Saké · Yamaguchi (Honshu, région de Chugoku) : brasserie à Iwakuni
Dassai · 45
Dassai 45
Japon
72 cl
Junmai Daiginjo (純米大吟醸), saké nihonshu, version pasteurisée (hiire)
moped_package Livré entre le et le
Le Dassai 45 est la cuvée qui a porté le junmai daiginjo de la maison d'Iwakuni bien au-delà du Japon, et le chiffre inscrit sur son étiquette dit à lui seul comment il est brassé.
Beaucoup y lisent une année ou un âge : il s'agit d'autre chose. Le 45 donne le seimaibuai, autrement dit ce qui subsiste du grain de riz une fois le meulage terminé. Il en reste 45 %, et 55 % sont partis en son avant même que la fermentation ne commence. Les cuvées de la maison se nomment toutes de cette manière, 45, 39 puis 23, le chiffre baissant à mesure que le meulage se prolonge.
Cette bouteille a succédé au Dassai 50 le 1er avril 2019. Cinq points de polissage séparent les deux références, un écart qui semble mince et pèse pourtant dans le verre : chaque point gagné retire un peu plus de l'enveloppe du grain, là où se logent les protéines et les corps gras. Le nom a simplement suivi le chiffre, comme partout ailleurs dans la gamme.
La mention junmai (純米, « riz pur ») porte sur la composition : du riz, du koji de riz, de l'eau, et rien au-delà. Aucun alcool de distillation ne vient s'ajouter au moût en fin d'élaboration, et la maison ne brasse aucun autre saké que du junmai daiginjo. Les arômes fruités comme la rondeur naissent donc du grain, des levures et de la seule fermentation.
Une variété unique entre dans cette cuvée, le Yamada Nishiki (山田錦), que les brasseurs japonais tiennent pour le roi des riz à saké. La maison en revendique un usage exclusif et le fait cultiver dans une vingtaine de préfectures. Un vin blanc sec se raconte par son cépage, son appellation et son terroir ; un saké se raconte par sa variété de riz, son taux de polissage et son eau de brassage. La transposition a ses limites, mais elle rend l'étiquette lisible à qui vient du vin.
Tout se joue sur la répartition à l'intérieur du grain : l'amidon en occupe le centre, tandis que la périphérie porte les composés qui alourdissent un saké et lui apportent de l'amertume. Descendre à 45 % ne laisse donc fermenter qu'une matière d'une grande netteté, d'où une palette aromatique fine plutôt que démonstrative. La catégorie daiginjo s'ouvre à 50 % de grain conservé : cette cuvée franchit la barre avec cinq points d'avance.
Le brassage fut longtemps une affaire de saison froide, confiée à un toji, ce maître brasseur qui venait le temps de l'hiver. La maison a tourné la page : elle a supprimé le système du toji comme le brassage saisonnier, et travaille dans un bâtiment de douze étages inauguré en 2015, en pilotant ses cuves à la mesure plutôt qu'au geste hérité. Une pasteurisation (hiire) stabilise ensuite la bouteille pour le voyage jusqu'à nos caves.
Servi dans le verre, il apparaît parfaitement limpide, dépourvu de couleur, animé de discrets reflets argentés qui accrochent la lumière. Rien d'ambré ni de doré : un junmai daiginjo mis en bouteille jeune demeure quasi incolore, et cette transparence renseigne déjà sur la propreté du travail mené sur le grain.
Le premier nez se montre délicat plutôt que démonstratif. Il s'ouvre sur les fruits blancs, la poire et la pêche blanche, que rejoint le raisin frais, avant que ne montent des notes florales et cette pointe de riz vapeur si reconnaissable. Quelques minutes d'aération suffisent à déployer le bouquet, qui gagne beaucoup à un verre assez large.
L'attaque se fait tout en douceur, sans arête. Vient une texture soyeuse qui porte les fruits mûrs et le melon, relevée d'une douceur de riz légèrement amandée et d'un umami discret qui lui donne du fond. La finale, nette et rafraîchissante, s'appuie sur une légère acidité et ramène des fruits à noyau, l'abricot surtout. Aucune astringence ne vient la troubler : rien dans l'élaboration d'un saké n'apporte de tanin.
L'expression « vin de riz », commode, brouille davantage qu'elle n'éclaire. Un vin sort du raisin pressé et fermenté, une bière de l'orge maltée et du houblon. Le saké emprunte un troisième chemin : le koji fabrique du sucre à partir de l'amidon du riz au moment même où les levures changent ce sucre en alcool, dans une seule et même cuve. Il ne passe par ailleurs jamais par un alambic, son degré ne devant rien à la distillation ni à un séjour en fût de chêne. De quoi orienter la façon de le servir.
Comptez 8 à 12 °C. En dessous, les arômes se rétractent ; au-dessus, l'alcool passe devant le fruit. On tiédit volontiers certains sakés de table, jamais celui-ci : la chaleur effacerait précisément ce que le polissage a construit. Un verre à vin blanc lui convient mieux qu'une coupelle, sa forme rassemblant le bouquet. Rangez la bouteille au frais, loin de la lumière, ouvrez-la dans l'année et finissez-la en quelques jours une fois entamée.
Ni acidité mordante ni tanin : il se glisse auprès du poisson cru là où un blanc peut le contrarier. Sashimis et sushis viennent en tête, puis les huîtres, les coquillages et les crustacés, dont l'iode répond à sa finale rafraîchissante. Le poisson blanc vapeur ou grillé, la volaille et les viandes blanches lui tiennent tête tout aussi bien. Plus inattendu, sa texture soyeuse épouse un fromage à pâte molle et à croûte fleurie, brie ou camembert jeune. Trinquay le conseille à l'apéritif comme à table, pour entrer dans le saké par la porte la plus juste.
L'ESPRIT DU SAKÉ
Né du riz, de l'eau et d'un champignon nommé kōji, le saké n'est ni un alcool distillé ni un vin : c'est une fermentation à part, propre au Japon, où le grain est d'abord poli puis converti en sucre avant de fermenter.
Tout se joue sur le polissage. Plus on retire les couches externes du grain, plus le saké gagne en finesse et en arômes floraux. C'est ce chiffre, le seimaibuai, qui classe les sakés entre eux.
À LA DÉGUSTATION
LA MATIÈRE
Quatre ingrédients, pas un de plus : du riz, de l'eau, le kōji qui transforme l'amidon en sucre, et la levure qui fermente.
LA CLASSIFICATION
Le seimaibuai indique la part du grain conservée après polissage. Plus le chiffre est bas, plus le saké est raffiné : 70 % pour un Honjozo, 60 % pour un Ginjo, 50 % ou moins pour un Daiginjo.
Le grain garde ses couches externes : style franc et droit.
Un tiers du grain retiré : les arômes floraux apparaissent.
La moitié du grain disparaît : la finesse domine.
Poli au-delà du Daiginjo : il ne reste que le cœur du grain.
LE RITUEL
Un saké fin se sert frais, jamais chaud : la chaleur détruirait les arômes floraux et fruités qui font tout son prix.
Versez une dose de saké, 2 à 3 cl, dans un grand verre.
Allongez de 5 volumes d'eau bien fraîche : le fameux « 1 pour 5 ».
Le service chaud est réservé aux sakés simples : il détruirait ce parfum.
Ajoutez la glace après l'eau, jamais avant, pour ne pas figer les arômes.
Astuce : servez-le en verre à vin plutôt qu'en coupelle, les arômes s'ouvrent bien mieux.
Choisi et validé par le caviste Trinquay.
Saké de table, à servir frais ou légèrement tempéré selon le style.
Yamaguchi (Honshu, région de Chugoku) : brasserie à Iwakuni

À TABLE
Sans acidité mordante ni tanin, le saké accompagne les produits de la mer là où le vin blanc peut les heurter.



LA FICHE
Degré
15.0% vol.
Contenance
72cl
Catégorie
Junmai Daiginjo (純米大吟醸), saké nihonshu, version pasteurisée (hiire)
Préfecture
Yamaguchi (Honshu, région de Chugoku) : brasserie à Iwakuni
Riz
Yamada Nishiki (山田錦)
Polissage
45 %
Service
Servir frais, entre 8 et 12 °C, de préférence dans un verre à vin blanc pour libérer les arômes.
Pays
Japon
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