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Une ferme lorraine qui plante des mirabelliers après le phylloxéra, une malterie installée dans une ancienne usine textile des Vosges, un fort militaire du XIXe siècle reconverti en chai : le whisky Rozelieures se raconte par une chaîne de fabrication tenue d'un bout à l'autre, du champ au bouchon. Cette page réunit nos bouteilles de la distillerie Grallet-Dupic et remet à sa place chacune des mentions portées sur l'étiquette.
L'exploitation arboricole et céréalière des Grallet naît en 1877, dans le village de Rozelieures, en Meurthe-et-Moselle. Le phylloxéra ayant emporté le vignoble local, la famille plante ses premiers mirabelliers en 1890 et ouvre la même année son atelier de distillation, qui se développe entre les deux guerres. L'eau-de-vie de mirabelle fait vivre la maison pendant près d'un siècle. L'idée du whisky arrive dans les années 1990, portée par une évidence agricole autant que par un goût : l'orge pousse déjà dans les champs de la ferme, et la distillation est un métier de la famille depuis des générations. Les premières bouteilles lorraines signées Rozelieures partent en 2007.
La maison se présente comme l'une des seules distilleries au monde à maîtriser toutes les étapes de sa production sur sa propre propriété, et cette formule est une déclaration qu'elle assume publiquement. Le mécanisme, lui, se vérifie point par point : l'orge pousse sur les terres de la famille, elle est maltée dans la malterie que la famille a construite, puis brassée, distillée, élevée et mise en bouteille sur le site lorrain. Hubert Grallet tient la distillation, Christophe Dupic les céréales et les chais. Le site revendique six générations d'agriculteurs et plus de cent cinquante ans de distillation.
Deux indications géographiques whisky existent en France, le Whisky de Bretagne et le Whisky d'Alsace, toutes deux reconnues par un arrêté du 30 décembre 2014. Aucune indication « Whisky de France » n'est homologuée à ce jour : un cahier des charges a été rédigé et déposé auprès des services compétents, rien n'est acquis. La Lorraine n'entre donc dans aucun de ces deux cadres, et la mention « whisky français » se lit comme une origine géographique, jamais comme une appellation protégée. Notre page consacrée au whisky français détaille ce point pour l'ensemble des maisons du pays.
La famille exploite environ trois cents hectares, dont elle possède directement la plus grande part, et y récolte plusieurs centaines de tonnes d'orge par an. Trois variétés reviennent sur les parcelles, Etincel, Esterel et Sebastian. Ce chiffre décrit un territoire agricole et non une bouteille : il dit simplement que la matière première ne s'achète pas sur un marché mondial, et que la distillerie sait dans quel champ elle a poussé. C'est précisément cette traçabilité qui rend possible la gamme parcellaire, dont il sera question plus bas, et qui serait hors de portée d'un acheteur de malt.
Le maltage a longtemps été confié à l'extérieur, comme chez l'immense majorité des distilleries. La famille a repris l'étape à son compte à la fin de 2017, dans une ancienne usine textile des Vosges reconvertie en malterie. Elle est installée à Lépanges-sur-Vologne, dans une ancienne filature textile que la famille a reconvertie. La maison touraille son orge à plusieurs niveaux de phénols, autour de six, douze, vingt et quarante-cinq parties par million. Ces chiffres se relèvent sur l'orge maltée, avant brassage : ils décrivent une spécification de maltage, jamais la fumée que l'on trouve dans un verre.
Rozelieures distille sur deux alambics de type charentais, de tailles différentes, et pratique la double distillation, certains lots repassant davantage. Les capacités exactes varient d'une source à l'autre, nous ne les citons pas. L'alambic charentais est l'outil du cognac, et son emploi sur un moût d'orge n'a rien d'évident : il ne rend pas le même distillat que le couple d'alambics écossais, plus étiré. La forme de l'alambic pèse ici autant que le bois, parce qu'elle décide de ce qui entre en chai et de ce que le fût aura à travailler pendant les années suivantes.
La maison répartit ses fûts entre trois lieux qui ne travaillent pas de la même façon, et cette répartition est un outil de vieillissement à part entière. Le grenier subit de fortes amplitudes thermiques dans une atmosphère sèche. La cave de la bergerie tient une température constante et une hygrométrie haute, qui pousse vers le rond et le fruité. Le fort Pélissier, ancien ouvrage militaire de 1870 planté à quatre cent cinq mètres d'altitude, occupe une position intermédiaire. Un même distillat, logé dans un même fût, ne mûrit pas au même rythme selon l'endroit où il dort.
Le parc de fûts est large et il explique une bonne part des écarts de la gamme. Le chêne ex-bourbon venu du Kentucky en forme la base, complété par des fûts de xérès fino, oloroso et pedro ximénez. La maison élève aussi dans des fûts de vins français, Vosne-Romanée, Rully, vallée du Rhône, Banyuls et sauternes, ainsi que dans des fûts de porto, de tokay et d'armagnac. Deux bouteilles Rozelieures peuvent donc se ressembler assez peu : le bois raconte ici presque autant que l'orge, et la maison le revendique ouvertement.
La gamme permanente se lit par collections. Origine, Rare et Subtil sortent à quarante degrés, Tourbé et Fumé à quarante-six. Une collection Organic complète l'ensemble, et des fûts uniques paraissent au fil des sélections de la maison. L'écart de degré n'est pas anodin : six points de plus laissent passer davantage de matière aromatique au moment de la mise. Deux mentions distinctes coexistent par ailleurs autour de la fumée, Tourbé et Fumé, et c'est la fiche de chaque bouteille qui dit ce que chacune recouvre, plutôt qu'une règle valable pour toute la gamme.
Le parcellaire consiste à isoler une parcelle, à en distiller l'orge séparément et à embouteiller le résultat sous le nom du lieu. Christophe Dupic présente la démarche comme une lecture des sols qui entourent la distillerie, argilo-calcaires, limoneux, volcaniques ou argileux selon les endroits. La maison annonce un déploiement sur sept années, avec deux à trois mises par parcelle et par an. Sans maîtrise du champ et du maltage, un tel exercice serait impossible à tenir : il faudrait pouvoir demander à un malteur de traiter à part quelques dizaines de tonnes venues d'un seul coin de terre.
Les Travers désigne une parcelle au sol argileux. La cuvée qui en sort est distillée à partir d'orge de printemps, élevée en fûts de chêne français et mise à quarante-trois degrés, comme les autres parcellaires de la maison. Elle n'est pas tourbée, ce qui la distingue d'une partie du reste de la gamme et l'oriente vers un registre gourmand plutôt que fumé. D'autres noms de parcelles circulent chez Rozelieures, Clos des Champs, Thiachamps, Rouge-Côte et Mont Poiroux, chacun renvoyant à un sol différent de la même exploitation.
Trois questions suffisent à s'orienter dans la gamme. La première porte sur la fumée : les mises se partagent entre celles qui ne revendiquent aucune tourbe et celles qui portent une mention Tourbé ou Fumé, laquelle figure sur l'étiquette. La deuxième porte sur le bois, entre bourbon, xérès et vins français, trois directions qui n'emmènent pas au même endroit. La troisième porte sur l'intention de la mise : une collection permanente cherche la constance d'une année sur l'autre, un parcellaire ou un fût unique cherche l'écart, et se lit comme tel.
Oui. Rozelieures est la marque de la distillerie Grallet-Dupic, installée dans le village du même nom, en Meurthe-et-Moselle. Elle distille elle-même, sur ses propres alambics charentais, une orge qu'elle cultive et qu'elle malte. Le point mérite d'être posé, parce que beaucoup de noms croisés au rayon whisky désignent en réalité des marques d'assemblage ou des embouteilleurs indépendants, sans aucun outil de production en propre.
Cela dépend de la bouteille. La maison touraille son orge à plusieurs niveaux de phénols et sort à la fois des mises sans tourbe revendiquée et des mises portant une mention Tourbé ou Fumé. Le parcellaire Les Travers, par exemple, n'est pas tourbé. Les chiffres de phénols publiés se relèvent sur l'orge maltée, avant brassage, et non dans la bouteille : l'essentiel se perd ensuite au brassage, à la fermentation et surtout à la seconde distillation.
C'est une mise issue d'une seule parcelle de l'exploitation, distillée séparément et embouteillée sous le nom du lieu. La maison en a fait une collection à part, annoncée sur sept ans, et nomme chaque terroir, Les Travers, Clos des Champs, Thiachamps, Rouge-Côte ou Mont Poiroux. L'exercice suppose de contrôler la culture et le maltage, ce qui reste rare dans le whisky, où la matière première est presque toujours achetée maltée.
Le choix se joue entre les collections permanentes, plus constantes d'une année à l'autre, et les mises parcellaires ou les fûts uniques, qui explorent un sol ou un bois précis. Nous sourçons en direct auprès des distilleries et nous détaillons sur chaque fiche le degré, le type de fût et la présence ou non d'une mention de tourbe, de façon à ce que la comparaison porte sur des éléments vérifiables. Notre conseil personnalisé répond aux questions de choix, bouteille par bouteille.