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Nikka n'est pas une distillerie, c'est une maison. Elle en exploite deux, Yoichi sur l'île d'Hokkaidō et Miyagikyo dans la préfecture de Miyagi, et distille en plus au moyen de deux colonnes venues d'Écosse. Cette page rassemble le whisky Nikka de notre cave et explique ce que chacune de ces trois sources apporte, et pourquoi une même maison signe des catégories aussi différentes.
Confondre Nikka avec un lieu unique est l'erreur la plus répandue à son sujet, et elle fausse la lecture des étiquettes. Aucune bouteille ne porte le nom d'un seul site : elle porte celui de la maison, parfois celui d'une distillerie, parfois celui d'un procédé de distillation. Savoir lequel des trois on a en main change complètement ce qu'on est censé y chercher. Pour ce que la mention Japanese Whisky exige depuis 2021, notre page consacrée au whisky japonais fait le tour de la question, norme professionnelle comprise.
Fils de brasseurs de saké, Masataka Taketsuru part en Écosse en 1918, étudie la chimie à Glasgow, se forme en distillerie et rentre au Japon avec un carnet de notes et une épouse écossaise, Rita. Il lance d'abord Yamazaki pour Suntory, puis fonde sa propre maison en 1934. Il choisit Yoichi, sur l'île d'Hokkaidō, pour son climat froid, ses tourbières et sa mer : le terrain le plus proche de ce qu'il avait vu en Écosse.
Yoichi chauffe encore ses alambics au charbon, alimenté à la pelle. Presque toute la profession est passée à la vapeur, plus régulière et plus facile à piloter. La chauffe directe monte plus haut et moins uniformément, ce qui pousse la réaction entre le cuivre et le distillat et donne une matière plus dense, plus grasse, moins lisse. C'est un choix de fabrication assumé, pas une survivance faute de moyens.
Nikka ouvre une seconde distillerie en 1969, à Miyagikyo, dans la préfecture de Miyagi, entre deux rivières. L'intention est explicitement complémentaire : produire un malt plus doux et plus floral que celui de Yoichi, de manière à disposer de deux matières distinctes pour les assemblages. Une maison qui possède deux sites au caractère opposé n'a pas besoin d'acheter du malt à l'extérieur pour construire un blended malt, elle le fabrique entièrement chez elle.
La troisième source n'est pas un lieu mais un appareil. Une colonne Coffey, du nom du procédé breveté au dix-neuvième siècle, distille en continu et sert d'ordinaire à produire du whisky de grain en gros volumes. Nikka en possède deux, importées d'Écosse, et s'en sert d'une manière que presque personne n'emploie plus. Elles signent une part entière de la gamme, et ce sont elles qui expliquent qu'une maison de malt japonaise soit surtout connue en France pour un whisky de grain.
Les deux colonnes ont été construites en Écosse, à Glasgow, et importées au Japon dans les années 1960. Elles ont d'abord travaillé à Nishinomiya, puis ont été démontées et transférées à Miyagikyo en 1999, où elles fonctionnent depuis. Ce sont donc des machines plus anciennes que le procédé industriel qui les a remplacées partout ailleurs, et Nikka les a maintenues en service plutôt que de les moderniser : la maison a jugé que leur rendement imparfait faisait précisément le goût.
Le Coffey Grain est un whisky de grain, distillé à partir d'un moût très majoritairement composé de maïs, avec une part d'orge maltée qui apporte les enzymes nécessaires. Une colonne moderne pousserait la rectification bien plus loin et rendrait un alcool plus neutre. Celle-ci en laisse passer davantage, d'où une matière sucrée, épaisse, presque sirupeuse au premier abord. Notre catalogue en porte plusieurs, dont des fûts uniques millésimés qui indiquent leur numéro de fût.
Le Coffey Malt renverse l'usage : c'est de l'orge maltée, entièrement, mais passée en colonne continue au lieu d'un alambic à repasse. Le résultat n'entre dans aucune case habituelle, et surtout pas dans celle du single malt, puisque la définition écossaise impose la distillation en alambic à repasse. Nikka ne l'étiquette d'ailleurs pas ainsi. On obtient une matière de malt avec la texture d'un whisky de grain, ce qui est exactement l'objet de l'exercice.
Disposer de deux distilleries et de deux colonnes revient à disposer d'une palette. La plupart des bouteilles de la maison sont des assemblages, et leur catégorie légale dépend uniquement de ce qu'on y met : uniquement du malt, ou du malt et du grain. Ces mots ne classent aucune bouteille au-dessus d'une autre, ils disent seulement ce qu'elle contient.
Le Taketsuru assemble des malts de Yoichi et de Miyagikyo, sans une goutte de whisky de grain : c'est donc un blended malt. Ses étiquettes portent depuis longtemps la mention Pure Malt, abolie en Écosse depuis 2009 sur une étiquette de scotch, mais parfaitement licite ici puisque les Scotch Whisky Regulations ne s'appliquent qu'au scotch. Le même mot est interdit d'un côté et courant de l'autre : ce n'est pas une négligence, c'est une différence de droit.
From the Barrel réunit du whisky de malt et du whisky de grain de la maison, ce qui en fait un blend, et sort à 51,4 % dans son flacon carré reconnaissable. Le nom renvoie à un embouteillage peu réduit après mariage en fût. La gamme compte d'autres assemblages du même ordre, dont des versions à mention d'âge et des éditions ponctuelles. Un blend n'est pas un malt manqué : la constance d'un profil d'une année sur l'autre est un métier en soi.
Nikka a racheté en 1989 la distillerie Ben Nevis, à Fort-William, au pied du plus haut sommet d'Écosse. Elle y produit du scotch, soumis aux règles écossaises, et non du whisky japonais : les deux ne se mélangent pas dans une même bouteille sans conséquence sur ce qu'on a le droit d'écrire dessus. C'est aussi un rappel utile de l'histoire de la maison, fondée par un homme qui était allé apprendre le métier en Écosse.
La gamme couvre trois textures très éloignées, et les aborder dans le désordre revient à mal les juger. Le malt de Yoichi, celui de Miyagikyo et le whisky de grain de colonne ne demandent ni le même verre ni la même attention. Une erreur fréquente consiste à ouvrir le whisky de grain après un malt de Yoichi : la douceur du premier passe alors pour de la platitude, alors qu'elle est simplement écrasée par ce qui précède. Voici comment les distinguer, puis comment les servir.
Le malt de Yoichi est le plus charpenté des deux : matière dense, minéralité, une amertume de fond et souvent une trace de fumée. Celui de Miyagikyo va vers la fleur, le fruit blanc et une bouche plus souple. C'est précisément pour cette raison que la maison exploite les deux, et c'est le contraste que l'on retrouve dans un Taketsuru. Goûtés côte à côte, ils rendent immédiatement lisible ce qu'un assemblage a cherché à équilibrer.
Le whisky de grain de colonne se juge d'abord à la bouche, pas au nez. La texture arrive avant l'arôme, ronde, sucrée, avec une impression de crème et de vanille, puis un fruit exotique qui s'installe. C'est déroutant pour qui n'a bu que du malt, et c'est pourtant la meilleure entrée en matière qui soit pour comprendre ce que cette catégorie sait faire d'une céréale. Sur les fûts uniques millésimés, la même base se densifie et gagne en épice.
Un verre tulipe, à température de pièce, reste la façon la plus fidèle d'aborder un malt de la maison. Sur un blend ou un whisky de grain, le verre long allongé d'eau gazeuse et d'un gros glaçon est un usage courant au Japon, et il ne dénature rien : il déplace la lecture vers la fraîcheur et l'amertume. Les deux services se valent, ils ne répondent simplement pas à la même envie, et la maison elle-même a construit une partie de sa gamme en pensant au verre long.
Non, c'est une maison de whisky japonaise. Elle exploite deux distilleries de malt au Japon, Yoichi sur l'île d'Hokkaidō et Miyagikyo dans la préfecture de Miyagi, ainsi que deux colonnes Coffey installées à Miyagikyo. Elle possède également la distillerie écossaise Ben Nevis depuis 1989.
Yoichi, fondée en 1934 sur Hokkaidō, chauffe ses alambics au charbon et donne un malt dense et charpenté. Miyagikyo, ouverte en 1969 dans la préfecture de Miyagi, a été conçue pour produire un malt plus doux et plus floral. Les deux servent notamment à composer le blended malt Taketsuru.
Un whisky de grain japonais, distillé en colonne Coffey à partir d'un moût très majoritairement composé de maïs, avec une part d'orge maltée. La colonne rectifie moins qu'un appareil moderne, ce qui laisse une matière ronde et sucrée. Il ne faut pas le confondre avec le Coffey Malt, fait d'orge maltée seule.
Sur cette page. Trinquay est une cave en ligne au sourcing direct auprès des domaines et des distilleries : chaque bouteille de whisky Nikka y porte sa fiche, sa catégorie exacte, son degré et ses notes de dégustation. Une hésitation entre un malt de Yoichi, un blended malt Taketsuru et un whisky de grain ? Notre conseil personnalisé répond avant l'achat.