Bière · Rosheim, Bas-Rhin
Les Intenables · Savage Storm
Intenables Savage Storm
France
44 cl
moped_package Livré entre le et le
Une double IPA alsacienne où les houblons américains donnent le ton, du premier nez à la dernière gorgée.
La Savage Storm appartient à la branche la plus généreuse des IPA : une double IPA brassée à 8 % vol. par Les Intenables, microbrasserie installée à Rosheim, et conditionnée en 44 cl. Le principe du brassage y est simple, le malt pose un socle assez discret pour laisser toute la place au houblon. Une double IPA n'est d'ailleurs pas seulement une IPA plus forte : c'est une bière dont la charge en houblon a été poussée, avec un degré qui suit mécaniquement. C'est une bière artisanale de fermentation haute, faite pour la dégustation plutôt que pour la soif.
Deux houblons américains signent ce brassin. Le Citra Cryo, version concentrée en lupuline du célèbre Citra, apporte les agrumes, le pamplemousse et les fruits tropicaux qui donnent son identité à la cuvée. Le Warrior tient un registre plus résineux, entre pin et agrumes mordants, et vient tendre l'ensemble. Ce duo explique la double lecture de la bière : une attaque franchement fruitée devant, une trame plus verte et résineuse en arrière-plan. Chez les brasseurs, ce genre d'association est ce qui sépare une IPA vraiment aromatique d'une simple bière blonde houblonnée. Ces deux variétés américaines comptent parmi les plus intenses du catalogue des brasseurs, et leur emploi conjoint donne un bouquet large plutôt qu'un arôme unique répété d'un bout à l'autre du verre.
Le verre annonce la couleur : une robe très pâle, presque blond paille, et surtout trouble. Ce voile est la marque des IPA modernes non filtrées, où les composés du houblon et les levures restent en suspension au lieu d'être éliminés. Rien à voir avec une bière blonde limpide de fermentation basse : ici, l'aspect laiteux fait partie du dessin du style et signale une bière peu travaillée après sa fermentation. Il faut donc s'attendre à un verre dense à l'œil, très éloigné de l'image d'une bière blonde industrielle filtrée à outrance.
Le nez est franchement fruité. Les agrumes arrivent en premier, prolongés par une note d'ananas bien mûr qui tire les arômes vers le registre exotique. On y retrouve, presque à l'identique, la palette annoncée par les houblons : le pamplemousse et les fruits tropicaux du Citra Cryo, les agrumes du Warrior. C'est un nez démonstratif, immédiat, qui ne demande pas d'attendre : quelques secondes dans le verre suffisent à le libérer. C'est aussi un bon indicateur de fraîcheur : sur une bière artisanale aussi houblonnée, l'intensité des arômes au nez en dit long sur le soin apporté à la conservation.
Ce que le nez promet, la bouche le confirme en l'élargissant. La Savage Storm est ronde et puissante, portée par des 8 % vol. qui lui donnent du corps sans lourdeur apparente. Les saveurs y sont plus mûres qu'au nez, plus charnues aussi, et c'est ce contraste qui rend cette bière intéressante à suivre gorgée après gorgée. Le malt, sans jamais prendre le premier rôle, fournit la matière qui permet à un tel degré de rester digeste.
Trois fruits mènent la dégustation : la mandarine, plus douce que le pamplemousse du nez, la mangue et la pêche. Ensemble, ils composent un fond de fruits tropicaux persistant, plus sucré à l'attaque qu'en milieu de bouche. Cette gamme de saveurs est le fait du houblon : ce sont ses huiles essentielles qui, au contact du malt et de la levure, dessinent un profil aussi fruité sans que la bière soit pour autant sucrée. On reste dans la lecture des saveurs tropicales que recherchent les amateurs d'IPA modernes, avec une bouche nettement plus ample que celle d'une pale ale classique.
On attendrait d'une double IPA une amertume mordante ; elle est ici mesurée à 30 IBU, un chiffre modéré pour la catégorie. Le houblon a donc été employé davantage pour son parfum que pour son amertume, une approche qui rapproche cette cuvée des IPA fruitées contemporaines. Résultat : une amertume bien présente, mais qui reste un cadre plutôt qu'un mur, et une bière plus abordable qu'on ne l'imagine à lire son degré. Pour un amateur qui découvre les bières fortement houblonnées, c'est un point d'entrée confortable dans la catégorie.
La finale prolonge la dégustation sans rupture. Elle est persistante, revient sur les fruits tropicaux et se referme sur une note de jus d'orange, franche et juteuse. Cette longueur en bouche est un bon marqueur du soin apporté au brassin : les arômes ne s'effondrent pas une fois la gorgée avalée, ils tiennent, et appellent la suivante. C'est souvent là que se juge une double IPA : à sa capacité à finir aussi nettement qu'elle a commencé.
Reste à lui donner les bonnes conditions. Une bière de fermentation haute aussi aromatique se dessert vite : trop froide, elle se ferme ; trop chaude, l'alcool prend le pas sur les agrumes. Deux réglages suffisent à la mettre à sa juste place, la température et le verre.
Servez la Savage Storm entre 6 et 8 °C, dans un verre tulipe. Cette fourchette est plus haute que celle d'une blonde désaltérante, et c'est volontaire : sous 6 °C, les arômes de mangue et d'ananas restent bloqués. Le verre tulipe, resserré vers le haut, concentre le bouquet et le maintient sous le nez pendant toute la dégustation : un détail qui change beaucoup sur une bière aussi houblonnée.
Ses 8 % vol. la placent du côté des bières fortes, à partager plutôt qu'à enchaîner. Elle fonctionne très bien à l'apéritif, entre amis, et trouve sa vraie place en dégustation, quand on prend le temps de suivre l'évolution des saveurs à mesure que le verre se réchauffe. C'est le genre de bière artisanale qu'on ouvre pour la commenter.
LE MÉTIER DU BRASSEUR
Quatre ingrédients suffisent : de l'eau, du malt, du houblon et une levure. Tout le reste est affaire de dosage et de température. Le malt donne la couleur et le corps, le houblon l'amertume et les arômes, la levure décide du style — haute pour les ales et les IPA, basse pour les pils et les lagers. C'est une matière vivante qui ne se garde pas indéfiniment : une bière se boit jeune, sauf les fortes et les vieillies en fût.
À LA DÉGUSTATION
LA MATRICE
Deux repères suffisent à savoir ce qu'on va boire : la couleur dans le verre et l'amertume en bouche. Les styles connus sont placés autour pour comparer.
La position vient de la robe et de l'amertume renseignées sur la fiche. L'IBU s'affiche à côté du nom quand la brasserie le publie.
LES HOUBLONS
Le houblon fait l'amertume, mais surtout le parfum. Chaque variété a une signature — c'est elle qu'on reconnaît d'une bière à l'autre.
États-Unis
États-Unis
LA BRASSERIE

Choisie et validée par le caviste Trinquay.
Entre amis · apéritif · dégustation
Rosheim, Bas-Rhin
LA FICHE
Degré
8.0% vol.
Contenance
44cl
Style
Double IPA
Fermentation
Haute
Robe
Blonde
Amertume
Modérée
IBU
30
Service
6-8 °C, verre tulipe
Région
Rosheim, Bas-Rhin
Pays
France
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