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Une distillerie qui s'arrête dix ans laisse un trou dans ses stocks, et ce trou se lit encore sur les étiquettes trente ans plus tard. Tullibardine a connu ce silence, entre des campagnes de distillation du début des années quatre-vingt-dix et une relance en 2003. Cette page réunit les bouteilles nées à Blackford et raconte ce qu'un parcours aussi accidenté laisse derrière lui. Deux d'entre elles portent un millésime séparé par vingt et un ans, ce qui n'a rien d'un hasard de sélection : c'est l'histoire de la maison qui a creusé cet écart.
Le whisky Tullibardine vient de Blackford, un bourg du Perth and Kinross posé au pied des Ochil Hills, dans le périmètre de la région protégée des Highlands que détaille notre page dédiée. L'adresse n'a pas été retenue pour son paysage : elle l'a été pour son eau, et parce qu'on y fabriquait déjà de l'alcool longtemps avant qu'un alambic n'y soit installé. Le village est resté petit, la distillerie tient sur quelques bâtiments, et rien dans son allure ne rappelle les cathédrales industrielles du Speyside.
La maison fait remonter l'activité du lieu à 1488, année où le roi Jacques IV y aurait acheté de la bière. Elle présente l'épisode comme le premier achat public de bière consigné en Écosse, et c'est ainsi qu'il faut le lire : une revendication de la distillerie, non une pièce d'archive que nous aurions recoupée. Ce qui est acquis, en revanche, c'est que le bâtiment repris en 1949 était une brasserie désaffectée, la Gleneagles Brewery, et non un terrain nu.
Le concepteur de distilleries William Delmé-Evans transforme la brasserie en distillerie de malt et constitue Tullibardine Distillery Ltd en 1949. Les sources spécialisées s'accordent pour en faire la première distillerie construite en Écosse depuis 1900, ce qui situe l'entreprise : le pays sortait d'un demi-siècle de guerres et de crises pendant lequel personne n'avait levé un site neuf. Delmé-Evans revend quatre ans plus tard.
Ce qui a décidé Delmé-Evans, d'après la maison, tient à la pureté et à la minéralité des sources des Ochil Hills. L'eau de production est prélevée dans le Danny Burn, le cours d'eau qui descend de ces collines et longe le village. Une eau ne fabrique pas un caractère à elle seule, et personne ne peut la goûter dans un verre de whisky fini, mais elle explique pourquoi un homme a choisi ce bourg plutôt qu'un autre pour y poser ses cuves.
Peu de distilleries écossaises ont changé de mains aussi souvent, et aucune de ces cessions n'a été neutre pour le liquide. Chacune a modifié l'outil, le volume produit ou la destination des fûts, et l'une d'elles a purement interrompu la production pendant une décennie. Voilà pourquoi certaines années manquent au répertoire des millésimes de cette maison.
Delmé-Evans revend en 1953 aux courtiers glaswégiens Brodie Hepburn, qui augmentent la capacité du site. Invergordon Distillers rachète l'ensemble en 1971 et engage des travaux au début des années soixante-dix : le nombre d'alambics passe de deux à quatre, deux pour la première distillation et deux pour la repasse. C'est la configuration en place aujourd'hui. Le distillat partait alors très largement vers l'assemblage, usage courant pour un site sans marque grand public.
Whyte & Mackay met la main sur le groupe Invergordon en 1993 et met Tullibardine en sommeil peu après, en conservant les chais. Les sources ne donnent pas la même année pour cet arrêt, l'une retenant 1994 et l'autre 1995 : nous n'en écrirons donc aucune. Le fait, lui, est établi, et la distillation ne reprend qu'en 2003. Une bouteille millésimée 1993 sort ainsi des toutes dernières campagnes avant le silence, par contrainte de calendrier et non par coquetterie d'étiquette.
Un consortium d'investisseurs, où figurent Michael Beamish et Douglas Ross, rachète le site en 2003, relance la production et ouvre un centre de visite. En 2011, la distillerie passe au groupe familial français Picard Vins & Spiritueux, qui réunit deux ans plus tard ses activités de spiritueux sous l'entité Terroirs Distillers, créée en 2013. Une distillerie écossaise tenue par une maison de vin française reste une situation peu banale, et elle dure depuis plus de dix ans.
Deux familles d'étiquettes coexistent sur ce nom et ne racontent pas la même chose. D'un côté la gamme de la maison, assemblée pour tenir un profil comparable d'une année sur l'autre. De l'autre des fûts achetés par des maisons tierces et embouteillés un par un. Identifier qui signe la bouteille est la première lecture à faire, avant même de regarder l'âge.
Le groupe propriétaire porte aussi deux marques de blended Scotch achetées en 2008 à la maison Glenmorangie, Highland Queen et Muirhead's. Highland Queen a été créée en 1893 par Roderick Macdonald. Un distillat de Blackford peut donc rejoindre ces assemblages comme il peut finir dans une bouteille signée Tullibardine. Le même atelier alimente les deux destinations, et cela n'établit aucune hiérarchie entre elles : ce sont deux métiers, pas deux niveaux. Un assembleur cherche un composant qui tiendra son rôle dans un ensemble, une maison de single malt cherche un liquide qui se suffise seul.
Les Thompson Bros., installés à Dornoch dans le nord des Highlands, achètent des fûts et les signent de leur propre nom. Deux de leurs mises de Tullibardine figurent ici, l'une distillée en 2014 et sortie à dix ans, l'autre distillée en 1993 et gardée vingt-huit ans. Ces deux bouteilles n'appartiennent pas à la même époque de la distillerie : l'une vient de l'outil relancé, l'autre du tout dernier souffle d'avant l'arrêt.
Signatory Vintage a été fondée en 1988 par Andrew Symington et travaille depuis Pitlochry, dans un bâtiment voisin de la distillerie Edradour, dont la société est aussi propriétaire depuis 2002. Sa spécialité est le fût unique, souvent sans filtration à froid ni colorant ajouté. Une mise Signatory millésimée 2015 rejoint cette collection : elle vient donc d'un outil qui tournait alors depuis une douzaine d'années, sans rien devoir aux stocks d'avant le sommeil.
Trois mentions suffisent à situer une bouteille de cette maison, et elles se lisent dans un ordre précis. Qui l'a mise en bouteille, à quel degré, et dans quel bois elle a dormi. L'âge vient après, parce qu'il ne dit rien tout seul : dix ans en premier remplissage et dix ans en fût fatigué ne donnent pas le même liquide. Ces trois mentions figurent sur toutes les bouteilles de cette page, y compris les plus anciennes, et elles se recoupent entre elles.
Quand l'étiquette ne porte que le nom de la distillerie, la bouteille vient de la maison, et son contenu a été assemblé pour ressembler au précédent. Quand un second nom apparaît, c'est celui de l'embouteilleur, et la promesse change : ce lot ne se rejouera pas, puisqu'il correspond à un fût donné. Aucune des deux écritures ne vaut mieux que l'autre, elles répondent à des attentes différentes et se lisent différemment.
Les embouteillages de la distillerie sont ramenés à un degré choisi, tenu d'un lot à l'autre. Les mises indépendantes sortent fréquemment au degré du fût, ce qui explique les nombres à virgule relevés sur leurs étiquettes, un 47,6 % ici, un 48,5 % là. Ce chiffre n'est pas un réglage esthétique : il enregistre ce que l'évaporation a laissé dans ce fût précis, après le nombre d'années indiqué.
La maison a construit une part de sa gamme sur des finitions en fûts ayant contenu du vin, après un élevage principal en fût ayant contenu du bourbon. Le principe est simple à énoncer : le premier bois fait le fond, vanille et céréale, le second pose une couche de fruit ou de fruit sec sur quelques mois. Sur une mise indépendante, le bois est en général indiqué fût par fût, et cette mention pèse plus lourd que le millésime.
À Blackford, dans le Perth and Kinross, au pied des Ochil Hills, sur un site qui fut une brasserie avant de devenir une distillerie en 1949. La commune se trouve dans le périmètre de la région protégée des Highlands, l'une des trois régions reconnues par la réglementation écossaise à côté du Speyside et des Lowlands, et des deux localités que sont Islay et Campbeltown. L'eau de production vient du Danny Burn.
La distillerie traduit son nom par colline de guet, depuis le gaélique écossais. Nous le donnons comme elle le donne, en le rapportant à la maison plutôt qu'à une source toponymique indépendante. Le mot désigne à l'origine un lieu du Perthshire, porté par une famille noble avant de nommer une brasserie, puis une distillerie. Il n'a jamais décrit un procédé ni un profil de dégustation, et il ne se retrouve sur aucune autre étiquette écossaise.
La maison ne présente pas son malt comme un malt fumé, et aucun relevé de phénols ne circule pour ses embouteillages courants. Rappelons que ce relevé se fait sur l'orge maltée au sortir du touraillage, avant même le brassage, et jamais sur le liquide en bouteille. Sur une mise indépendante, seule l'étiquette de l'embouteilleur tranche, puisqu'il choisit le fût et connaît le lot d'orge d'origine.
Tout dépend de ce que vous cherchez à lire. Un embouteillage de la distillerie donne le profil que la maison assume et sert de point de comparaison. Un fût unique signé par un tiers montre au contraire l'écart qu'un seul bois peut creuser sur un même distillat. Nos conseillers connaissent chaque bouteille de cette page et vous aident à trancher entre deux fûts voisins.