage pùle donne un verre tendu, céréalier, plus proche d'un malt écossais classique. Un élevage long en xérÚs brun donne des fruits secs, de la noix, du cuir et une amertume noble qui tient longtemps. Entre les deux, la maison publie des cuvées finies en fûts de vin, dont un passage en vin jaune du Jura. Dites-nous ce que vous buvez d'habitude et le choix se fait vite.
Questions fréquentes sur le whisky Michel Couvreur
Trois malentendus reviennent à chaque bouteille : la nature de la maison, sa nationalité et le sens du mot Overaged. Voici ce que chacun recouvre réellement, et ce que l'étiquette a le droit d'annoncer.
Michel Couvreur est-il une distillerie ?
Non. C'est une maison d'Ă©levage et d'assemblage, installĂ©e Ă Bouze-lĂšs-Beaune en Bourgogne. Elle achĂšte des eaux-de-vie de malt en Ăcosse, les Ă©lĂšve dans ses caves en fĂ»ts qu'elle a fait prĂ©parer elle-mĂȘme, puis les met en bouteille. Aucun alambic ne tourne sur place, et la maison ne l'a jamais revendiquĂ©. Le mĂ©tier qu'elle exerce se rapproche de celui d'un embouteilleur indĂ©pendant, avec la prĂ©paration du bois en plus.
Le whisky Michel Couvreur est-il un whisky français ?
Il est élevé et embouteillé en France, à partir d'un distillat écossais. On peut donc le présenter comme un whisky vieilli en Bourgogne, ce qui est exact et vérifiable. Le dire distillé en France serait faux. Rappelons qu'aucune indication géographique whisky de France n'est homologuée à ce jour : seules la Bretagne et l'Alsace en ont une, et le mot français reste une origine.
Que veut dire Overaged chez Michel Couvreur ?
Le mot désigne un élevage volontairement poussé au-delà de ce que la plupart des maisons pratiquent, dans des fûts de xérÚs trÚs marqués. Il ne correspond à aucune mention réglementée et ne garantit pas un ùge précis : les étiquettes de la maison indiquent plutÎt un seuil, par exemple plus de douze ans. Rappelons que dans un assemblage, l'ùge annoncé est celui du composant le plus jeune, jamais une moyenne des fûts réunis.
OĂč acheter un whisky Michel Couvreur en ligne ?
Chez Trinquay. Nous travaillons en sourcing direct auprÚs des maisons, ce qui nous permet de suivre les cuvées de Bouze-lÚs-Beaune dans leurs deux registres, les élevages pùles et les xérÚs longs. Dites-nous si vous cherchez un premier flacon ou une cuvée d'assemblage ancienne, et notre conseil vous oriente vers l'élevage qui prolonge ce que vous buvez déjà plutÎt que vers le nom le plus rare.