Un rouge-gorge sur l'étiquette, des fûts de xérÚs remplis pour un négociant de Dublin, un alambic à repasse du comté de Cork : le whisky Redbreast tient à ces trois choses, et aucune des trois n'est une distillerie qui porterait son nom. Cette page rassemble nos bouteilles Redbreast et explique ce qu'elles engagent.
Whisky Redbreast, une marque née chez un négociant de Dublin
Redbreast est une marque, pas une distillerie. Elle est née chez un marchand de vins et spiritueux, W. & A. Gilbey, installé à Dublin depuis le milieu du XIXe siÚcle, qui achetait de l'eau-de-vie à une distillerie de la ville et la faisait vieillir dans ses propres caves, dans des fûts qui avaient d'abord porté du xérÚs. Le nom désigne donc un savoir-faire d'élevage et de sélection avant de désigner un lieu de production.
Gilbey's, ses caves de Dublin et ses fûts de xérÚs
Le métier de Gilbey's était d'importer du vin, notamment du xérÚs de Jerez, et de le mettre en bouteille sur place. Les fûts vidés restaient disponibles, et la maison y a logé le whiskey qu'elle achetait en fût. C'est cette pratique de négociant, et non une recette de distillateur, qui a donné à la marque son caractÚre marqué par le vin muté. La premiÚre mise en bouteille sous ce nom remonte au début des années 1910.
Le rouge-gorge qui a donné son nom à la marque
Le nom vient d'un oiseau. Le prĂ©sident de Gilbey's observait les oiseaux et a baptisĂ© sa bouteille d'aprĂšs le rouge-gorge europĂ©en, familier des jardins irlandais, dont l'anglais dit robin redbreast. L'oiseau figure encore sur l'Ă©tiquette. Ce genre de baptĂȘme Ă©tait courant chez les nĂ©gociants britanniques et irlandais de l'Ă©poque, qui identifiaient leurs cuvĂ©es par une image plutĂŽt que par un lieu, faute d'ĂȘtre propriĂ©taires d'une distillerie Ă nommer. L'image a survĂ©cu Ă tous les changements de main de la marque, ce qui en fait l'un des rares Ă©lĂ©ments continus de son histoire.
De Bow Street à Midleton, le déplacement de 1971
L'eau-de-vie venait d'abord de la distillerie de Bow Street, Ă Dublin. En 1966, trois maisons irlandaises se regroupent au sein d'Irish Distillers, et la production de pot still est transfĂ©rĂ©e dans le comtĂ© de Cork. Gilbey's continue d'ĂȘtre approvisionnĂ© jusqu'en 1971, puis le whiskey de la marque vient de Midleton. La mise en bouteille cesse au milieu des annĂ©es 1980, la marque est cĂ©dĂ©e Ă Irish Distillers en 1986, et elle reparaĂźt en 1991.
Le pot still de Midleton, matiĂšre du whisky Redbreast
Le single pot still est une catĂ©gorie propre Ă l'Irlande, reconnue par le fichier technique de l'indication gĂ©ographique Irish Whiskey. Elle repose sur un moĂ»t mĂȘlant orge maltĂ©e et orge non maltĂ©e, distillĂ© en alambic Ă repasse dans une seule distillerie. Redbreast en est le porte-drapeau depuis sa rĂ©apparition, et c'est ce choix de matiĂšre premiĂšre qui distingue ses bouteilles d'un single malt irlandais.
L'orge maltĂ©e et l'orge crue dans le mĂȘme moĂ»t
L'orge non maltée n'a pas germé. Elle apporte moins de sucres fermentescibles et davantage de matiÚre grasse, ce qui rend le brassage plus difficile et le moût plus visqueux. Son emploi vient d'un impÎt britannique du XVIIIe siÚcle qui frappait le malt, et que les distillateurs irlandais ont contourné en versant de l'orge crue dans la cuve. Ce qui était une esquive fiscale est devenu une signature de goût, puis une catégorie protégée.
Trois passages en alambic Ă repasse
Le pot still de Midleton passe par trois distillations successives en alambic de cuivre. Chaque passage retire de la matiĂšre lourde et monte le degrĂ©, ce qui affine le distillat sans le vider. La triple distillation est une tradition irlandaise largement rĂ©pandue, mais elle n'est pas une obligation lĂ©gale, et certaines maisons de l'Ăźle n'y recourent pas. Sur Redbreast, elle accompagne la charge d'orge crue et l'empĂȘche de peser.
La texture huileuse que le pot still laisse en bouche
Ce qui frappe d'abord dans un pot still, ce n'est pas un arÎme, c'est une texture. La bouche est ronde, presque grasse, avec une tenue qui nappe le palais. Vient ensuite un registre d'épices, poivre vert, gingembre, clou de girofle, que les amateurs désignent volontiers comme l'épice pot still. Le fruit reste présent, pomme et fruits à noyau sur les bouteilles jeunes, fruits secs et confits sur les élevages longs.
Le xérÚs, le bois de la marque Redbreast
La marque a hérité de son fondateur un attachement au vin muté qu'elle n'a jamais abandonné. Les bouteilles combinent presque toujours deux bois : le fût ayant contenu du bourbon, qui apporte la vanille et la noix de coco, et le fût de xérÚs, qui apporte les fruits secs, le cuir et une amertume douce. La proportion entre les deux, et le degré de remplissage antérieur du fût, font l'essentiel de l'écart entre deux bouteilles.
Les butts d'Oloroso et les fûts ex-bourbon
Le butt est le grand format du xĂ©rĂšs, une piĂšce de cinq cents litres environ, en chĂȘne europĂ©en. Rempli d'Oloroso, un xĂ©rĂšs Ă©levĂ© au contact de l'air, il transmet des notes de noix, de figue et de raisin sec. Ă cĂŽtĂ©, le fĂ»t ex-bourbon en chĂȘne amĂ©ricain travaille sur un registre plus clair et plus sucrĂ©. Le 12 ans brut de fĂ»t de la marque pousse le curseur du cĂŽtĂ© espagnol en n'employant que des butts de premier remplissage.
L'édition Lustau et sa finition à Jerez
L'édition Lustau naßt d'un accord entre Midleton et une bodega de Jerez. Le whiskey est d'abord élevé selon la trame habituelle de la marque, en fût ex-bourbon et en fût de xérÚs, puis il passe une année supplémentaire dans des butts de premier remplissage assaisonnés à l'Oloroso par cette bodega. Le résultat est embouteillé à 46 %. La finition ne remplace pas l'élevage, elle ajoute une couche de fruits noirs et de bois frais sur une base déjà constituée.
Les autres bois croisés dans la gamme
La marque a Ă©largi son vocabulaire de fĂ»ts au fil des sorties. Le porto rouge intervient sur ses embouteillages les plus ĂągĂ©s, oĂč il apporte une matiĂšre confite et une pointe tannique. Le xĂ©rĂšs crĂ©meux et le chĂȘne du Kentucky ont donnĂ© lieu Ă des Ă©ditions distinctes. Chaque fois, la logique reste la mĂȘme : le pot still fournit la charpente et l'Ă©pice, le bois dĂ©cide de la couleur du fruit qui s'y dĂ©pose. Ces Ă©ditions paraissent par sĂ©ries limitĂ©es et ne remplacent pas la gamme d'Ăąge, elles l'Ă©clairent en montrant ce qu'un mĂȘme distillat devient sous un autre bois. C'est aussi la raison pour laquelle deux bouteilles voisines par l'Ăąge peuvent diverger nettement au nez.
Choisir un whisky Redbreast
La gamme se lit d'abord par l'Ăąge, ensuite par le degrĂ©, enfin par le bois. Ces trois entrĂ©es suffisent Ă s'orienter sans avoir Ă comparer des notes de dĂ©gustation entre elles. Une bouteille jeune et rĂ©duite ne cherche pas la mĂȘme chose qu'un brut de fĂ»t ou qu'un Ă©levage de plus de vingt ans, et aucune des trois ne rend la prĂ©cĂ©dente inutile. Le format reste constant sur la gamme, si bien que la comparaison porte sur le contenu et non sur la contenance.
Du 12 ans au 27 ans, ce que l'ùge déplace
Sur une bouteille irlandaise comme sur une écossaise, l'ùge annoncé est celui du composant le plus jeune de l'assemblage, jamais une moyenne. Le 12 ans installe l'équilibre habituel de la marque. Le 15 ans et le 18 ans épaississent la matiÚre et allongent la finale. Le 21 ans et le 27 ans travaillent sur des fruits confits, du cuir et du bois ancien, avec une épice qui recule au profit de la douceur.
Le brut de fût et la réduction à 46 %
La plupart des bouteilles de la marque sortent à 46 %, un degré qui laisse la texture pot still intacte sans imposer la chaleur de l'alcool. Le 12 ans brut de fût, lui, part au degré du fût, au-delà de 55 % selon les lots, et supporte parfaitement quelques gouttes d'eau. La différence n'est pas une question de puissance : réduire un whiskey change l'ordre dans lequel ses arÎmes se présentent au nez.
Lire un numéro de lot sur une bouteille Redbreast
Les embouteillages bruts de fĂ»t et les grands Ăąges de la marque sortent par lots numĂ©rotĂ©s, et le numĂ©ro figure sur l'Ă©tiquette ou sur le col. Deux lots d'une mĂȘme rĂ©fĂ©rence ne titrent pas au mĂȘme degrĂ© et ne proposent pas exactement la mĂȘme sĂ©lection de fĂ»ts. Noter ce numĂ©ro est donc utile avant de racheter une bouteille apprĂ©ciĂ©e, et c'est le seul repĂšre fiable pour comparer deux flacons portant le mĂȘme nom. Sur les Ă©ditions de bodega et les grands Ăąges, ce numĂ©ro renvoie aussi Ă une sĂ©lection de fĂ»ts qui ne sera pas rejouĂ©e Ă l'identique.
Questions fréquentes sur le whisky Redbreast
Redbreast est-elle une distillerie ?
Non. Redbreast est une marque, née chez le négociant dublinois Gilbey's, qui achetait son eau-de-vie et l'élevait dans ses propres fûts. Elle appartient aujourd'hui à Irish Distillers et son whiskey est distillé à Midleton, dans le comté de Cork. Aucune distillerie ne porte le nom Redbreast.
Qu'est-ce qu'un whiskey single pot still ?
C'est une catĂ©gorie propre Ă l'Irlande, reconnue par le fichier technique de l'Irish Whiskey. Elle dĂ©signe un whiskey distillĂ© en alambic Ă repasse, dans une seule distillerie, Ă partir d'un moĂ»t mĂȘlant orge maltĂ©e et orge non maltĂ©e. Cette orge crue lui donne sa texture Ă©paisse et son registre Ă©picĂ©.
Pourquoi le whisky Redbreast est-il si marqué par le xérÚs ?
Parce que la marque est née chez un importateur de vin. Gilbey's mettait du xérÚs en bouteille à Dublin et logeait son whiskey dans les fûts ainsi libérés. L'usage est resté aprÚs le rachat de la marque, et les butts d'Oloroso constituent toujours l'un des deux bois de la gamme, à cÎté du fût ex-bourbon.
Quel whisky Redbreast choisir chez Trinquay ?
Pour aborder la marque, un 12 ans rĂ©duit donne la lecture la plus nette du pot still et du xĂ©rĂšs rĂ©unis. Pour aller plus loin, un brut de fĂ»t montre la mĂȘme trame sans rĂ©duction, et les grands Ăąges ouvrent sur les fruits confits et le bois ancien. Notre Ă©quipe vous oriente selon le registre que vous cherchez.