DISTILLERIE

Pig's Nose

Le whisky écossais au nom le moins solennel d'Écosse n'est pas né dans une distillerie des Highlands, mais dans un pub du Gloucestershire, en 1977. Quarante pour cent de malts du Speyside, d'Islay et des Lowlands, un whisky de grain d'Invergordon et des fûts de chêne ex-bourbon : voici l'histoire d'un blend qui promet la douceur et la tient.

Par Matys Hoffman, cavistePublié le 3 novembre 20266 min de lecture
Pig's Nose, blended scotch whisky

Il existe des whiskies écossais dont l'histoire commence dans une distillerie des Highlands, et d'autres qui sont nés dans un pub anglais. Le Pig's Nose appartient à la seconde famille : c'est un blended scotch whisky né en 1977 dans le Gloucestershire, sous le nom le moins solennel de toute l'Écosse.

Pig's Nose, un blended scotch whisky né dans un pub du Gloucestershire

La marque ne désigne aucune distillerie. Aucun bâtiment, aucun alambic, aucune vallée écossaise ne porte ce nom : le Pig's Nose est un assemblage, et son adresse d'origine est un débit de boissons du sud de l'Angleterre.

1977, la naissance d'un assemblage à quatre ans d'âge

Le premier embouteillage date de 1977. Il est l'œuvre de MJ Dowdeswell & Co Ltd, la petite maison d'un fermier et tenancier de pub installé à Oldbury-on-Severn, dans le Gloucestershire. Le whisky sort alors à quatre ans d'âge, un très jeune scotch destiné à la clientèle de la maison plutôt qu'aux vitrines des cavistes.

La modestie de l'entreprise n'a pas duré. La marque a fini par fournir Fortnum & Mason et par s'exporter aux États-Unis, au Canada et en Nouvelle-Zélande, ce qui reste inhabituel pour un blended whisky né derrière un comptoir.

Sheep Dip et Pig's Nose, les deux marques de la même maison

Le Pig's Nose n'est pas arrivé seul. Il rejoint un aîné, le Sheep Dip, un blended malt que la maison servait déjà à ses habitués. Les deux noms sont volontairement rustiques et forment une paire : d'un côté un assemblage de malts, de l'autre un blend qui mêle malt et whisky de grain.

Les deux marques ont voyagé ensemble pendant près d'un demi-siècle, jusqu'à se retrouver aujourd'hui encore sous le même toit. Un amateur qui découvre l'une a de bonnes raisons de goûter l'autre : elles racontent la même histoire par deux entrées différentes.

Une expression de fermier devenue une marque de whisky

Le nom vient d'une comparaison de la campagne anglaise. L'étiquette d'origine promettait un whisky « aussi doux et soyeux que le nez d'un cochon », une formule que les fermiers employaient pour vanter la finesse d'une étoffe ou d'une laine. La promesse est donc une promesse de texture, et c'est exactement ce que l'assemblage cherche à tenir.

L'assemblage du whisky Pig's Nose, entre single malts et whisky de grain

Un blended scotch whisky se juge à son équilibre entre deux matières : les single malts, qui apportent le caractère aromatique, et le whisky de grain, qui apporte la rondeur et la continuité. Le Pig's Nose penche nettement du côté du malt.

Quarante pour cent de malts du Speyside, d'Islay et des Lowlands

L'assemblage compte 40 % de single malts, une proportion élevée pour un blend de ce prix, et surtout un choix de trois régions qui ne disent pas la même chose. Le Speyside apporte le fruité et la douceur, les Lowlands la légèreté et la fraîcheur végétale, Islay une touche de fumé maritime qui reste discrète mais que le palais attentif reconnaît.

C'est cette pointe côtière qui empêche l'ensemble de tomber dans la sucrosité facile. Elle est présente, jamais dominante : on est loin des malts tourbés d'Islay embouteillés seuls, où les phénols occupent tout l'espace.

Le whisky de grain d'Invergordon, la colonne vertébrale du blend

La part de grain vient d'Invergordon, distillerie de whisky de grain des Highlands du Nord. Son rôle n'est pas décoratif : c'est lui qui donne au verre sa texture souple et sa longueur douce, et qui permet aux malts de se déployer sans se heurter les uns aux autres.

Une maturation en fûts de chêne ex-bourbon de premier remplissage

Le vieillissement se fait en barriques de chêne américain ayant contenu du bourbon, majoritairement de premier remplissage. Ce type de fût est le plus actif : il cède rapidement ses arômes de vanille, de caramel et de noix de coco, ce qui convient à un whisky jeune qui doit gagner en rondeur sans attendre vingt ans.

Aucun élevage en fût de sherry n'intervient ici. La signature boisée reste donc claire et douce, sur le chêne américain plutôt que sur les fruits secs et le xérès.

De Whyte & Mackay à Ian Macleod Distillers, le parcours d'une marque écossaise

Peu de marques de cette taille ont changé de mains aussi souvent tout en gardant leur recette. Le Pig's Nose a traversé quatre propriétaires en quarante ans.

1993, l'assemblage passe entre les mains d'un maître assembleur

Repris par Invergordon Distillers, le duo Pig's Nose et Sheep Dip bascule chez Whyte & Mackay après l'offre publique d'achat hostile de 1993. L'assemblage est alors confié à Richard Paterson, maître assembleur de la maison, une des signatures les plus connues du scotch whisky. Il continuera de le composer bien après le départ de la marque.

2005, la marque part chez Spencerfield Spirit

En 2005, Alex Nicol, alors directeur des opérations de Whyte & Mackay, quitte le groupe en emportant les deux marques. Il fonde avec son épouse Jane la Spencerfield Spirit Company, dans le Fife. La maison est petite, indépendante, et elle remet le Pig's Nose sur le devant de la scène auprès des amateurs de whisky écossais.

2016, Ian Macleod Distillers reprend le blend

Fin 2016, Spencerfield Spirit est rachetée par Ian Macleod Distillers, maison familiale indépendante qui possède aussi ses propres distilleries. Le Pig's Nose y rejoint un portefeuille de whiskies écossais réputés, et l'embouteillage devient officiellement le sien.

Déguster le Pig's Nose 5 ans, un scotch whisky de tous les jours

La version actuelle est embouteillée à cinq ans d'âge et à 40 % vol., en 70 cl. C'est un whisky d'usage : celui qu'on ouvre sans occasion particulière, et qui supporte aussi bien le verre nu que le cocktail.

Un nez d'écorce d'orange et de caramel au beurre

La robe est or, limpide, avec des reflets sableux. Le nez est ferme et riche pour un whisky de cet âge : il ouvre sur l'écorce d'orange et le caramel au beurre, avec ce fond de chêne vanillé que laissent les fûts de bourbon.

Une bouche douce, épicée et légèrement fumée

En bouche, l'attaque est douce et suave, fidèle à la promesse de l'étiquette. Une pointe d'épice arrive ensuite, puis un léger accent fumé venu de la part d'Islay. La finale est longue et douce, sur l'épice et le bois.

Nature, sur glace ou en highball, comment le servir

Le Pig's Nose se boit nature dans un verre tulipe si l'on veut suivre les arômes, sur glaçons pour un apéritif désaltérant, ou allongé en highball. Sa rondeur et son degré modéré en font aussi une base de cocktail honnête, là où un single malt cher serait gâché par le mélange. Retrouvez cette bouteille dans notre sélection de whiskies écossais.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Ce qu'on nous demande sur cette distillerie

Par quelle bouteille commencer ?

Par l'embouteillage de base, celui que la distillerie produit toute l'année. Il dit son style sans la rareté d'une série limitée, et si elle plaît, les versions au-dessus tiennent la même ligne. Le repère « à partir de » en tête de gamme donne la moins chère du moment.

Une bouteille ouverte se garde combien de temps ?

Un spiritueux ne vieillit plus une fois en bouteille, mais il s'oxyde une fois ouvert. Debout, bouchon serré, à l'abri de la lumière : comptez quelques mois sans changement net, puis une perte d'arômes d'autant plus rapide que la bouteille se vide.

Peut-on panacher plusieurs bouteilles dans un colis ?

Oui, le calage anti-casse tient six bouteilles par colis, panachées ou non, vins et spiritueux mélangés. La livraison est offerte dès 100 € en point relais, hors Corse.