Bière · Rosheim, Bas-Rhin
Les Intenables · Extra Smoothie #1
Intenables Extra Smoothie #1
France
44 cl
moped_package Livré entre le et le
Une sour épaisse comme un smoothie, où 420 grammes de purée de fruits par litre mènent la dégustation.
L'Extra Smoothie #1 ouvre une série chez Les Intenables, et son nom dit exactement ce qu'elle est. Il s'agit d'une smoothie sour, la version la plus chargée en fruits des bières acidulées, brassée en fermentation haute à Rosheim. Elle titre 6 % vol. et se présente en 44 cl. Le numéro qui suit son nom n'est pas un détail : il annonce une première itération, appelée à être suivie d'autres recettes. Une smoothie sour se juge d'abord à sa texture, ensuite seulement à ses fruits.
Le chiffre définit la bière à lui seul : 420 g/L de purée de fruits. À ce niveau, on ne parle plus d'une bière aromatisée mais d'un breuvage dont le fruit constitue près de la moitié de la matière. C'est ce qui explique sa texture, très éloignée de celle d'une bière classique, et ce qui justifie le mot smoothie dans le nom du style. Les brasseurs qui s'y essaient acceptent une contrainte technique lourde : une telle quantité de purée modifie tout, du brassage à la conservation. C'est aussi ce qui explique qu'une bière de ce type se boive jeune : le fruit est ce qui tient le moins bien dans le temps.
Le verre confirme immédiatement l'annonce. La robe est rouge, trouble et visiblement épaisse : on voit la matière bouger. Cette couleur ne doit rien au malt, elle est celle des fruits eux-mêmes, et l'opacité n'est pas un défaut de filtration mais la conséquence directe de la purée en suspension. C'est une bière qui se regarde autant qu'elle se boit.
Le nez est franchement exotique. La goyave arrive en tête, mûre et parfumée, suivie de la banane qui apporte une note plus douce et plus ronde. Le cassis vient en contrepoint, plus sombre et plus acidulé, et empêche l'ensemble de basculer dans le registre du bonbon. Trois fruits seulement, mais trois registres bien distincts : l'exotique, le doux, l'acidulé. Ce trio annonce fidèlement la bouche, sans fausse promesse : rien n'apparaît ensuite qui ne soit déjà là au nez.
En bouche, ce qui frappe d'abord n'est pas le goût mais la matière. La bière est épaisse et intense, presque veloutée, et cette densité change la façon dont les saveurs se déploient : elles arrivent en séquence plutôt que toutes en même temps.
La goyave ouvre la dégustation, juteuse et immédiatement reconnaissable, puis la banane prend le relais et arrondit l'attaque. Ce passage de l'une à l'autre est ce qui rend le verre intéressant à suivre : le fruit exotique donne l'énergie, le fruit doux donne le corps. On reste dans un registre de saveurs très gourmand, proche de ce que promet un jus de fruits épais, mais avec la fermentation en plus. La banane apporte en outre une rondeur qui compense l'acidité sans que le tout devienne pâteux.
L'amertume est douce, et c'est une nécessité dans ce style : une amertume marquée entrerait en conflit avec la purée de fruits et rendrait le tout bancal. La fermentation haute, elle, apporte la trame acidulée qui structure la bière et l'empêche d'être une simple boisson sucrée. C'est cet équilibre entre douceur et acidité qui distingue une sour réussie d'une préparation écœurante. C'est aussi ce qui rapproche cette bière artisanale d'une boisson fruitée sans jamais lui faire perdre son statut de bière.
La finale revient sur le cassis, acidulée et nette, et c'est elle qui donne envie de reprendre une gorgée. Après une bouche aussi épaisse, cette conclusion plus vive fait office de nettoyage : elle rafraîchit le palais au lieu de le laisser saturé. C'est précisément ce qu'on demande à une bière fruitée d'une telle densité.
Reste à savoir quand l'ouvrir. Sa richesse en fruits et son amertume douce la placent à part dans une cave : ce n'est ni une bière de soif, ni une bière de dégustation contemplative, mais une bière de moment.
Servez l'Extra Smoothie #1 entre 4 et 6 °C, dans un verre tulipe. La fraîcheur est ici essentielle : elle tend l'acidité du cassis et allège une texture qui, servie trop tempérée, paraîtrait lourde. Le verre tulipe rassemble les arômes de goyave et de banane, qui se libèrent facilement compte tenu de leur intensité. Servie plus tempérée, la purée reprend le dessus et la fraîcheur du cassis se perd.
À l'apéritif, elle joue sur l'effet de surprise, notamment auprès de ceux qui ne boivent pas de bière d'habitude. Entre amis, elle fait partie de ces bières artisanales qu'on ouvre pour être commentées, tant elle s'éloigne des repères habituels. Et au dessert, elle est chez elle : sa densité et son registre fruité la rapprochent naturellement de la fin de repas.
Le format 44 cl est bien calibré pour cette cuvée : suffisant pour être partagé en deux ou trois verres, assez modeste pour ne pas lasser, car une bière aussi chargée se déguste rarement en grande quantité. C'est aussi un format qui se prête au numéro de série : on ouvre le premier en sachant qu'il y en aura d'autres, et qu'aucun ne ressemblera exactement à celui-ci.
LE MÉTIER DU BRASSEUR
Quatre ingrédients suffisent : de l'eau, du malt, du houblon et une levure. Tout le reste est affaire de dosage et de température. Le malt donne la couleur et le corps, le houblon l'amertume et les arômes, la levure décide du style — haute pour les ales et les IPA, basse pour les pils et les lagers. C'est une matière vivante qui ne se garde pas indéfiniment : une bière se boit jeune, sauf les fortes et les vieillies en fût.
À LA DÉGUSTATION
LA BRASSERIE

Choisie et validée par le caviste Trinquay.
Apéritif · entre amis · dessert
Rosheim, Bas-Rhin
LA FICHE
Degré
6.0% vol.
Contenance
44cl
Style
Smoothie Sour
Fermentation
Haute
Amertume
Douce
Service
4-6 °C, verre tulipe
Région
Rosheim, Bas-Rhin
Pays
France
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