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Une distillerie qui malte son orge sur un plancher, qui distille selon un compte bâtard et qui remplit ses bouteilles dans le même bâtiment : Springbank a gardé une chaîne complète que le reste de l'Écosse a démembrée depuis longtemps. Cette page rassemble le whisky Springbank de notre cave et explique ce que cette intégration change dans le verre.
La maison se raconte moins par des dates que par une continuité familiale. C'est elle qui explique pourquoi des gestes abandonnés partout ailleurs sont encore pratiqués ici, non par nostalgie mais parce que personne n'a jamais eu à les rentabiliser autrement.
La distillerie est fondée en 1828 par la famille Reid, sur un site où Archibald Mitchell distillait déjà en dehors de tout cadre légal. Elle passe une dizaine d'années plus tard aux mains des Mitchell, et elle y est restée. Springbank appartient toujours à J & A Mitchell & Co, société familiale qui n'a jamais été absorbée par un grand groupe de spiritueux. C'est une exception réelle dans le whisky écossais contemporain, où l'immense majorité des sites appartient à quelques propriétaires internationaux.
Cette indépendance a des conséquences très concrètes sur ce que la maison publie. Elle n'a de comptes à rendre ni à une stratégie de marque mondiale ni à un objectif de volume : elle sort ce qu'elle a, quand elle l'a, et elle assume des tirages courts. C'est ce qui explique la rotation permanente de ses embouteillages, avec des batches numérotés plutôt qu'une gamme figée. La contrepartie est qu'une même référence ne se retrouve pas à l'identique d'une année sur l'autre. Elle publie aussi ses sorties sans campagne de lancement, ce qui déplace l'attention vers le contenu du batch plutôt que vers le récit qui l'accompagne.
La chaîne complète tient dans les mêmes murs, à Campbeltown : le maltage de l'orge, le brassage, la fermentation, la distillation, l'élevage et la mise en bouteille. C'est la seule distillerie d'Écosse à malter la totalité de l'orge dont elle a besoin, et l'une des très rares à embouteiller sur son propre site. Rien ne part chez un prestataire, rien ne revient d'ailleurs. Notre page consacrée à Campbeltown replace la maison dans sa localité.
Deux gestes abandonnés à peu près partout ailleurs se pratiquent encore ici, et ils décident de la matière avant même que le fût n'entre en jeu. Le premier concerne le grain, le second la façon de le chauffer.
L'orge est trempée, puis étalée sur un plancher où elle germe pendant plusieurs jours, retournée à la main pour éviter qu'elle ne chauffe. Le séchage se fait ensuite au four, sur un mélange de tourbe et d'air chaud dont la proportion décide du niveau de phénols. Presque toutes les distilleries écossaises achètent aujourd'hui leur malt à des malteries industrielles. Springbank a rouvert ses aires de maltage en 1992, après les avoir laissées à l'arrêt pendant une trentaine d'années. Le maltage sur aire n'est pas seulement un geste patrimonial : il donne à la maison la main sur le niveau de tourbe de chaque lot, et c'est précisément ce qui lui permet de produire trois recettes différentes à partir de la même orge de départ.
La formule intrigue et elle décrit une réalité de plomberie. Le liquide issu du premier passage n'est pas envoyé en bloc vers le second alambic : une partie repasse une fois de plus, l'autre non, et les deux sont réunies avant le passage final. Le compte tombe donc entre deux et trois. Le résultat est un distillat plus lourd qu'un triple distillé et plus fin qu'un double, ce qui est exactement la position que la maison recherche.
Les alambics de première distillation sont chauffés par une flamme placée sous le fond de cuivre, et non par une serpentine à vapeur comme partout ailleurs. La chaleur est plus vive et plus inégale, et une chaîne mécanique tourne à l'intérieur pour empêcher les matières solides d'attacher au métal. Ce contact avec un fond très chaud produit des réactions que la vapeur ne donne pas, et il apporte des notes grillées reconnaissables. C'est un procédé exigeant, conservé pour ce qu'il apporte.
Voici le point que presque tout le monde comprend de travers, et qui vaut d'être posé une bonne fois. Trois noms sortent des mêmes murs, avec les mêmes alambics et la même eau. Ce ne sont pas trois distilleries mais trois recettes.
Le malt qui porte le nom de la maison est fait d'une orge séchée avec un peu de tourbe, autour de douze à quinze parties par million de phénols relevées sur le grain. Il est distillé selon le compte bâtard décrit plus haut. Le verre associe une fumée discrète, du sel, une matière huileuse et un fruit qui se déplie lentement. C'est le repère à partir duquel on lit les deux autres, et de loin le plus publié des trois.
Longrow reprend le nom d'une distillerie qui a existé à Campbeltown et désigne aujourd'hui la recette la plus fumée de la maison. L'orge est séchée avec beaucoup plus de tourbe, dans les hauteurs relevées chez les distilleries les plus tourbées d'Écosse, et le distillat ne passe que deux fois. La fumée y est plus grasse et plus terreuse que celle des îles, portée par la même matière huileuse. Le nom ne désigne aucun site en activité.
Hazelburn part d'une orge séchée à l'air chaud seul, sans tourbe, et passe trois fois dans les alambics. La triple distillation allège le distillat et gagne en finesse ce qu'elle perd en corps. Le résultat est un malt plus clair, plus floral et plus céréalier, qui laisse le fût s'exprimer davantage. Rappelons qu'un malt non tourbé n'est pas un tourbé raté : c'est une autre recette, faite pour une autre attente. Le nom, comme celui de Longrow, reprend celui d'une distillerie disparue de la ville.
La maison ne raisonne pas en gamme figée mais en sorties successives. Trois ensembles se dégagent tout de même, et savoir lequel on a devant soi évite bien des malentendus au moment de comparer deux bouteilles.
La colonne vertébrale de la gamme tient à quelques âges affichés, du dix ans au vingt et un ans, publiés régulièrement mais en quantités qui suivent la production réelle. Chaque sortie porte sa propre composition de fûts, si bien que deux dix ans distants de quelques années ne se superposent pas exactement. Rappelons ce que la mention engage : dans un assemblage, l'âge inscrit est celui du composant le plus jeune, jamais une moyenne des fûts.
Les Cask Strength sortent sans réduction, au degré du fût, et sont identifiés par un numéro de batch. Les écarts sont réels d'un batch à l'autre, entre cinquante-quatre et cinquante-sept degrés selon les sorties, et la composition de fûts change avec eux. Le numéro de batch est donc l'information à retenir, davantage que l'âge affiché : deux douze ans brut de fût portant des numéros différents ne donnent pas le même verre, et c'est assumé.
La série Local Barley part d'une orge cultivée dans la région, dont la ferme d'origine est nommée sur l'étiquette. L'idée est de mesurer ce que la matière première apporte quand tout le reste du procédé ne bouge pas : même maltage, même distillation, même maison. C'est une démarche rare dans le whisky écossais, où l'orge est le plus souvent achetée sans indication de parcelle. Ces embouteillages sortent par millésime et s'arrêtent avec la récolte concernée.
Trois questions reviennent sans cesse sur cette maison, et l'une d'elles repose sur un malentendu que le vocabulaire des étiquettes entretient plutôt qu'il ne le lève. Les voici traitées une par une.
La distillerie appartient à J & A Mitchell & Co, société familiale qui la détient depuis le XIXe siècle. Elle n'a jamais été rachetée par un groupe international, ce qui en fait une exception dans le whisky écossais contemporain. La même famille est à l'origine de la reprise de la distillerie Glengyle, dont le whisky est embouteillé sous le nom de Kilkerran, et notre page consacrée à Kilkerran raconte cette histoire.
Parce qu'une partie seulement du liquide issu du premier passage repasse une fois de plus avant la distillation finale. Le compte se situe donc entre la double distillation écossaise habituelle et la triple distillation. La maison y trouve un équilibre précis : plus de corps qu'un triple distillé, plus de définition qu'un double. Ce n'est pas un héritage figé mais un choix technique, et il s'entend nettement au verre.
Non. Ce sont trois malts produits sur le même site, avec les mêmes alambics et la même eau. Ce qui les sépare tient à la façon dont l'orge est séchée, avec ou sans tourbe, et au nombre de passages en alambic. Écrire la distillerie Longrow ou la distillerie Hazelburn est une erreur courante que le vocabulaire des étiquettes ne suffit pas à lever. Une seule distillerie, trois recettes.
Chez Trinquay. Nous travaillons en sourcing direct auprès des distilleries et suivons les trois malts de la maison ainsi que ses batches brut de fût. Comme la composition change d'une sortie à l'autre, dites-nous ce que vous cherchez, une fumée discrète ou une bouche plus grasse, et notre conseil vous oriente vers le batch qui correspond plutôt que vers l'âge le plus élevé.