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Une seule distillerie sur l'île de Mull, deux campagnes de production dans l'année et deux noms sur les étiquettes : Tobermory désigne la moitié non fumée de ce travail. Cette page réunit nos flacons de la maison, détaille ce que la reconstruction de l'atelier a changé à sa gamme, et explique comment se lit une bouteille signée par une maison indépendante.
Le nom appartient d'abord à un village des Hébrides intérieures, ensuite à une distillerie, enfin à un distillat. Les trois se superposent sur quelques centaines de mètres de front de mer. Cette superposition explique le contresens le plus fréquent au sujet de la maison, qui publie ses whiskies sous deux étiquettes différentes selon la campagne dont ils sortent.
L'atelier occupe une bande étroite entre la rue du port et le relief qui domine le village, sur la côte est de Mull. La contrainte de terrain commande la taille de l'installation, qui travaille avec deux alambics de première distillation et deux alambics de repasse. Elle explique aussi pourquoi la maison n'a jamais ouvert un second bâtiment pour séparer ses deux productions : elle les mène l'une après l'autre, dans le même atelier, à deux moments de l'année.
L'eau de production vient d'un loch privé situé au-dessus du village, près des lochs Mishnish. Une distillerie insulaire dépend entièrement de sa ressource locale, et celle-ci n'est pas extensible : au printemps 2013, après un mois de mars parmi les moins arrosés de Grande-Bretagne, le niveau du loch est descendu assez bas pour que la production soit suspendue plusieurs semaines. L'épisode dit assez ce qui sépare un site insulaire d'une distillerie de plaine.
Sur une bouteille, Tobermory annonce un single malt écossais distillé sur l'île de Mull, issu d'une campagne conduite avec une orge maltée qui ne revendique aucune tourbe. Le second nom de la maison, réservé aux campagnes fumées, fait l'objet d'une page distincte chez nous. Les deux se croisent chez les embouteilleurs indépendants, et c'est la campagne d'origine du fût, non le choix du sélectionneur, qui décide du nom porté.
Une distillerie qui s'arrête deux ans laisse une trace dans sa gamme longtemps après avoir redémarré. Celle de Mull a profité de cette pause pour changer l'essentiel de son matériel de distillation, puis pour remettre à plat sa gamme d'entrée. Les bouteilles vendues aujourd'hui portent la marque de ces deux décisions, prises à quelques mois d'écart.
La production a cessé le 31 mars 2017 pour vingt-quatre mois. Le chantier a porté sur le cœur de l'atelier : les quatre alambics ont été remplacés, et le centre de visite refait. L'installation a redémarré en 2019. Ce point se vérifie plutôt qu'il ne se suppose, car une maison arrêtée deux ans se décrit vite au passé par habitude : elle distille de nouveau, et les fûts remplis depuis la reprise ont passé l'âge minimal du scotch.
La réouverture s'est accompagnée d'un embouteillage neuf, un douze ans qui a pris la place du dix ans jusque-là proposé par la maison. Le liquide passe l'essentiel de son élevage en fûts de bourbon de premier remplissage, puis termine jusqu'à neuf mois en chêne américain neuf. Il sort à 46,3 %. C'est ce flacon qui sert désormais de repère pour situer les autres bouteilles de la maison, fûts uniques compris.
La maison embouteille ses single malts sans caramel colorant et sans filtration à froid. Ces deux mentions décrivent des gestes que l'on n'applique pas : le premier ajuste la teinte d'un lot à l'autre, le second retire les composés qui troublent un whisky refroidi. Les laisser de côté impose un degré d'embouteillage assez haut pour que le trouble n'apparaisse pas dans le verre, ce qui explique le 46,3 % que l'on retrouve sur plusieurs références de la gamme.
Le distillat non fumé de Mull se lit surtout à travers son bois, puisque rien ne vient couvrir le travail du fût. Deux chemins coexistent dans la gamme : un élevage terminé en chêne neuf, et des séjours longs en fûts ayant contenu du vin muté. Entre les deux, la lecture d'un âge affiché obéit à une règle qu'il vaut mieux connaître avant d'acheter. Le bois pèse d'autant plus lourd ici qu'aucune fumée ne vient occuper le premier plan, ce qui rend la comparaison de deux fûts particulièrement lisible sur ce distillat.
Un fût de premier remplissage reçoit du whisky écossais pour la première fois après avoir porté un autre alcool, ici du bourbon : il cède davantage que le même fût réemployé ensuite. Le chêne américain neuf, lui, n'a jamais rien contenu, et livre un bois brut en peu de mois. Terminer un élevage de douze ans par ce second contenant ajoute une couche sans allonger la durée totale.
La maison a ouvert une série dite Hebridean avec un vingt-trois ans, tiré d'un millésime 1996 et embouteillé à 46,3 %. Son histoire tient en une phrase : c'était le stock du quinze ans, laissé huit années supplémentaires dans ses fûts d'oloroso. Rien n'a été assemblé de neuf, seule la durée a changé. Une finition de xérès conduite sur un tel intervalle cesse d'être une touche finale et devient la moitié du sujet.
Un chiffre d'âge sur une étiquette de scotch désigne le composant le plus jeune de l'assemblage, jamais une moyenne. Sur une maison qui a connu des interruptions, la règle a une conséquence directe : les stocks anciens sont discontinus, et un flacon très âgé ne signale pas une intention commerciale mais l'état réel d'un chai. Le scotch impose par ailleurs trois ans de fût au minimum, sujet que traite notre page consacrée au whisky écossais.
Une part des bouteilles de la maison ne vient pas de la maison. Des sélectionneurs achètent des fûts à la distillerie, les gardent chez eux et décident seuls du moment de la mise en bouteille, du degré et de l'habillage. Ces flacons ne cherchent pas la constance d'une gamme : ils montrent ce qu'un fût précis a fait d'un distillat donné.
Wilson & Morgan est une maison italienne établie à Trévise. Elle naît en 1987, quand Fabio et Walter Rossi reprennent l'entreprise d'importation de leur père, active dans les spiritueux depuis les années 1960. La gamme Barrel Selection est lancée en 1992, les premières bouteilles sortant l'année suivante de fûts choisis dans les chais de Wm Cadenhead's. Fabio Rossi sélectionne lui-même les fûts en Écosse et suit leur évolution au fil de ses visites.
Une étiquette indépendante affiche en général l'année de distillation, l'âge, parfois le numéro de fût et le degré. Ces mentions se lisent ensemble : un millésime ancien associé à un âge élevé situe une distillation antérieure aux campagnes actuelles, donc un matériel et une eau qui ne sont plus exactement ceux d'aujourd'hui. Le nom du sélectionneur figure sous celui de la distillerie, en caractères plus petits.
Un acheteur qui suit cette maison gagne à regarder ses deux étiquettes en parallèle. Le lieu, le matériel et les chais leur sont communs, et l'orge maltée est la seule pièce qui change d'une campagne à l'autre. Les âges disponibles et les sélections indépendantes ne se répartissent pourtant pas de la même façon entre les deux noms : une année absente sous l'un se retrouve parfois sous l'autre, ce qui mérite vérification avant de conclure à un trou dans la production.
Quatre questions reviennent régulièrement sur cette maison des Hébrides : le lieu de distillation, la présence ou non de fumée, le propriétaire actuel et le flacon par lequel commencer. Nous répondons avec ce que les sources publiques établissent, et nous signalons les points sur lesquels elles ne s'accordent pas, ce qui arrive souvent sur une distillerie au parcours discontinu.
Sur l'île de Mull, dans les Hébrides intérieures, au bord du port du village de Tobermory. C'est la seule distillerie de whisky de l'île. Le maltage se fait à l'extérieur, comme dans la plupart des distilleries écossaises, mais le brassage, la fermentation et la double distillation se déroulent sur le site, dans un atelier dont l'emprise au sol n'a pas bougé depuis le dix-neuvième siècle.
Non pour les bouteilles qui portent ce nom. La distillerie conduit deux campagnes distinctes dans l'année : l'une avec une orge maltée qui ne revendique aucune tourbe, publiée sous le nom du site, l'autre avec une orge fortement tourbée, publiée sous un autre nom auquel nous consacrons une page. Le maltage est donc la seule étape qui sépare les deux noms.
CVH Spirits, nom que porte depuis avril 2023 la société qui détenait déjà ces marques sous le nom de Distell International. Les marques de scotch sont restées hors du périmètre racheté par Heineken. Le même ensemble réunit Deanston et Bunnahabhain. Campari y a pris une participation minoritaire en 2024. La maison était auparavant passée entre les mains de Burn Stewart Distillers, puis du groupe sud-africain.
Pour découvrir le distillat non fumé, le douze ans donne la référence de la maison et sert de point de comparaison. Pour un élevage long marqué par le xérès, les bouteilles très âgées de la série des Hébrides conviennent mieux. Un fût unique signé par un sélectionneur italien s'adresse à qui veut confronter un contenant précis au reste de la gamme. Notre équipe répond à vos questions par message avant l'achat.