Marc · Alsace
Seppi Landmann · Marc de Gewurztraminer
Seppi Landmann Marc Gewurztraminer
France
70 cl
Gewurztraminer
moped_package Livré entre le et le
Le gewurztraminer ne finit pas toujours en bouteille de vin : distillé, il donne l'une des eaux-de-vie les plus parfumées d'Alsace.
Après le pressurage, il reste dans le pressoir ce que le vigneron appelle le marc : les pellicules, les pépins et ce qui adhère encore de pulpe. En Alsace, cette matière n'est pas perdue, on la distille. Le Domaine Seppi Landmann, installé dans la Vallée Noble, en tire une eau-de-vie à 45 % vol. qui prolonge dans le verre le parfum du cépage le plus reconnaissable du vignoble alsacien.
Un marc n'est pas une eau-de-vie de fruit. Là où le kirsch ou la poire williams partent d'un fruit entier fermenté, le marc part des résidus solides du pressurage des raisins. Cette origine change tout au caractère du produit : on n'y cherche pas la pureté d'un fruit unique, mais l'empreinte d'un cépage, plus vineuse, plus texturée, avec la légère amertume que laissent les pépins et les pellicules. Cette famille de spiritueux existe partout où l'on fait du vin (la grappa en Italie, l'orujo en Espagne, la bagaceira au Portugal) mais chaque région lui donne un caractère dicté par ses cépages et ses habitudes de distillation. En Alsace, le marc porte la marque des cépages aromatiques, ce qui en fait l'un des plus parfumés qui soient.
Le gewurztraminer est le plus démonstratif des cépages nobles d'Alsace. Ses raisins roses donnent des vins blancs aux arômes de rose, de litchi et d'épices, que l'on retrouve en vendanges tardives ou sur les terroirs de grand cru où le cépage atteint une grande maturité. Ce marc, lui, est une eau-de-vie parfaitement sèche : la distillation ne retient aucun sucre, seulement les arômes. C'est ce paradoxe qui fait son intérêt, le parfum d'un vin moelleux dans un spiritueux sans la moindre douceur.
Le Marc d'Alsace de Gewurztraminer bénéficie de sa propre appellation d'origine contrôlée, reconnue au même titre que les vins de la région. L'AOC encadre l'origine des marcs, impose le cépage unique et fixe les conditions de distillation. Peu d'eaux-de-vie de marc disposent en France d'un tel cadre : c'est la reconnaissance d'une spécificité alsacienne, où la distillation accompagne la culture de la vigne depuis des siècles. Le Domaine Seppi Landmann s'inscrit dans cette double tradition : il élabore ses vins et distille ses propres marcs, de sorte que la matière première ne quitte jamais le domaine entre la vendange et l'alambic. C'est cette continuité qui garantit la traçabilité du cépage jusque dans la bouteille d'eau-de-vie.
Entre les vendanges et la bouteille, la matière traverse plusieurs mois de transformation. Chaque étape pèse sur le profil final.
Tout commence au pressoir. Une fois le jus extrait pour la vinification, les pellicules et les pépins sont récupérés, puis égrappés afin d'écarter les rafles, dont les tanins verts durciraient l'eau-de-vie. Seule la part la plus noble du marc est conservée. La qualité du raisin de départ compte ici autant que pour le vin : des vignes bien conduites donnent un marc plus fin.
Le marc est ensuite tassé et conservé à l'abri de l'air pendant environ trois mois. Cette fermentation hermétique est l'étape la plus délicate de toute la chaîne : au contact de l'oxygène, la matière s'oxyderait et développerait des goûts aigres irrattrapables. Bien menée, elle achève de transformer les sucres résiduels en alcool et fixe les arômes que la distillation viendra concentrer.
Le marc fermenté est chargé en panier dans un alambic de cuivre, chauffé lentement au bain-marie plutôt qu'à feu direct, précaution qui évite de brûler la matière et préserve la finesse aromatique. Une première chauffe donne le brouillis, une seconde le sépare en trois fractions. Seul le cœur de chauffe est conservé, les têtes et les queues repartant en redistillation. C'est cette sélection qui fait la netteté du produit fini.
L'eau-de-vie est incolore et n'a connu aucun passage sous bois : rien ne vient masquer ce que le cépage a laissé derrière lui.
Le nez est immédiatement reconnaissable. Le litchi et la rose, signatures aromatiques du gewurztraminer, s'imposent d'emblée, suivis d'un registre épicé et légèrement muscaté. Une note de cacao apparaît en arrière-plan, plus inattendue, apportée par la distillation elle-même. L'intensité est forte : c'est un spiritueux qui se sent avant de se goûter et qui parfume la pièce dès l'ouverture de la bouteille.
À 45 % vol., l'attaque est franche sans jamais brûler. La matière est ronde, presque grasse, portée par un degré qui étire les arômes au lieu de les écraser. Le raisin revient nettement en milieu de bouche, accompagné d'une amertume discrète qui rappelle l'origine du produit. C'est un spiritueux de caractère, à boire à petites gorgées et sans précipitation.
La finale est l'un des points forts de cette eau-de-vie : très longue, dominée par les épices douces et une persistance florale qui tient plusieurs minutes en bouche. Une sensation de fraîcheur revient en toute fin et nettoie le palais, ce qui explique la place traditionnelle du marc au terme d'un repas. Rien ne pèse, malgré le degré affiché.
Situer un marc parmi les autres spiritueux aide à comprendre ce que l'on va trouver dans le verre, et surtout ce que l'on n'y trouvera pas.
Le kirsch, la mirabelle, la framboise ou la poire williams partent d'un fruit entier, macéré puis distillé, et visent la restitution la plus pure possible de ce fruit. Le marc suit une autre logique : il exprime un cépage à travers ce qui subsiste après le vin. Plus vineux, plus texturé, il occupe une place à part dans la famille des eaux-de-vie blanches alsaciennes, aux côtés de l'eau-de-vie de lie, distillée elle à partir des dépôts de fermentation.
Whisky, cognac, armagnac ou rhum vieux tirent une large part de leur identité du bois : le chêne des barriques leur apporte la vanille, les épices grillées et la couleur au fil du vieillissement. Ce marc ne connaît pas le fût. Ce qui se trouve dans le verre vient uniquement du raisin et de l'alambic, sans aucun apport extérieur. C'est un exercice de transparence, où le moindre défaut de distillation se verrait immédiatement. Là où un single malt tourbé ou un rhum agricole vieilli gagnent en complexité au fil des années passées sous chêne, un marc se juge dès la sortie de l'alambic : il n'a aucun moyen de se corriger ensuite. Cette exigence explique que les bons marcs restent rares, et que la réputation du distillateur compte davantage que celle du millésime.
Face aux liqueurs (chartreuse, génépi, crèmes de fruits) le marc est à l'opposé : aucun sucre ajouté, aucune macération de plantes, aucun édulcorant. Il partage en revanche leur usage, celui du digestif de fin de repas, avec la grappa italienne qui en est le cousin direct ou l'orujo espagnol. Le vermouth, le pineau et le ratafia, qui mêlent vin et alcool sans distillation complète, relèvent encore d'un autre registre.
Un marc se sert simplement, mais deux ou trois habitudes changent nettement le plaisir qu'on en tire.
La tradition alsacienne veut qu'on serve les eaux-de-vie dans un verre passé au congélateur. Le givre resserre d'abord les arômes, puis le verre se réchauffe dans la main et les libère progressivement : on suit ainsi le produit sur plusieurs minutes plutôt que d'un seul trait. Un petit verre tulipe convient parfaitement. Servez une mesure modeste, à ce degré on déguste, on ne remplit pas.
C'est le digestif classique de la table alsacienne, servi après le fromage ou le dessert. Il accompagne particulièrement bien les pâtisseries aux fruits, le kougelhopf, ou un chocolat noir dont l'amertume répond à la note de cacao. Sur un plateau de fromages relevés, il tient également son rang, à condition de le servir après et non pendant.
L'usage le plus répandu reste le trou normand version alsacienne : quelques centilitres versés sur un sorbet aux fruits, dont le froid tempère l'alcool et fait ressortir le litchi. En cuisine, il parfume une salade de fruits, un baba, ou sert à déglacer une poêlée de fruits. Une fois ouverte, la bouteille se conserve très longtemps, l'eau-de-vie n'évoluant plus après la mise.
L'ESPRIT DU MARC
Quand le raisin a été pressé et le vin tiré, il reste les pulpes, les pépins et les peaux. C'est de ce résidu, longtemps considéré comme un déchet, que naît le marc : on le fait fermenter, puis on le distille.
Le marc porte donc la signature du cépage dont il est issu, là où d'autres eaux-de-vie effacent leur matière. Sorti de l'alambic il est incolore : sa robe, sa rondeur et ses notes boisées lui viennent ensuite du fût.
À LA DÉGUSTATION
LA MATIÈRE
Un marc ne s'achète pas ailleurs : il naît des pulpes pressées du domaine lui-même, et garde l'empreinte de son cépage.
LE VIEILLISSEMENT
Sorti de l'alambic, le marc est incolore et vif. C'est le fût de chêne qui lui donne sa robe, sa rondeur et ses arômes de vanille et de fruits confits — et rien ne remplace le temps.
Le minimum exigé par l'appellation.
Robe ambrée, bois et épices.
Fruits confits, cacao, tabac blond.
Cuir et rancio, longue finale.
LE MOMENT
Le marc est un digestif : il se sert en fin de repas, à température ambiante, dans un verre tulipe qui concentre les arômes. Ni glace, ni allongement.
Servez le marc pur dans un verre tulipe, à température ambiante, sans glace ni allongement.
Dégustez-le lentement, en digestif : sa chaleur et son fruité se révèlent par petites gorgées.
En fin de repas, il accompagne un café, un chocolat noir ou une tarte aux fruits.
À température ambiante, sans glace : le froid referme les arômes du fût.
Astuce : laissez le verre s'ouvrir quelques minutes avant la première gorgée, l'alcool s'assouplit et les arômes de fût se déploient.
Choisi et validé par le caviste Trinquay.
Marc artisanal, à siroter ou en cocktail.
Distillé au domaine, à partir de ses propres pulpes.
Production confidentielle, longue garde en fût.

LA FICHE
Degré
45.0 % vol.
Contenance
70 cl
Type
AOC Marc d'Alsace Gewurztraminer
Région
Alsace
Cépage
Gewurztraminer
Service
À déguster en digestif, dans un verre givré que l'on laisse se réchauffer dans la main
Pays
France
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