DISTILLERIE

Distillerie Morand

De Martigny au reste du monde, la Distillerie Morand distille depuis 1889 les fruits du Valais. Portrait d'une maison familiale suisse, mère de la légendaire Williamine et gardienne d'un savoir-faire d'eaux-de-vie unique.

Par Matys Hoffman, cavistePublié le 30 octobre 20268 min de lecture
Distillerie Morand
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Valais
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Il est des maisons dont le nom se confond avec un fruit. Depuis 1889, la Distillerie Morand distille à Martigny, au cœur du Valais suisse, les poires, les abricots et les plantes de montagne d'un terroir alpin. Sa Williamine a fait le tour du monde, mais derrière cette eau-de-vie de légende se cache une saga familiale de plus de quatre générations, tout entière vouée à l'art de la distillation.

La Distillerie Morand, une maison valaisanne née en 1889

L'histoire de la Distillerie Morand commence dans un village de vignes, au pied des Alpes, à la fin du XIXe siècle. Elle n'a jamais quitté le Valais, cette vallée suisse baignée de soleil où mûrissent quelques-uns des plus beaux fruits d'Europe.

Louis Morand, le distillateur fondateur de Martigny-Combe

En 1889, un jeune homme de vingt-deux ans, Louis Morand, ouvre son alambic à Martigny-Combe. Un an plus tard, associé à son frère Auguste, il reprend l'affaire à son nom : la maison Louis Morand & Cie est née. Ce distillateur pionnier pose les bases d'une entreprise familiale qui traversera plus de quatre générations, toujours détenue par ses descendants aujourd'hui.

Martigny et le terroir du Valais suisse

La distillerie s'installe entre Martigny-Croix, Plan-Cerisier et le Sommet-des-Vignes, dans une région viticole exposée plein sud. Le Valais offre un climat quasi méditerranéen à l'abri des montagnes : peu de pluie, de longues heures de soleil, des nuits fraîches. Ce terroir alpin donne aux fruits une concentration aromatique rare, matière première idéale pour un distillateur. La poire Williams et l'abricot y trouvent une finesse que Morand met en bouteille depuis plus d'un siècle.

Du marc de raisin à la Liqueur du Grand-Saint-Bernard

À ses débuts, Louis Morand distille ce que le Valais lui offre : le marc de raisin des vignerons, des produits à base de plantes de montagne comme l'absinthe et le génépi, un vermouth, des liqueurs fines et diverses eaux-de-vie. C'est d'ailleurs une liqueur qui fera d'abord la réputation de la maison : la Liqueur du Simplon, plus tard rebaptisée Liqueur du Grand-Saint-Bernard. Ce savoir-faire de liquoriste et de bouilleur, hérité des origines, irrigue encore toute la gamme actuelle.

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Pour découvrir la distillerie

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La Williamine et les eaux-de-vie de fruits du Valais

Si la maison est connue bien au-delà des frontières suisses, elle le doit à une idée de génie née au milieu du XXe siècle. Le fruit, chez Morand, n'est jamais un prétexte : il est le cœur du produit.

La Williamine, l'eau-de-vie de poire Williams devenue une référence

En 1953, André Morand, fils de Louis, a l'intuition qui va tout changer. Profitant de la qualité exceptionnelle des poires Williams du Valais, il crée une eau-de-vie et lui donne un nom de marque : la Williamine est née. Déposée comme marque et protégée internationalement dès les années 1950, elle devient la référence européenne de l'eau-de-vie de poire Williams. La chair fine du fruit y révèle des arômes uniques, un nez de poire fraîche d'une pureté saisissante. Attention à ne pas la confondre : la Williamine est la marque déposée de Morand, quand « poire Williams » désigne simplement la variété de fruit et son eau-de-vie générique.

L'Abricotine AOP et l'abricot Luizet

Autre fleuron valaisan, l'Abricotine bénéficie d'une appellation d'origine protégée (AOP). Cette eau-de-vie exige au minimum 90 % d'abricots Luizet du Valais, distillés et mis en bouteille dans le canton. La variété Luizet, traditionnelle du Valais, offre des qualités aromatiques incomparables : c'est cette origine exclusive qui fait la richesse et la typicité du distillat. Aux côtés de la poire et de l'abricot, Morand décline d'autres eaux-de-vie de fruits (mirabelle, framboise, kirsch de cerises) dans le même esprit de fidélité au fruit.

Les liqueurs, les sirops et la gamme Cœur

La distillerie ne se limite pas aux alcools blancs. Elle propose des liqueurs « Douce de », plus sucrées et rondes, élaborées à partir de l'eau-de-vie de poire Williams, des abricots ou des coings du Valais : parfaites en digestif ou en cocktail. Les gourmands connaissent aussi ses sirops de fruits, une autre spécialité maison. Au sommet, la gamme Cœur réunit des eaux-de-vie supérieures, élaborées avec plus du double de fruit et à partir du seul cœur de la distillation : la quintessence du savoir-faire Morand.

La distillation et le savoir-faire du distillateur valaisan

Une grande eau-de-vie de fruits ne s'improvise pas. Elle demande une matière première irréprochable, une distillation précise et une main qui sait s'arrêter au bon moment. Chez Morand, chaque étape trahit un siècle et demi d'expérience.

De la cueillette du fruit à l'alambic

Tout commence au verger. Les fruits sont cueillis à parfaite maturité, gorgés de soleil valaisan, car il faut d'énormes quantités de poires ou d'abricots pour obtenir un litre de distillat. La qualité de l'eau-de-vie se joue ici, bien avant l'alambic : un fruit fade ou trop mûr ne donnera jamais un grand spiritueux. C'est pourquoi la maison reste fidèle aux variétés locales et à la fraîcheur des vergers du canton.

La macération, la fermentation et le cœur de chauffe

Les fruits sont ensuite mis à fermenter : les sucres se transforment naturellement en alcool, formant un moût aromatique. Vient alors la distillation à l'alambic, cette opération délicate où l'on sépare les vapeurs pour concentrer les arômes. Le distillateur écarte les têtes et les queues pour ne garder que le cœur de chauffe, la fraction la plus fine et la plus pure. C'est ce geste, répété avec patience, qui donne aux eaux-de-vie Morand leur finesse et leur netteté aromatique.

Le terroir et l'appellation dans le verre

À la différence d'un whisky ou d'un rhum, l'eau-de-vie de fruits ne se pare d'aucun vieillissement : elle reste un alcool blanc, cristallin, où le fruit doit s'exprimer sans masque. Le terroir se lit donc directement dans le verre, sans le voile du bois. Les appellations et labels du Valais (l'AOP de l'Abricotine, l'origine protégée de la poire Williams) garantissent cette authenticité : ce que l'on déguste vient bien des vergers valaisans, et de nulle part ailleurs.

La Distillerie Morand parmi les spiritueux, les eaux-de-vie et les liqueurs

Pour bien situer la maison Morand, il faut la replacer dans l'immense famille des spiritueux. Eaux-de-vie de fruits, whiskies, gins, rhums, liqueurs : chacun suit une logique propre, et l'eau-de-vie valaisanne y occupe une place bien à elle.

L'eau-de-vie de fruits face au whisky et à la vodka

Le whisky (qu'il soit single malt écossais, bourbon ou seigle américain) naît de céréales fermentées puis distillées, avant un long vieillissement en fûts de chêne. La vodka, elle, vise la neutralité à partir de grain ou de pomme de terre, souvent en alcool presque sans saveur. L'eau-de-vie de fruits Morand suit une voie inverse : elle part d'un fruit noble, la poire Williams ou l'abricot Luizet, et cherche à en capturer l'arôme le plus fidèle possible. Là où le whisky construit sa complexité dans le temps et le bois, la Williamine la puise dans la matière première et la précision de la distillation.

Une eau-de-vie blanche loin des fûts de chêne et du vieillissement

Comme le kirsch, la mirabelle, la grappa italienne ou le marc, les eaux-de-vie Morand appartiennent aux alcools blancs, non vieillis. Elles se distinguent ainsi d'un cognac, d'un armagnac ou d'un rhum vieux, qui prennent leur couleur ambrée et leurs notes de vanille, de caramel et d'épices dans les fûts. Ici, pas de chêne : la transparence est une signature, la promesse d'un fruit qui parle sans intermédiaire. C'est aussi ce qui rapproche l'esprit Morand des grandes traditions de bouilleurs de cru d'Europe.

Sa place parmi les liqueurs, les digestifs et les apéritifs

Riche de ses origines, la maison touche aussi à l'univers plus doux des liqueurs et des apéritifs. Ses liqueurs de fruits, plus sucrées, s'apparentent aux crèmes et aux élixirs que l'on sert au dessert, quand ses distillats de plantes rappellent les grandes traditions alpines de la gentiane, du génépi ou de la chartreuse. Entre l'eau-de-vie sèche du digestif et la douceur d'une liqueur, entre l'apéritif herbacé et le cocktail fruité, Morand couvre un spectre aromatique que peu de distilleries maîtrisent avec une telle cohérence.

Déguster et servir les eaux-de-vie Morand

Une eau-de-vie de cette finesse mérite qu'on la serve avec soin. Fraîche, elle révèle toute sa palette ; trop chaude ou noyée, elle s'efface. Voici comment profiter au mieux des flacons Morand disponibles chez Trinquay.

En digestif, la Williamine et l'Abricotine se dégustent fraîches

Le grand classique reste le digestif. Servez la Williamine ou l'Abricotine bien fraîches, autour de 6 à 8 °C, dans un petit verre tulipe qui concentre les arômes. Le froid apporte de la tenue à l'alcool et met en valeur le nez de poire ou d'abricot. Nul besoin de glaçons qui dilueraient le fruit : quelques heures au réfrigérateur suffisent. C'est la façon la plus juste de goûter tout le travail du distillateur.

Le génépi et l'absinthe, héritage des apéritifs de montagne

Fidèle à ses racines valaisannes, Morand a toujours travaillé les plantes de montagne. Ses distillats et liqueurs à base d'herbes prolongent la grande tradition alpine du génépi et de l'absinthe, ces apéritifs et digestifs amers et parfumés qui réchauffent après une journée en altitude. Servis frais ou allongés d'un peu d'eau fraîche, ils offrent une entrée en matière herbacée, à mille lieues des alcools neutres.

Les cocktails et les accords sucrés avec les eaux-de-vie de fruits

La Williamine s'invite aussi au bar. Quelques centilitres réveillent un cocktail fruité, un spritz ou un long drink au tonic, et sa liqueur de poire apporte de la rondeur aux créations plus douces. À table, ces eaux-de-vie subliment les desserts : une tarte aux poires, un sorbet à l'abricot, un chocolat noir ou une salade de fruits frais s'accordent à merveille avec un trait de distillat. De l'apéritif au dessert, la Distillerie Morand offre une signature valaisanne unique, à découvrir dans notre cave Trinquay.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Ce qu'on nous demande sur cette distillerie

Par quelle bouteille commencer ?

Par l'embouteillage de base, celui que la distillerie produit toute l'année. Il dit son style sans la rareté d'une série limitée, et si elle plaît, les versions au-dessus tiennent la même ligne. Le repère « à partir de » en tête de gamme donne la moins chère du moment.

Une bouteille ouverte se garde combien de temps ?

Un spiritueux ne vieillit plus une fois en bouteille, mais il s'oxyde une fois ouvert. Debout, bouchon serré, à l'abri de la lumière : comptez quelques mois sans changement net, puis une perte d'arômes d'autant plus rapide que la bouteille se vide.

Peut-on panacher plusieurs bouteilles dans un colis ?

Oui, le calage anti-casse tient six bouteilles par colis, panachées ou non, vins et spiritueux mélangés. La livraison est offerte dès 100 € en point relais, hors Corse.