Bière · Alsace
Les Intenables · Origins of Chaos
Intenables Origins of Chaos
France
44 cl
moped_package Livré entre le et le
Une NEIPA alsacienne bâtie sur la texture autant que sur les fruits exotiques.
L'Origins of Chaos appartient à la famille des NEIPA, ces India pale ale qui ont troqué l'amertume contre la texture et le fruit. Brassée en Alsace par Les Intenables, elle pousse le principe assez loin : quinze unités d'amertume seulement, pour un houblonnage à cru massif. À 6,6 % vol. en 44 cl, c'est une bière dense et facile à la fois. Le nom du style renvoie à la Nouvelle-Angleterre, berceau de cette manière de brasser au tournant des années 2010.
Dix-huit grammes de houblon par litre ajoutés à froid, en deux fois : c'est un dosage élevé, et c'est là que se joue toute la bière. Le houblonnage à cru intervient après la fermentation, à basse température ; il extrait les huiles aromatiques sans extraire les composés amers, contrairement au houblon jeté en ébullition. C'est ce qui permet d'obtenir un nez de fruits exotiques très démonstratif tout en gardant une amertume presque absente. Ce dosage représente près du double de ce qu'emploie une pale ale houblonnée courante, et cela se sent dès l'ouverture de la bouteille, avant même d'avoir approché le verre.
Deux variétés seulement, mais bien choisies. Le Motueka néo-zélandais apporte le citron vert et les agrumes, dans ce registre que les brasseurs décrivent volontiers comme un mojito. Le Mosaic, employé sous forme Cryo, une poudre concentrée en lupuline qui délivre davantage d'arômes à volume égal,, amène la mangue, les baies et une trame herbacée. Le duo explique directement le nez : la mangue vient du Mosaic, le trait de citron vert du Motueka. Travailler à deux houblons seulement est un parti pris de brasseur : le bouquet gagne en lisibilité ce qu'il perd en complexité.
Quinze IBU, c'est le niveau d'une bière blanche, pas celui d'une IPA. Le chiffre dit l'essentiel du parti pris : le houblon est ici un ingrédient aromatique et non un agent amérisant. Cette amertume douce laisse toute la place à la texture et au fruit, et rend la bière accessible à des buveurs que l'amertume des IPA classiques décourage. C'est un équilibre exigeant, faute d'amertume pour rattraper un excès de rondeur. Une bière de cette famille se juge donc moins à son amertume qu'à sa capacité à rester nette malgré sa densité.
Du nez à la finale, la bière suit une seule ligne et ne la quitte jamais.
Le nez est franchement exotique : mangue et litchi bien mûrs au premier plan, relevés d'un trait de citron vert qui empêche l'ensemble de paraître sirupeux. Les arômes sont mûrs sans être confits. C'est un bouquet immédiat, qu'il n'est pas nécessaire d'aller chercher, et qui explique l'audience de cette famille de bières auprès des buveurs occasionnels.
En bouche, la texture prend le dessus. Elle est onctueuse et enveloppante, presque épaisse, et porte des fruits exotiques juteux issus du double houblonnage. C'est cette matière, plus encore que les arômes, qui signe une NEIPA réussie : le liquide tapisse le palais au lieu de le traverser. La robe dorée annonçait déjà cette densité. C'est aussi pour cela qu'on sert ces bières au verre plutôt qu'à la bouteille : la texture se perçoit mal au goulot.
La finale demeure douce et fruitée, sans coupure amère. L'amertume ne se manifeste qu'en retrait, juste assez pour éviter l'impression sucrée. La gorgée se termine sur le fruit, ce qui est exactement le but recherché, et ce qui rend cette bière artisanale plus facile à partager qu'une IPA de facture classique. Rien ne vient trancher, et pourtant la gorgée ne laisse aucune impression collante.
Trois repères suffisent, et le premier est de loin le plus important.
Elle se sert entre 6 et 8 °C. Trop froide, la mangue et le litchi se referment et il ne reste que la texture ; trop chaude, la rondeur devient pesante puisqu'aucune amertume ne vient l'équilibrer. Le verre tulipe rassemble le bouquet vers le nez, ce qui compte sur une bière dont l'olfaction fait la moitié du plaisir.
Ses 6,6 % vol. la placent un cran au-dessus de la moyenne des bières d'apéritif, sans excès pour autant. Le degré sert la texture : c'est lui qui donne du corps à une bière dépourvue d'amertume structurante. À l'apéritif, elle ouvre très bien, à condition de ne pas l'enchaîner comme une blonde légère.
Elle se prête aussi à une dégustation posée, où l'on prend le temps de démêler ce qui vient du Motueka de ce qui vient du Mosaic. Entre amis, c'est une bière qui fait consensus : son profil fruité et sa faible amertume ne demandent aucune habitude particulière. Elle est enfin de celles qui se boivent jeunes, les arômes issus du houblonnage à cru s'estompant au fil des mois. Sur ce style plus que sur tout autre, la fraîcheur de la bouteille fait partie de la dégustation.
LE MÉTIER DU BRASSEUR
Quatre ingrédients suffisent : de l'eau, du malt, du houblon et une levure. Tout le reste est affaire de dosage et de température. Le malt donne la couleur et le corps, le houblon l'amertume et les arômes, la levure décide du style — haute pour les ales et les IPA, basse pour les pils et les lagers. C'est une matière vivante qui ne se garde pas indéfiniment : une bière se boit jeune, sauf les fortes et les vieillies en fût.
À LA DÉGUSTATION
LA MATRICE
Deux repères suffisent à savoir ce qu'on va boire : la couleur dans le verre et l'amertume en bouche. Les styles connus sont placés autour pour comparer.
La position vient de la robe et de l'amertume renseignées sur la fiche. L'IBU s'affiche à côté du nom quand la brasserie le publie.
LES HOUBLONS
Le houblon fait l'amertume, mais surtout le parfum. Chaque variété a une signature — c'est elle qu'on reconnaît d'une bière à l'autre.
Nouvelle-Zélande
États-Unis
LA BRASSERIE

Choisie et validée par le caviste Trinquay.
Apéritif · entre amis · dégustation
Alsace
LA FICHE
Degré
6.6% vol.
Contenance
44cl
Style
NEIPA
Fermentation
Haute
Robe
Dorée
Amertume
Douce
IBU
15
Service
6-8 °C, verre tulipe
Région
Alsace
Pays
France
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