Deux siècles à Alness, deux ateliers voisins qui ont porté le même nom, un arrêt complet au milieu des années quatre-vingt et une reprise en 1991. Voici la distillerie dont le malt part surtout dans les assemblages, et les fûts uniques par lesquels les amateurs la rencontrent.
Il existe des distilleries dont on connaît le nom sans avoir jamais vu leur étiquette officielle. Celle d'Alness en fait partie : elle tourne depuis plus de deux siècles, elle a été reconstruite, fermée, rouverte, doublée, et le gros de son malt part dans des assemblages vendus dans le monde entier. Notre page de collection décrit son équipement et son caractère ; cet article raconte son domaine, ses deux ateliers et ses propriétaires successifs.
Le domaine d'Alness où le whisky Teaninich est né
Une distillerie de 1817 ne se crée pas dans une zone industrielle. Elle naît sur une terre, appartenant à quelqu'un, et ce quelqu'un a une raison de la bâtir.
Le capitaine Hugh Munro et la distillerie de 1817
Hugh Munro, officier de l'armée britannique, fonde l'atelier sur ses propres terres, celles du domaine de Teaninich, à Alness. Le nom de la distillerie est donc celui d'une propriété, pas celui d'un fondateur ni d'une rivière.
Un propriétaire terrien qui distille transforme sa propre récolte plutôt que de la vendre en grain. La distillerie est donc née d'une logique agricole, sur une terre qui produisait déjà l'orge dont elle avait besoin.
Une production multipliée dès les années 1820
L'atelier grossit vite. En 1830, sa production est trente fois supérieure à celle de ses débuts, ce qui en fait déjà une affaire sérieuse et non un appoint agricole.
Hugh Munro passe ensuite la main à son frère, le lieutenant-général John Munro, qui confie l'exploitation à des gérants successifs. La famille garde la propriété pendant près d'un siècle.
Le Cromarty Firth et les terres à orge du Ross-shire
Alness se trouve sur la rive nord du Cromarty Firth, ce long bras de mer qui entaille l'est des Highlands. La position n'est pas anodine pour une distillerie du XIXe siècle : elle donne accès à un port.
Les terres basses du Ross-shire portent de l'orge, et l'eau descend des collines qui dominent la ville. Céréale, eau et débouché maritime tenaient sur quelques kilomètres.
Découvrez un fût unique de Teaninich rempli en avril 2008 et vidé en novembre 2024, embouteillé au brut de fût par Le Gus'T à 53,7 %, en une série de cent qu...
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Les deux ateliers de la distillerie, le A et le B
Pendant une quinzaine d'années, deux distilleries ont travaillé côte à côte sur le même site, sous le même nom. On les désignait par deux lettres.
Le bâtiment de 1970 et ses six alambics
En 1970, un atelier entièrement neuf sort de terre à côté de l'ancien, avec six alambics. C'est ce bâtiment que l'on appelle le côté A, l'installation historique devenant le côté B.
Deux ateliers voisins ne produisent jamais exactement le même distillat, même avec la même orge et la même eau. Les fûts remplis dans ces années portent donc une part d'ambiguïté que l'étiquette ne dit pas.
L'arrêt du milieu des années 1980
La crise du whisky écossais du début des années quatre-vingt frappe le site en deux temps. Le côté B est mis sous cocon en 1984, le côté A l'année suivante, et la distillerie cesse toute production.
La crise a fermé des ateliers dans toute l'Écosse, et certains ne sont jamais repartis. Celle d'Alness a eu plus de chance.
La reprise de 1991 et la démolition du plus ancien atelier
La production redémarre en 1991, mais dans le seul côté A. Le côté B ne rouvrira jamais, et son bâtiment a été démantelé à la fin des années quatre-vingt-dix.
Une bouteille distillée avant 1985 et une bouteille distillée après 1991 ne sortent donc pas du même atelier. Sur ce site, la date de distillation est aussi une information d'équipement.
De la famille Munro à Diageo, la chaîne des propriétaires
Deux siècles de whisky, cela fait beaucoup de mains. Trois moments méritent d'être retenus, parce qu'ils ont chacun changé l'échelle de la maison.
Robert Innes Cameron, associé devenu propriétaire en 1904
Robert Innes Cameron était associé de l'affaire avant d'en prendre le contrôle en 1904, mettant fin à la propriété familiale des Munro. Il conduit des travaux de modernisation pendant son mandat.
À sa mort en 1933, l'exploitation passe à The Distillers Company, le grand ensemble qui rassemblait déjà l'essentiel de l'industrie écossaise. C'est le point d'entrée de la distillerie dans un groupe.
Les années de guerre et la pénurie d'orge
La production s'interrompt de 1939 à 1946, faute d'orge disponible. L'arrêt n'a rien de propre à cette maison : l'orge servait à nourrir la population, pas à faire de l'alcool.
Ces sept années creusent un trou dans les stocks, invisible aujourd'hui mais réel à l'époque. Une génération entière de fûts n'a jamais existé.
L'investissement de 2013 et la nouvelle salle des alambics
En 2013, Diageo engage un chantier de grande ampleur sur le site et lui adjoint un second corps d'alambics. La capacité du site fait plus que doubler.
Le site produit depuis lors beaucoup plus qu'auparavant, sans jamais construire de gamme commerciale à son nom. Les deux faits vont ensemble.
Le malt de Teaninich dans les assemblages et sous son nom
Une distillerie qui produit beaucoup et n'embouteille presque rien sous son propre nom a forcément une destination. Ici, elle est connue.
La part du single malt dans le Johnnie Walker Red Label
Ce malt entre dans les assemblages du groupe, et notamment dans le Johnnie Walker Red Label. Un assemblage réunit des malts et des whiskies de grain de plusieurs distilleries, et chacun y joue un rôle précis.
Un distillat net et citronné apporte de la tension à un assemblage, là où d'autres apportent du gras ou de la fumée. C'est un emploi technique, pas un second choix.
Le dix ans de la série Flora and Fauna
Le seul embouteillage officiel régulier de la maison est un dix ans paru dans la série Flora and Fauna, celle par laquelle son propriétaire a sorti de l'ombre des distilleries qu'il n'embouteillait pas sous leur nom.
Cette série a fait connaître des noms que personne ne cherchait, et elle reste souvent la seule référence officielle disponible. La rareté d'une gamme officielle n'est pas un jugement sur le liquide.
Le dix-sept ans des Special Releases 2017
Un dix-sept ans est paru dans les Special Releases de 2017, la sélection annuelle et limitée du même groupe. Compte tenu de son âge, il repose sur un distillat antérieur à l'installation du filtre à moût.
Ce détail intéresse ceux qui veulent comparer deux époques techniques du même atelier. Notre page de collection explique ce que ce filtre change au moût.
Les fûts de Teaninich chez les embouteilleurs indépendants
Le nom apparaît régulièrement chez les indépendants, qui achètent des fûts et les publient sous leur propre étiquette. Notre sélection en réunit plusieurs, signés par des maisons très différentes.
La Sélection XXXVII du Gus'T et son fût de 2008
Notre fournisseur publie des sélections numérotées en chiffres romains. La trente-septième est un fût de 2008, embouteillé à seize ans et à 53,7 %, sous le numéro 706285.
Un numéro de fût n'est pas un âge ni un millésime : il identifie un contenant précis. Deux fûts voisins remplis le même jour peuvent rendre deux liquides différents, et c'est tout l'intérêt de la sélection au fût unique.
Le fût AM160 d'Asta Morris et le millésime 2011
Asta Morris, maison belge fondée en 2009, numérote ses fûts avec ses propres initiales. Le AM160 porte un distillat de 2011 embouteillé à douze ans, à 51,5 %.
Cet embouteilleur travaille le plus souvent fût par fût et sans réduction. Sa présence sur ce nom dit quelque chose de la réputation du distillat auprès des sélectionneurs.
Archives, Adelphi, Mossburn et Thompson Bros.
Nous proposons également un 2008 signé Archives à 52,4 %, un 2008 de Mossburn Distillers à 54,9 %, un 2007 de The Single Malts of Scotland à 57,5 % et un 2013 de Thompson Bros. à 50 %.
Autant de maisons sur un même distillat, autant de lectures d'un même atelier. Commencez par un élevage en ancien fût de bourbon si vous découvrez ce nom : il montre la matière sans écran.