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  • Ragoût irlandais à l'agneau et pommes de terre fondantes Recette Ragoût irlandais Mobile
  • Ragoût irlandais à l'agneau et pommes de terre fondantes

    Matys Hoffman


    Ragoût irlandais à l'agneau et pommes de terre fondantes

    Le ragoût irlandais, ou Irish stew comme on le nomme là-bas, est l'un de ces plats qui racontent autant l'histoire d'un pays que ses paysages. Né dans les fermes de l'île émeraude, il a traversé les siècles avec une simplicité désarmante : de la viande mijotée à l'eau, des pommes de terre fondantes, des oignons et quelques légumes racines, le tout cuit sans hâte au coin de l'âtre. Aucun fond brun, aucune coloration préalable, aucune réduction au vin : la pureté du bouillon et la qualité de la viande font tout le travail.

    Dans cette version, nous gardons la philosophie originelle mais affinons quelques détails pour mettre en valeur l'agneau. Nous choisissons du collier qui apporte gélatineux et moelleux, et nous travaillons en cuisson basse température longue pour obtenir une viande qui se détache à la fourchette sans s'effilocher. Les pommes de terre sont taillées en deux tailles différentes : certaines vont fondre et lier le bouillon naturellement, d'autres garderont leur forme pour la mâche. C'est ce double registre, presque oublié dans les versions modernes du plat, qui fait toute la différence entre un ragoût correct et un ragoût mémorable. Il faut compter trois heures devant soi et avoir une cocotte en fonte digne de ce nom, mais la récompense est à la hauteur du temps investi.

    Une dernière précision avant de mettre les mains dans la cocotte : contrairement à beaucoup d'idées reçues, le ragoût irlandais authentique se cuisine sans tomate, sans concentré et sans vin. Les versions modernes des pubs en ont introduit progressivement, mais elles s'éloignent de l'esprit du plat. Nous respectons ici la recette traditionnelle, à l'os : pommes de terre, oignon, agneau, eau ou bouillon léger. Tout est dans la qualité de la viande et la maîtrise du frémissement.

    Ingrédients pour quatre à six personnes

    Pour la viande et le bouillon

    • 1 kg de collier d'agneau coupé en tronçons épais (demandez à votre boucher)
    • 500 g d'épaule d'agneau désossée, coupée en cubes de 4 cm
    • 1,2 litre de bouillon de mouton ou de volaille léger
    • 2 cuillères à soupe d'huile de tournesol
    • 1 grosse cuillère à soupe de farine
    • Sel fin et poivre noir du moulin

    Pour la garniture

    • 1,2 kg de pommes de terre à chair fondante (variété Bintje ou Caesar)
    • 3 gros oignons jaunes, émincés en demi-rondelles épaisses
    • 4 carottes moyennes, taillées en bâtonnets épais
    • 2 branches de céleri, en demi-lunes
    • 3 gousses d'ail, dégermées et écrasées au plat du couteau
    • 2 feuilles de laurier
    • 4 brins de thym frais
    • 1 cuillère à café de graines de carvi (optionnel, signature locale)
    • 1 bouquet de persil plat ciselé pour la finition

    Préparation

    Préparer la base aromatique

    À la différence d'un navarin classique, le ragoût irlandais authentique ne demande pas de saisir la viande. C'est ce qui lui donne sa robe pâle si caractéristique et son bouillon presque laiteux. Dans une grande cocotte en fonte, faites cependant suer doucement les oignons à l'huile de tournesol pendant douze à quinze minutes, à feu doux, avec une pincée de sel : vous voulez qu'ils deviennent translucides et qu'ils libèrent leurs sucres naturels, mais surtout pas qu'ils colorent. Ajoutez l'ail à la fin et laissez-le parfumer une minute sans coloration.

    Monter le ragoût en couches

    L'usage rural en Irlande veut que l'on monte le ragoût en strates successives, comme un tian provençal mais cuit en cocotte. Sur les oignons, disposez la moitié des morceaux d'agneau, salez et poivrez. Ajoutez ensuite la moitié des carottes et du céleri, puis une première couche de pommes de terre coupées en gros quartiers (gardez un tiers des pommes de terre entières et coupez le reste en rondelles fines de cinq millimètres). Saupoudrez de farine, déposez le thym et le laurier. Recommencez l'opération : agneau, légumes, pommes de terre, en finissant par les rondelles fines de pommes de terre sur le dessus, soigneusement disposées en écailles régulières.

    Mouillage et mijotage

    Versez le bouillon chaud jusqu'à hauteur des ingrédients, sans noyer la couche supérieure de pommes de terre. Portez à frémissement très doux sur le feu, couvrez puis enfournez à cent quarante degrés pendant deux heures et trente minutes. Vous pouvez aussi cuire sur la plaque à feu très doux, à condition de surveiller le frémissement (jamais d'ébullition). Vers la fin de la cuisson, dégagez le couvercle les quinze dernières minutes pour laisser la surface des pommes de terre se dorer légèrement, sans plus.

    Finition

    À la sortie du four, ne touchez à rien. Laissez le ragoût reposer dix minutes couvercle fermé hors du feu : la cuisson se prolonge délicatement et les sucs se redistribuent. Goûtez puis rectifiez l'assaisonnement en sel et poivre, ajoutez le persil ciselé en surface, et présentez la cocotte directement sur la table. C'est un plat qui se sert en assiette creuse, avec une bonne cuillère de bouillon et un peu de tout : viande, pommes de terre fondantes, rondelles dorées, oignons confits.

    Accord mets et vin

    Notre choix se porte sur le Château de Pizay · 2023, un chardonnay du Beaujolais souvent oublié au profit des gamays rouges du cru. C'est pourtant un blanc qui mérite la table, particulièrement avec ce ragoût irlandais que beaucoup imagineraient à tort uniquement compatible avec du rouge. Le chardonnay de Pizay offre un nez de pomme blanche et de fleur d'aubépine, une bouche ronde sans excès de gras et une finale citronnée qui vient relancer le palais entre deux bouchées de viande fondante. Servez-le à dix degrés, et carafez-le si vous voulez ouvrir davantage son bouquet.

    Conseils du chef et variations

    • Le ragoût irlandais authentique ne contient ni vin ni tomate, ni colorant : respectez cette pureté pour préserver l'identité du plat.
    • Préparez-le idéalement la veille. Le jour J, réchauffez à feu très doux trente minutes en remettant un peu de bouillon si nécessaire.
    • Si vous trouvez de la bière brune irlandaise (stout) chez vous, vous pouvez remplacer un quart du bouillon par cette bière : ce n'est pas traditionnel mais c'est aujourd'hui répandu dans les pubs modernes.
    • Le carvi est un clin d'œil aux pains irlandais soda bread : si vous n'aimez pas, omettez sans regret.
    • Servez avec un soda bread maison ou simplement un bon pain de campagne pour saucer.

    Le mot du sommelier

    Marier un blanc avec un ragoût de viande mijoté n'est pas le réflexe spontané, et pourtant ce mariage avec le Château de Pizay fonctionne pour une raison précise : la cuisson lente du ragoût irlandais, dépourvue de coloration et de réduction au vin rouge, donne une viande blanche d'apparence et un bouillon délicat presque crémeux, qui appelle un blanc rond plutôt qu'un rouge tannique. Le chardonnay de Pizay, légèrement vinifié sur lies fines, offre ce supplément de matière qui répond au gélatineux du collier d'agneau, tandis que sa fraîcheur acidulée tranche les pommes de terre fondantes. Si vraiment vous préférez un rouge, optez pour un cru du Beaujolais souple type Brouilly ou Saint-Amour, mais évitez les Bordeaux tanniques qui écraseraient la délicatesse de la viande. Une autre piste séduisante : un vin du Languedoc en blanc type Picpoul de Pinet, dont la salinité marine ferait écho aux pommes de terre et à l'éventuelle pointe iodée du collier d'agneau, ou un Sancerre de la Vallée de la Loire pour une approche plus minérale et tendue. La règle commune à ces choix : éviter les tannins puissants qui se heurteraient à la délicatesse du bouillon, et privilégier les vins qui apportent fraîcheur et matière sans dominer le plat. Pour explorer d'autres mariages audacieux et sortir des sentiers battus, parcourez notre sélection de recettes et accords mets-vins.

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