Rares sont les maisons de whiskey américain dont le nom vient de deux prénoms d'enfants. Michter's en fait partie, et cette anecdote des années 1950 est le point le plus solidement daté d'une histoire qui remonte, si l'on en croit la maison, au milieu du XVIIIe siÚcle pennsylvanien. Entre les deux, une faillite, un nom racheté, et une renaissance menée à Louisville. Cette page rassemble les bouteilles nées de ce parcours.
Michter's Whisky, une maison du Kentucky Ă filiation pennsylvanienne
Le Michter's Whisky que l'on achĂšte aujourd'hui est produit dans le Kentucky, par une sociĂ©tĂ© qui n'a aucune continuitĂ© industrielle avec la Pennsylvanie. Ce que la maison revendique, c'est une filiation de nom et d'esprit, et il est plus juste de la prĂ©senter ainsi que de laisser croire Ă une chaĂźne ininterrompue. Trois Ă©pisodes structurent ce rĂ©cit : une origine ancienne, un baptĂȘme rĂ©cent, et un redĂ©marrage complet.
Shenk's puis Bomberger's, une filiation revendiquée depuis 1753
La maison fait remonter son origine à John Shenk, fermier mennonite d'origine suisse installé à Schaefferstown, en Pennsylvanie, et à l'année 1753. L'affaire prend ensuite le nom de Bomberger's, du nom d'Abraham Bomberger qui l'acquiert au milieu du XIXe siÚcle. Le détail de ces débuts est discuté par les historiens locaux, qui relÚvent que le brevet de moulin de 1753 se concilie mal avec l'ùge qu'avait alors John Shenk : nous écrivons donc une filiation revendiquée, pas une date d'état civil.
Michael et Peter, les deux prénoms qui ont donné le nom
Le nom Michter's, lui, ne date pas du XVIIIe siÚcle. Il est forgé dans les années 1950 par Lou Forman, alors l'un des propriétaires, qui accole les prénoms de ses deux fils, Michael et Peter. C'est sous ce nom que l'entreprise pennsylvanienne connaßt sa période la plus visible : dans les années 1970 et 1980, son whiskey le plus vendu est un sour mash, une filiation de recette que la maison actuelle revendique explicitement dans sa gamme. Le nom a donc deux ùges : celui de l'entreprise, ancien et discuté, et celui de la marque, parfaitement daté et beaucoup plus récent.
La faillite de 1989 et le rachat du nom dans les années 1990
En 1989, dans une industrie amĂ©ricaine du whiskey en pleine dĂ©pression, les propriĂ©taires d'alors dĂ©posent le bilan et abandonnent les lieux. La marque reste orpheline quelques annĂ©es, avant que Joseph Magliocco, importateur, n'en acquiĂšre les droits au milieu des annĂ©es 1990 pour une somme dĂ©risoire, et ne relance le projet dans le Kentucky avec Richard Newman. La maison a longtemps achetĂ© son whiskey Ă d'autres distillateurs avant d'ĂȘtre en mesure de produire le sien. Cette pĂ©riode d'achat n'a rien d'infamant, elle est la rĂšgle pour toute marque amĂ©ricaine qui redĂ©marre : construire une distillerie prend deux ans, remplir un chai en prend dix de plus.
Les deux distilleries de Michter's Ă Louisville
Un producteur qui achĂšte son liquide et un producteur qui le distille ne font pas le mĂȘme mĂ©tier. Michter's est passĂ© du premier au second en une dizaine d'annĂ©es, en se dotant de deux outils trĂšs diffĂ©rents dans la mĂȘme ville. Ă cela s'ajoute une exploitation agricole, piĂšce plus rare dans le paysage du bourbon.
Shively, l'atelier qui distille depuis 2015
Le premier site est installé dans le quartier de Shively, à Louisville, sur prÚs de quatre-vingt-dix mille pieds carrés. C'est là que la maison distille depuis 2015, et c'est de là que sort l'essentiel du volume. Ce démarrage marque une rupture nette dans l'histoire récente de la marque : à partir de cette date, le nom cesse de désigner uniquement une sélection de fûts achetés pour désigner aussi une production maison, avec les choix techniques qui vont avec. La bascule est progressive par nature, puisque les fûts achetés et les fûts distillés sur place vieillissent cÎte à cÎte pendant des années.
Fort Nelson, les alambics venus de Pennsylvanie
Le second site occupe le Fort Nelson Building, un immeuble ancien de la rangée historique du whiskey à Louisville, racheté en 2011 et rouvert au public début 2019 aprÚs une longue restauration. Il abrite les alambics de cuivre et les cuves de fermentation en bois de cyprÚs venus de l'ancienne exploitation pennsylvanienne. C'est le seul lien matériel entre les deux époques de la marque, et il fonctionne comme un atelier de petite échelle autant que comme un lieu de visite.
La ferme de Springfield et ses 205 acres
La maison exploite en outre 205 acres de terres agricoles Ă Springfield, dans le Kentucky, soit environ quatre-vingt-trois hectares. Peu de producteurs amĂ©ricains possĂšdent leur foncier agricole, et l'intĂ©rĂȘt est double : maĂźtriser une part de l'approvisionnement en cĂ©rĂ©ales et disposer d'un terrain d'essai. Ce troisiĂšme site complĂšte un dispositif qui va dĂ©sormais du champ au chai, ce qui n'Ă©tait pas le cas dix ans plus tĂŽt. Une maison qui possĂšde ses champs, ses alambics et ses chais ne dĂ©pend plus de personne pour dĂ©finir son goĂ»t.
Les partis pris techniques de Michter's
Une maison américaine se distingue rarement par sa recette, qui reste encadrée par la réglementation fédérale, et plus souvent par ce qu'elle fait autour du fût. Michter's met en avant trois décisions précises, coûteuses et vérifiables, qui expliquent une partie de ce que l'on trouve dans le verre. Notre page consacrée au bourbon détaille le cadre légal commun.
Un degré d'entrée en fût plus bas que l'usage
La rĂ©glementation amĂ©ricaine plafonne le degrĂ© auquel un distillat peut entrer en fĂ»t, mais elle n'impose aucun plancher. Michter's remplit ses fĂ»ts Ă 103 degrĂ©s proof, soit 51,5 %, nettement en dessous du plafond lĂ©gal et en dessous de la pratique courante du secteur. Un degrĂ© d'entrĂ©e plus bas signifie moins d'alcool et plus d'eau dans le fĂ»t, donc une extraction du bois diffĂ©rente, et davantage de fĂ»ts Ă remplir pour un mĂȘme volume de whiskey fini. C'est donc une dĂ©cision qui se paie, et c'est prĂ©cisĂ©ment pour cette raison qu'elle constitue un argument.
Des chais Ă cycle thermique
La maison chauffe ses chais pendant la saison froide au lieu de laisser le bĂątiment suivre les tempĂ©ratures extĂ©rieures. Le fĂ»t respire quand il fait chaud et se repose quand il fait froid : en provoquant ces cycles, on multiplie les Ă©changes entre le liquide et le bois sur une mĂȘme durĂ©e. C'est un choix qui coĂ»te en Ă©nergie et qui modifie la relation entre l'Ăąge affichĂ© et la maturitĂ© rĂ©elle du whiskey, sans que l'un se substitue Ă l'autre.
Le second fût toasté et non carbonisé
Certaines références de la maison passent, aprÚs leur élevage réglementaire, dans un second fût simplement toasté et non carbonisé. La différence n'est pas cosmétique : la carbonisation crée une couche de charbon qui filtre autant qu'elle apporte, tandis qu'un bois seulement chauffé libÚre surtout des composés sucrés et épicés. C'est cette finition que désignent les mentions de fût toasté sur les étiquettes.
Lire la gamme US 1 de Michter's
Les rĂ©fĂ©rences courantes de la maison portent le sigle US 1, que Michter's rattache Ă sa revendication d'antĂ©rioritĂ© amĂ©ricaine. Sous ce sigle commun cohabitent des whiskeys qui ne relĂšvent pas de la mĂȘme catĂ©gorie fĂ©dĂ©rale, et c'est le point que les acheteurs confondent le plus souvent.
Bourbon, rye et american whiskey, trois cadres légaux
Le bourbon exige un moĂ»t d'au moins 51 % de maĂŻs et un Ă©levage en fĂ»ts de chĂȘne neufs et carbonisĂ©s. Le rye applique le mĂȘme schĂ©ma avec au moins 51 % de seigle. L'american whiskey, lui, est la catĂ©gorie gĂ©nĂ©rique : la version de la maison est Ă©levĂ©e en fĂ»ts ayant dĂ©jĂ servi, ce qui l'exclut mĂ©caniquement de l'appellation bourbon. La mention non assemblĂ©e qui l'accompagne signale qu'elle ne contient aucun alcool neutre de grain.
Sour mash, un procédé et non une catégorie
Le sour mash consiste à réintroduire dans un nouveau moût une part des résidus acides de la distillation précédente, afin d'en stabiliser l'acidité et la fermentation. La quasi-totalité du whiskey américain est produite ainsi, y compris les bourbons qui ne l'écrivent pas. Chez Michter's, la mention renvoie surtout à la recette phare de l'époque pennsylvanienne, et elle désigne un whiskey qui ne revendique pas la catégorie bourbon.
Fût unique ou petit lot, deux modes d'embouteillage
Un embouteillage en fĂ»t unique provient d'un seul fĂ»t : chaque bouteille de la sĂ©rie est diffĂ©rente de la prĂ©cĂ©dente, et la maison assume ces Ă©carts. Un petit lot rĂ©unit un nombre restreint de fĂ»ts choisis pour se complĂ©ter, ce qui lisse le rĂ©sultat sans le standardiser. Ce sont deux intentions distinctes, pas deux niveaux : l'une cherche le caractĂšre d'un fĂ»t, l'autre un Ă©quilibre construit. Un point mĂ©rite d'ĂȘtre connu : aux Ătats-Unis, ni le fĂ»t unique ni le petit lot ne font l'objet d'une dĂ©finition fĂ©dĂ©rale, contrairement au bourbon ou au rye. Ce sont des engagements de maison, pas des mentions encadrĂ©es, et leur portĂ©e varie donc d'un producteur Ă l'autre.
Questions fréquentes
Le whisky Michter's est-il un bourbon ?
Certaines références le sont, d'autres non. La gamme réunit du bourbon, du rye, un sour mash et un american whiskey élevé en fûts ayant déjà servi, qui ne peut donc pas porter le nom de bourbon. La catégorie se lit sur l'étiquette.
OĂč est distillĂ© le whisky Michter's ?
à Louisville, dans le Kentucky, sur deux sites : l'atelier de Shively, qui distille depuis 2015, et le Fort Nelson Building, ouvert au public début 2019. La maison exploite en outre une ferme à Springfield.
Que veut dire US 1 sur une bouteille Michter's ?
C'est le sigle sous lequel la maison range ses références courantes, rattaché à sa revendication d'antériorité américaine. Il ne désigne ni une catégorie légale ni un niveau de qualité : la catégorie figure ailleurs sur l'étiquette.
Comment choisir sa bouteille de Michter's Whisky chez Trinquay ?
Partez de la catĂ©gorie lĂ©gale, bourbon, rye, sour mash ou american whiskey, puis regardez si la bouteille vient d'un fĂ»t unique ou d'un petit lot. Les mentions de fĂ»t toastĂ© signalent une finition supplĂ©mentaire. Ăcrivez-nous, nous comparons les Ă©tiquettes avec vous.