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Whisky Mortlach

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Une étiquette qui annonce une distillation « 2.81 fois » intrigue avant d'expliquer quoi que ce soit. Le chiffre n'est pourtant ni un slogan ni une approximation : c'est le résultat d'un calcul, appliqué à un circuit de distillation que personne d'autre n'a copié. Cette page rassemble nos embouteillages Mortlach et démonte ce que ce chiffre recouvre, ainsi que le caractère qui en découle.

Whisky Mortlach, la première distillerie légale de Dufftown

Dufftown est une petite ville du Speyside qui a compté un nombre inhabituel de distilleries pour sa taille. Mortlach y est arrivée la première, et son histoire éclaire celle du bourg entier : le site distillait déjà avant d'être déclaré, et c'est un changement de loi qui l'a fait passer dans la légalité. Ce que la maison est devenue ensuite tient largement à une famille d'ingénieurs.

La licence de 1823 et l'Excise Act

La distillerie est fondée en 1823, première de Dufftown à obtenir une licence, sur l'emplacement d'un atelier clandestin. La date n'est pas un hasard : l'Excise Act voté cette année-là abaisse les droits et rend l'activité déclarée viable, ce qui fait sortir de l'ombre des dizaines de distilleries écossaises en quelques années. Mortlach appartient donc à la première génération de distilleries légales du nord-est, celle qui a fixé la géographie actuelle du Speyside.

George Cowie, ingénieur devenu propriétaire

En 1853, George Cowie, ingénieur de formation, rejoint l'exploitation alors dirigée par John Gordon, avant d'en prendre les rênes. Son fils Alexander poursuit le travail et façonne l'atelier tel qu'on le connaît : c'est à lui que l'on doit le circuit de distillation particulier de la maison et le maintien des serpentins de refroidissement. En 1897, la distillerie passe de trois à six alambics et se dote d'un embranchement ferroviaire. L'outil actuel date pour l'essentiel de cette période.

Ce que le surnom The Beast of Dufftown désigne

La maison est surnommée The Beast of Dufftown, et le surnom parle du liquide plutôt que du bâtiment. Le distillat de Mortlach est dense, charnu, marqué par des notes de viande et de cuir que le vocabulaire anglophone qualifie de meaty. C'est une matière peu commune dans le Speyside, région dont le nom évoque d'ordinaire le fruit et le miel, et c'est précisément ce contraste qui a fait la réputation de la distillerie auprès des assembleurs. Longtemps, le nom Mortlach circulait d'ailleurs davantage dans le vocabulaire du métier que sur les étagères : le distillat partait nourrir des assemblages, et les amateurs le rencontraient surtout par des embouteillages indépendants.

Les 2,81 distillations de Mortlach

La plupart des distilleries écossaises distillent deux fois, quelques-unes trois fois, et Springbank pratique un compte intermédiaire. Mortlach ne fait ni l'un ni l'autre : elle fait passer des fractions différentes de son liquide par des chemins différents, puis rassemble le tout. Le chiffre affiché sur l'étiquette est la moyenne pondérée de ces trajets, arrondie à deux décimales. C'est une description comptable d'un circuit, pas une recette.

Six alambics dont aucun ne ressemble au voisin

L'atelier compte trois alambics de première distillation et trois alambics de repasse, tous de tailles et de silhouettes distinctes. Chaque paire travaille selon un régime propre, et les liquides qu'elles rendent n'ont ni la même densité ni le même profil. Là où un parc homogène cherche la répétabilité, celui-ci fabrique des matières délibérément différentes, que l'on marie ensuite. Les serpentins de refroidissement immergés, plutôt que des condenseurs tubulaires, ajoutent au caractère lourd du résultat.

La Wee Witchie, le petit alambic passé trois fois

Un des alambics porte un nom, la Wee Witchie, en référence à sa silhouette de chapeau de sorcière. C'est le plus petit du parc, et il reçoit une fraction minoritaire des basses vins, environ un cinquième, pendant que le reste part vers les autres appareils. Cette fraction y est repassée jusqu'à subir trois distillations au total. Le liquide qui en sort est concentré, et il joue dans l'assemblage final le rôle d'un condiment plutôt que celui d'une base.

Pourquoi 2,81 n'est pas un nombre de passages

Personne ne distille 2,81 fois : on ne peut passer un liquide qu'un nombre entier de fois dans un alambic. Le chiffre résulte de la moyenne des trajets, certains à deux passages, d'autres à trois, pondérée par les volumes concernés. L'écrire autrement serait fabriquer une confusion, et c'est la confusion la plus répandue au sujet de cette maison. Le résultat pratique tient en une phrase : plusieurs distillats coexistent, et l'assemblage a lieu à l'intérieur même de la distillerie.

Le caractère du malt de Mortlach

Ce circuit produit une matière que l'on reconnaît à l'aveugle, et qui n'a rien de neutre. Elle demande du bois pour être domptée, elle supporte des élevages longs, et elle intéresse deux publics différents pour deux raisons différentes : les assembleurs, qui y trouvent une colonne vertébrale, et les amateurs de single malt, qui y cherchent l'inverse du Speyside floral.

Les serpentins et la matière dense qu'ils laissent

Les serpentins de refroidissement, ces longs tubes de cuivre enroulés dans une cuve d'eau froide, offrent moins de contact entre la vapeur et le cuivre qu'un condenseur moderne. Or c'est ce contact qui allège un distillat en retenant les composés soufrés les plus lourds. En le limitant, Mortlach garde une matière épaisse, presque charnue. La distillerie a conservé ce dispositif quand une grande partie de l'Écosse l'abandonnait, et ce choix technique explique une part du caractère.

Le fût de xérès dans la gamme officielle

La gamme permanente s'appuie largement sur le chêne ayant contenu du xérès, seul capable de tenir tête à une matière aussi dense. Le résultat n'est pas un whisky sucré : le fruit sec et l'épice du fût viennent enrober la trame de viande et de cuir sans l'effacer. Les paliers les plus âgés sont élevés exclusivement en fûts de xérès, quand l'embouteillage le plus jeune mêle chêne américain de bourbon et chêne de xérès.

Ce que les embouteilleurs indépendants viennent y chercher

Les maisons indépendantes achètent des fûts de Mortlach depuis longtemps, et souvent pour des élevages très longs. Une matière lourde encaisse trente ans de bois là où un distillat léger serait dissous, ce qui explique la proportion inhabituelle de vieux millésimes sous ce nom. Ces bouteilles sont presque toujours des fûts uniques : elles portent un millésime, un numéro de fût et un degré propre, et elles ne se rejouent pas.

Choisir un whisky Mortlach

La lecture d'une étiquette Mortlach demande de distinguer deux origines. Les embouteillages de la distillerie elle-même forment une gamme permanente stable, complétée par des sorties annuelles. Les embouteillages indépendants, eux, sont des pièces isolées. Rappelons qu'un âge affiché désigne le composant le plus jeune de l'assemblage, jamais une moyenne, et qu'un numéro de fût n'est pas un âge.

The Wee Witchie, Distiller's Dram et Cowie's Blue Seal

La gamme permanente réunit un 12 ans nommé The Wee Witchie, un 16 ans nommé Distiller's Dram et un 20 ans nommé Cowie's Blue Seal, tous trois embouteillés à 43,4 %. Le premier associe fût de bourbon et fût de xérès, les deux autres sont élevés exclusivement en xérès. Le nom du 20 ans renvoie à un embouteillage historique de la maison, apparu en 1909 et produit jusqu'aux années soixante-dix, repris pour cette gamme.

Les Special Releases sans âge annoncé

La distillerie contribue régulièrement aux séries annuelles de son propriétaire, avec des embouteillages tirés à degré élevé et souvent sans mention d'âge. L'absence d'âge n'y signale pas un whisky jeune : elle affranchit l'assembleur du plancher imposé par son composant le plus jeune. Ces sorties portent des noms propres et des habillages qui changent d'une année sur l'autre, ce qui rend le millésime de parution plus utile que le nom pour s'y retrouver. Le degré y est presque toujours élevé, souvent au-delà de cinquante-cinq pour cent, et l'élevage privilégie le chêne marqué. Ces bouteilles s'adressent à qui connaît déjà la trame de la maison et cherche à la voir poussée plus loin.

Les fûts uniques millésimés des embouteilleurs

Sous étiquette indépendante, on trouve des Mortlach millésimés, embouteillés fût par fût, parfois après trois décennies de bois. Chaque bouteille porte l'année de distillation, l'âge atteint, le numéro du fût et un degré non arrondi. Ces trois informations suffisent à identifier une pièce et à la distinguer d'une autre du même millésime. Une même année peut d'ailleurs exister en plusieurs versions selon le fût et la maison qui l'a choisi.

Questions fréquentes sur le whisky Mortlach

Quatre questions reviennent régulièrement au sujet de cette distillerie de Dufftown, sur son emplacement, sur son chiffre de distillation, sur son petit alambic et sur le choix d'une bouteille.

Où est distillé le whisky Mortlach ?

À Dufftown, dans le Speyside, au nord-est de l'Écosse. La distillerie est en activité et appartient au groupe Diageo. Elle fut la première de la ville à obtenir une licence, en 1823, et relève de la région protégée du Speyside au sens de la réglementation écossaise.

Que veut dire la mention 2.81 sur une bouteille de Mortlach ?

C'est la moyenne pondérée du nombre de distillations subies par les différentes fractions du liquide. Une partie passe deux fois par l'alambic, une autre trois fois, et la pondération par les volumes donne ce chiffre. Il décrit un circuit interne, il ne décrit pas un nombre entier de passages, qui serait le seul possible pour un liquide donné.

Qu'est-ce que la Wee Witchie ?

C'est le nom donné au plus petit alambic de la distillerie, en raison de sa forme rappelant un chapeau de sorcière. Il reçoit une fraction minoritaire des basses vins et la repasse jusqu'à trois distillations au total. Le 12 ans de la gamme permanente porte ce nom, en référence à cet appareil.

Quel Mortlach choisir chez Trinquay ?

Pour découvrir la maison, le 12 ans donne la trame dense sans engager sur un long élevage. Pour aller vers le fruit sec et l'épice, les paliers de 16 et 20 ans installent le xérès sur toute la longueur. Les amateurs de pièces uniques regarderont les millésimes signés par les embouteilleurs indépendants. Notre équipe répond par message avant l'achat et oriente selon le profil recherché.