Véritable voyage dans le temps, ce Henri Guinand 1982 est un monument du Jura arrivé à sa pleine maturité.
RECETTE
Tortellini en brodo : petits raviolis farcis au prosciutto et parmesan, pochés dans un bouillon de viande clarifié. Le plat de Noël de Bologne et Modène.
Les tortellini sont l'une des préparations les plus emblématiques de la cuisine émilienne, particulièrement de Bologne et Modène où ils font l'objet d'une véritable culture culinaire codifiée. La légende raconte qu'un aubergiste de Castelfranco Emilia, ébloui par la beauté de Vénus aperçue dans la chambre d'une auberge, aurait créé cette pâte en forme de nombril en hommage à la déesse. La réalité historique est probablement plus prosaïque (les pâtes farcies en forme d'anneau sont attestées en Italie du Nord depuis le moyen âge), mais cette histoire évocatrice illustre la passion italienne pour ce petit chef-d'œuvre de la pâte fraîche, traditionnellement servi dans un bouillon de capon ou de bœuf à la Saint-Étienne et autres grandes fêtes.
Notre version respecte la tradition bolonaise authentique avec une pâte fraîche fine à l'œuf entier, une farce classique au mélange de fromages italiens (parmesan, ricotta, pecorino), et un bouillon de volaille corsé parfumé aux légumes aromatiques. Le tour de main exige patience et précision sur deux éléments : le pliage minutieux des tortellini (chaque petite pâte farcie doit être pliée individuellement à la main en forme d'anneau autour du doigt, jamais à la machine qui produit des formes irrégulières), et la qualité du bouillon dans lequel ils sont servis (corsé, parfumé, jamais aqueux). Servis brûlants dans des assiettes creuses préchauffées avec une généreuse pluie de parmesan râpé minute, c'est un plat de réconfort italien qui transporte directement dans les trattorias de Bologne.
Véritable voyage dans le temps, ce Henri Guinand 1982 est un monument du Jura arrivé à sa pleine maturité.
Versez la farine en fontaine sur le plan de travail, formez un puits central et cassez les œufs au centre avec le jaune supplémentaire, l'huile et le sel. Battez les œufs à la fourchette en incorporant peu à peu la farine des bords, puis quand le mélange devient consistant, terminez à la main en pétrissant énergiquement pendant dix bonnes minutes : la pâte doit devenir lisse, élastique et légèrement brillante. Formez une boule, filmez-la et laissez reposer minimum trente minutes à température ambiante.
Dans un saladier, mélangez la ricotta égouttée vingt minutes dans une passoire avec le parmesan râpé, le pecorino romano, le jaune d'œuf, la muscade, le zeste de citron, le sel et le poivre. La farce doit être ferme, parfumée et tenir en boule sur une cuillère sans s'affaisser.
Coupez la pâte en quatre. Travaillez un quart à la fois en gardant les autres sous film pour qu'ils ne sèchent pas. Aplatissez au rouleau, puis passez au laminoir en réduisant progressivement l'épaisseur jusqu'au numéro sept (environ un millimètre, presque transparente). À l'aide d'une roulette ou d'un emporte-pièce, découpez des carrés de cinq centimètres de côté. Sur chaque carré, déposez une petite quantité de farce de la taille d'un petit pois au centre. Pliez le carré en triangle en humidifiant légèrement les bords pour souder, puis enroulez le triangle autour de votre index en pinçant les deux extrémités pour former l'anneau caractéristique des tortellini bolonais. Disposez sur un plateau fariné en évitant qu'ils se touchent. Répétez jusqu'à épuisement de la pâte et de la farce.
Dans une grande casserole, réunissez le bouillon de volaille brun corsé maison, l'oignon piqué, les carottes en tronçons, le céleri, le poireau, le bouquet garni et le vin blanc. Portez à frémissement et laissez infuser vingt minutes à feu doux. Filtrez le bouillon final au chinois pour ne garder que le liquide aromatique parfaitement limpide, gardez-le à frémissement très doux dans une seconde casserole. Salez selon votre goût (les fromages des tortellini apportent déjà du sel).
Portez le bouillon filtré à frémissement actif. Plongez les tortellini par fournées de vingt à trente pour ne pas surcharger : ils remontent à la surface au bout de trois à quatre minutes selon l'épaisseur de la pâte. Laissez-les cuire encore une minute après remontée. Servez immédiatement en assiettes creuses préchauffées avec une généreuse louche de bouillon brûlant, parsemez de parmesan râpé minute et de quelques pluches de cerfeuil frais. Donnez un dernier tour de moulin de poivre noir et un filet d'huile d'olive vierge extra crue en finition.
Sur ces tortellini classiques en bouillon, nous proposons un accord audacieux avec le Henri Guinand · 1982, un vin des vins de Jura mature de quarante-trois ans d'âge. Pourquoi un vieux jurassien sur des tortellini italiens ? Parce que la palette aromatique tertiaire ultime du Jura mature (notes de noix, fenouil sauvage, légère touche oxydative, fruits secs) dialogue de manière étonnante avec l'umami profond du parmesan vieilli, du pecorino et du bouillon de volaille corsé. C'est un mariage de très haute volée à réserver aux occasions exceptionnelles. Servez à seize degrés en carafe quarante minutes pour libérer le bouquet aromatique évolué.
L'accord tortellini en bouillon-vins matures est un sujet passionnant de la sommellerie italo-française contemporaine. Si vous voulez explorer des accords plus traditionnels italiens, un Lambrusco di Sorbara sec et frais (vin pétillant rouge de l'Émilie-Romagne, accord patrimonial absolu sur les tortellini), un Sangiovese de Romagne ou un Pignoletto sec dei Colli Bolognesi seraient des choix italiens régionaux exacts. Pour des options italiennes plus prestigieuses, un Brunello di Montalcino mature ou un Barbaresco évolué fonctionnent admirablement. Pour les amateurs de bulles, un Champagne extra-brut Blanc de Blancs millésimé apporterait l'élégance française signature. Évitez les vins très tanniques jeunes qui se heurteraient à la délicatesse du bouillon et des tortellini. Pour découvrir d'autres mariages avec les pâtes farcies italiennes, parcourez nos recettes et accords mets-vins. Un dernier conseil sur la conservation : les tortellini se congèlent admirablement crus disposés sur un plateau fariné, sans qu'ils se touchent, pendant deux heures pour le congélation à plat, puis transférés dans un sac de congélation. Vous pouvez ainsi en préparer une grande quantité d'avance pour un repas express un soir de semaine, en les plongeant directement congelés dans le bouillon frémissant (compter une minute de plus de cuisson par rapport aux frais).
Trois bouteilles pour cette recette
Notre choixHenri Guinand · 1982AOC Château-Chalon
Domaine Bourdy · 1934AOC Château-Chalon
Domaine Bourdy · 2000AOC Château-Chalon
QUESTIONS
Un vin buvable, oui, un grand vin non : la cuisson efface la finesse et concentre le reste, donc une bouteille fatiguée se retrouve telle quelle dans l'assiette. Une bouteille de 8 à 12 € que vous boiriez volontiers fait exactement le travail.
Oui, en gardant la couleur et le profil : un blanc sec se remplace par un autre blanc sec, jamais par un moelleux qui sucrerait la sauce. Le rosé passe partout où un blanc est prévu. Sans alcool, un bouillon relevé d'un trait de vinaigre approche le résultat sans le tenir tout à fait.
Rebouchée et au frais, elle tient trois jours en blanc, quatre à cinq en rouge. Au-delà, elle passe en cuisine plutôt qu'au verre. Elle se congèle aussi en bac à glaçons pour les déglaçages : c'est la seule façon de ne rien jeter.
Celui qui est en carte dans l'article : on met une bouteille en stock qui va au plat, pas une référence choisie au hasard du catalogue. Si elle ne vous convient pas, le lien de collection ouvre les autres bouteilles du même rayon.