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Une distillerie de grain bâtie sur une presqu'île du centre du Japon, capable de sortir trois whiskies différents des mêmes colonnes, et qui n'a donné son nom à une bouteille qu'après quarante ans passés dans l'ombre des assemblages : le whisky The Chita est l'un des rares grains japonais accessibles sous sa propre étiquette. Cette page réunit nos bouteilles portant ce nom et explique ce que la mention promet.
Le nom désigne un lieu avant de désigner une marque. Chita est une ville et une presqu'île de la préfecture d'Aichi, au centre du pays, près du port de Nagoya, une zone dont Suntory rappelle la longue tradition de fermentation et de distillation. La distillerie y produit toujours et remplit une fonction précise dans l'organisation du groupe.
Le site est établi en 1972 et entre en production l'année suivante. Il est entièrement consacré au whisky de grain, ce qui le distingue des deux distilleries de malt du groupe. Une distillerie de grain ne ressemble d'ailleurs pas à une distillerie de malt : pas d'alambics en cuivre alignés sous une verrière, mais des colonnes de plusieurs étages, un fonctionnement en continu et une échelle industrielle qui répond à d'autres contraintes.
Keizo Saji, deuxième maître-assembleur de Suntory, décide la construction du site. La logique est celle d'un assembleur : composer un whisky japonais complet suppose de disposer de son propre grain, et non d'en acheter à l'extérieur. Le groupe possédait déjà du malt ; en se dotant du grain, il s'est donné la capacité de fabriquer ses assemblages de bout en bout. Cette autonomie explique une partie de la place prise ensuite par la maison.
La distillerie est exploitée par Sungrain, une société née d'un rapprochement entre Suntory et le monde coopératif agricole japonais. Le détail n'est pas anecdotique : une distillerie de grain consomme des céréales par dizaines de milliers de tonnes, et l'approvisionnement pèse autant que la distillation dans son équilibre. Adosser l'outil à une structure agricole revient à sécuriser l'amont, ce que la seule marque de spiritueux n'aurait pas fait aussi simplement.
C'est le trait qui rend ce site intéressant au-delà de sa taille. Là où la plupart des distilleries de grain produisent un seul type de distillat, Chita en produit trois, à partir de la même matière première et sur le même appareil. La différence tient au nombre d'étages traversés.
La céréale de base est le maïs, complété d'une part d'orge maltée qui fournit les enzymes nécessaires à la transformation de l'amidon en sucres. La distillation se fait en continu, sur un appareil à colonnes multiples : le liquide entre par un point et progresse, chaque colonne franchie l'allégeant davantage. Plus le distillat traverse d'étages, plus il ressort haut en degré et dépouillé des composés lourds qui portent le caractère.
Suntory tire de ce dispositif trois familles nommées heavy, medium et clean. Le type heavy passe deux étages, le medium trois, le clean quatre. Le premier garde de la matière, du gras et une trame céréalière franche ; le dernier ressort net, léger, presque neutre au sortir de l'appareil. Cette gradation ne hiérarchise rien : elle donne trois outils différents à celui qui compose, et chacun a une fonction que les deux autres ne remplissent pas.
Le grain n'est pas un remplissage bon marché dans un assemblage japonais, c'est une pièce de construction. Disposer de trois grains permet de choisir celui qui tiendra le milieu de bouche, celui qui allongera la finale et celui qui laissera toute la place au malt. Les whiskies de grain de Chita servent ainsi de fondation aux assemblages de la maison, dont notre page consacrée à Hibiki détaille la composition.
Pendant quatre décennies, ce distillat n'existe qu'à l'intérieur d'autres whiskies. Sa sortie sous son propre nom est un geste tardif et délibéré, qui suppose de traiter le grain non plus comme un composant mais comme un sujet.
The Chita paraît en septembre 2015, composé par Shinji Fukuyo, maître-assembleur de la maison. L'exercice est différent de celui d'un assemblage : il ne s'agit plus d'apporter une fondation à d'autres whiskies mais de rendre un grain intéressant seul dans le verre. La bouteille joue sur la légèreté et sur une trame douce, miel et agrumes, plutôt que sur la puissance.
Pour donner de la profondeur à un distillat léger, l'assembleur a élargi le parc de fûts : au chêne blanc américain, habituel sur le grain, s'ajoutent du chêne espagnol et des fûts de vin. Un point mérite d'être connu, la distillerie ne possède pas de chais : le distillat part vieillir sur les sites d'élevage du groupe, notamment Omi et Hakushu. L'endroit où le whisky naît et celui où il mûrit ne sont donc pas les mêmes.
Single grain veut dire que tout le whisky vient d'une seule distillerie et qu'il fait appel à d'autres céréales que l'orge maltée seule. Le mot single porte sur le lieu, jamais sur le fût : une bouteille de single grain contient presque toujours l'assemblage de nombreux fûts. La mention ne dit rien non plus du procédé, et sur ce site précis elle recouvre trois distillats différents. Notre page consacrée au single grain traite la catégorie pour elle-même.
Trois lectures suffisent devant la bouteille : la mention d'origine, l'absence de nombre d'années, et la place de ce whisky dans la production de la maison. Aucune des trois ne va de soi.
Les normes d'étiquetage de la Japan Spirits & Liqueurs Makers Association, entrées en vigueur le 1er avril 2021, réservent la mention Japanese Whisky à un liquide saccharifié, fermenté, distillé, vieilli au moins trois ans puis embouteillé au Japon, avec de l'eau puisée sur l'archipel. Ce sont des normes professionnelles et volontaires, sans force de loi, qui n'engagent que les adhérents. Le point est mal compris et il vaut d'être dit clairement.
L'embouteillage de référence ne porte pas de nombre d'années. Une absence de mention d'âge n'indique ni jeunesse ni facilité : elle laisse à l'assembleur la liberté de composer sans être tenu par le plancher du composant le plus jeune. Sur un whisky de grain, dont le profil se joue beaucoup sur l'équilibre entre plusieurs types de distillat, cette liberté a une valeur pratique évidente.
Le grain de Chita ne se compare pas aux malts du groupe, il fait autre chose. Là où un single malt joue la densité et le caractère de son lieu, un grain de ce type joue la fluidité, la douceur et la longueur discrète. Les deux se croisent dans les assemblages de la maison, et les goûter séparément est le meilleur moyen de comprendre ce que chacun y apporte.
Quatre questions reviennent sur ce nom, et la première tient à la confusion la plus répandue entre malt et grain. Les deux suivantes portent sur le lieu et sur la céréale, la dernière sur le choix d'une bouteille. Les réponses s'appuient sur ce que publie Suntory et sur les bases spécialisées japonaises.
Non, c'est un single grain. Un single malt est fait uniquement d'orge maltée et distillé en alambic à repasse ; The Chita est fait principalement de maïs et distillé en colonnes continues. Le mot single a le même sens dans les deux cas, il désigne une distillerie unique. La différence porte sur la céréale et sur l'appareil, pas sur le niveau d'exigence.
À Chita, dans la préfecture d'Aichi, sur la presqu'île du même nom, au centre du Japon, non loin du port de Nagoya. C'est la seule distillerie de grain du groupe Suntory, qui possède par ailleurs deux distilleries de malt. Le site n'abrite pas de chais : le distillat part vieillir ailleurs, sur les lieux d'élevage de la maison.
Principalement avec du maïs, complété d'une part d'orge maltée qui apporte les enzymes nécessaires à la saccharification. C'est le schéma classique d'une distillerie de grain, et il explique le profil doux et rond de ce type de whisky. L'orge maltée y joue un rôle technique et non aromatique, ce qui la distingue de son emploi dans un single malt.
Pour découvrir ce que le grain japonais sait faire seul, l'embouteillage de référence de la maison est le point d'entrée le plus direct, sans mention d'âge et travaillé sur trois familles de fûts. Il éclaire aussi la lecture des assemblages qui en contiennent. Trinquay travaille en sourcing direct auprès des domaines et des distilleries, et chaque fiche détaille le degré, les bois et la composition : notre conseil personnalisé vous oriente.