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Une distillerie posée sur le domaine d'un château des Highlands, un mandat royal obtenu avant tout le monde, et un malt qui a passé la plus grande partie de son existence dans des assemblages plutôt que sous son propre nom : le whisky Royal Brackla se raconte autant par ce qu'il a servi que par ce qu'il a embouteillé. Cette page réunit nos flacons de la distillerie, presque tous choisis chez des embouteilleurs indépendants, et explique ce que chacun de ces circuits change à la bouteille.
La distillerie se tient sur le domaine du château de Cawdor, à quelques kilomètres de Nairn, sur la rive sud du Moray Firth. Elle appartient à la région protégée des Highlands, et son eau vient des sources et du ruisseau qui traversent le domaine. Le lieu explique en partie le destin de la maison : un domaine de propriétaire, une production tournée vers l'assemblage, un nom distingué très tôt par la couronne.
La distillerie est bâtie en 1812 par le capitaine William Fraser, sur des terres du domaine de Cawdor. À cette date, l'immense majorité de la production écossaise se fait encore dans l'illégalité ou à la marge de la loi, et une distillerie déclarée relève de l'exception. Fraser cultive lui même son orge et défend son affaire devant les commissions parlementaires, dans un contexte fiscal qui rendait la distillation légale à peine tenable dans le nord du pays.
Brackla devient la première distillerie de whisky à recevoir un mandat royal, accordé par Guillaume IV. Les sources sérieuses ne s'accordent pas sur l'année, les unes retenant 1833, les autres 1835, et nous donnons donc les deux plutôt que d'en choisir une. La reine Victoria renouvelle la faveur en 1838. La distillerie prend alors le préfixe Royal et se fait connaître sous la formule commerciale The King's Own Whisky. Elle reste l'une des trois seules à porter cette mention, avec Royal Lochnagar et Glenury Royal.
L'eau de production vient du Cawdor Burn et des sources de Cursack, sur le domaine même. Le site se tient à l'intérieur des terres, entre la plaine côtière du Moray et les premières hauteurs, dans un secteur où plusieurs distilleries sont classées à tort en Speyside. La délimitation officielle place bien Royal Brackla en Highlands, et notre page consacrée aux whiskies des Highlands revient en détail sur cette frontière régionale.
Peu de distilleries écossaises ont changé de propriétaire aussi souvent. Après la mort du fondateur, l'affaire passe à son fils, puis à une société par actions, puis dans le giron des grands groupes du vingtième siècle. Cette succession explique que le malt ait été orienté vers l'assemblage pendant des décennies, et que les embouteillages sous le nom de la distillerie soient longtemps restés rares.
William Fraser & Co reprend l'affaire en 1839, puis Robert Fraser en 1852. La distillerie est restructurée à la fin des années 1870 sous le nom de Brackla Distillery Co Ltd, avant d'entrer en 1943 dans la Distillers Company. Elle rejoint John Dewar & Sons, filiale de Bacardi, en 1998 : le rachat fait partie des cessions imposées à Diageo par les autorités de concurrence après la fusion de Guinness et de Grand Metropolitan.
La production s'interrompt de 1943 à 1945, l'orge étant réquisitionnée par l'effort de guerre. Elle s'arrête de nouveau entre 1964 et 1966 pour une reconstruction complète des installations, puis la distillerie est mise sous cocon de 1985 à 1991, pendant la crise de surproduction qui a emporté plusieurs de ses voisines. Elle a redémarré depuis et fonctionne aujourd'hui : ces arrêts se lisent au passé, ils ne décrivent pas son état actuel.
L'atelier compte quatre alambics, deux de première distillation et deux de repasse, la seconde paire ayant été ajoutée en 1970 pour accompagner la demande des assembleurs. Le malt part alors très majoritairement dans les blends de la maison Dewar's, où il joue un rôle de trame fruitée. Les chiffres de capacité annuelle publiés varient sensiblement d'une base à l'autre, nous ne les reprenons donc pas.
Un distillat n'a pas de goût neutre, et celui de Royal Brackla a une particularité utile : il tient devant un bois très marquant. C'est ce que son propriétaire est allé chercher en montant une gamme officielle entièrement construite sur le xérès. Cette rencontre entre une matière fruitée et un bois puissant donne la clé de presque toutes les bouteilles de la maison.
Le nouveau-né de la distillerie est décrit comme fruité, presque parfumé, avec une acidité franche. Cette acidité est ce qui lui permet de traverser un élevage en fût de xérès sans se laisser recouvrir : les fruits secs et l'amertume du bois s'ajoutent au distillat au lieu de le remplacer. C'est une propriété de matière première, pas un jugement de valeur, et elle explique le choix de vieillissement retenu par la maison pour toute la gamme.
La gamme lancée en 2015 comptait un douze ans, un seize ans et un vingt et un ans, avant d'être remaniée autour d'un douze, d'un dix-huit et d'un vingt et un ans. Chaque expression se distingue par son fût de finition : oloroso pour le douze ans, palo cortado pour le dix-huit ans, et une combinaison d'oloroso, de palo cortado et de pedro ximénez pour le vingt et un ans. Trois xérès différents, trois lectures d'un même distillat.
Jusque là, Royal Brackla n'existait presque pas en tant que marque de single malt. En 2014, son propriétaire annonce un programme baptisé Last Great Malts, qui consiste à sortir de l'ombre plusieurs distilleries jusqu'alors réservées à l'assemblage, et la gamme arrive dans le commerce l'année suivante. Ce virage explique que les bouteilles portant le nom de la distillerie soient récentes, alors que le liquide coule depuis 1812.
Un malt longtemps vendu en fûts à des tiers finit par ressortir sous d'autres étiquettes. C'est le cas ici : nos flacons viennent d'embouteilleurs qui achètent un fût, le suivent et le mettent en bouteille sous leur propre nom. Un embouteillage indépendant sort le plus souvent au degré du fût, sans filtration à froid ni colorant, et montre une facette que la gamme officielle ne cherche pas.
Archives est l'étiquette d'embouteillage de Whiskybase, la base de données néerlandaise, lancée depuis Rotterdam au début des années 2010. La maison sélectionne ses fûts un par un, embouteille au degré naturel du fût, sans filtration à froid ni additif, et habille ses étiquettes de planches d'histoire naturelle. Notre flacon millésimé 2009 relève de ce programme, avec un numéro de fût imprimé sur l'étiquette et un degré nettement au dessus des quarante-six pour cent.
The Single Malts of Scotland est la gamme de fûts sélectionnés d'Elixir Distillers, la maison fondée par Sukhinder et Rajbir Singh, à qui l'on doit aussi The Whisky Exchange. Ses Reserve Casks assemblent plusieurs fûts d'une même distillerie sous un numéro de lot, ce que l'étiquette appelle un parcel : un numéro de lot n'est donc pas un numéro de fût. Mossburn Distillers, de son côté, embouteille des malts venus de toute l'Écosse et exploite par ailleurs la distillerie de Torabhaig, sur l'île de Skye.
Les frères Phil et Simon Thompson embouteillent sous le nom Thompson Bros. depuis leur distillerie de Dornoch, dans le Sutherland, adossée à l'hôtel familial du château de Dornoch. Leurs sélections sont réputées pour des degrés élevés et des bois travaillés, dont le recharred butt de l'un de nos flacons : un fût de xérès dont on a raboté puis rebrûlé la surface interne, ce qui réveille le bois et rend au fût une partie de son pouvoir aromatique.
Quatre questions reviennent régulièrement sur cette distillerie des Highlands : l'origine de son préfixe royal, son rattachement régional, l'intérêt d'un embouteillage indépendant et le flacon par lequel commencer. Nous y répondons avec ce que les sources publiques établissent, et nous signalons où elles se contredisent, à commencer par la date du mandat royal.
Parce qu'elle a reçu un mandat royal de Guillaume IV, dans les années 1830, et qu'elle fut la première distillerie de whisky à en obtenir un. Les sources donnent 1833 ou 1835 selon les auteurs. Victoria a renouvelé la faveur en 1838. Seules trois distilleries écossaises ont porté cette mention : Royal Brackla, Royal Lochnagar, dont le mandat date de 1848, et Glenury Royal, arrêtée en 1985 puis démolie.
Non. Elle se situe près de Nairn, à l'ouest du Speyside, et relève de la région protégée des Highlands. La confusion vient de la proximité géographique et du profil fruité du malt, que beaucoup associent spontanément au Speyside. Les régions du scotch sont des délimitations réglementaires, pas des familles de goût : deux distilleries voisines peuvent relever de deux régions différentes, et deux distilleries d'une même région n'ont aucune obligation de se ressembler.
Il montre le distillat dans une lecture que la gamme officielle ne propose pas. Là où la maison a bâti sa gamme sur des finitions en xérès et sur des degrés modérés, un embouteilleur indépendant sort en général un fût unique, au degré naturel, souvent sans filtration à froid ni colorant, et publie l'année de distillation. On y gagne la précision du fût et l'on y perd la régularité d'un assemblage : ce sont deux exercices distincts.
Pour découvrir le distillat sans détour, un fût unique jeune, entre neuf et dix ans, en montre la trame fruitée et l'acidité. Pour voir ce que le bois de xérès en fait, un flacon passé par un fût recharré ou par un butt de xérès donne la lecture la plus démonstrative. Les millésimes plus anciens s'adressent aux amateurs qui suivent déjà la distillerie. Notre équipe répond à vos questions par message avant l'achat.