Découvrez l'Aultmore 2010 Le Gus'T, un single malt du Speyside resté quinze ans dans un seul fût de bourbon, embouteillé à 57,1 % et dont les 208 bouteilles ...
DISTILLERIE
Un investisseur qui bâtit quatre distilleries en dix ans, un architecte d'Elgin dont la cheminée est devenue la silhouette du whisky écossais, et une faillite d'Édimbourg qui referme la décennie en décembre 1898. Voici comment Aultmore est née, et pourquoi son malt se rencontre surtout chez les embouteilleurs.
Derrière Aultmore il y a un homme, et cet homme a bâti quatre distilleries en une décennie avant qu'une faillite retentissante ne referme la porte. Le nom d'Alexander Edward ne figure sur aucune étiquette, celui de son architecte non plus, et l'un comme l'autre expliquent pourtant la forme du site et sa destination. Notre page de collection décrit la maison et ses embouteillages, cet article raconte le moment où elle a été construite.
Les années 1890 sont une décennie de chantiers dans le nord de l'Écosse. La demande des assembleurs paraît sans fond, les capitaux suivent, et quelques hommes multiplient les sites. Alexander Edward est de ceux-là, et Aultmore est l'une de ses réalisations.
Né en 1865 dans le Moray, Alexander Edward est le fils d'un distillateur expérimenté. À la mort de son père, en 1893, il hérite de Benrinnes, qu'il revend peu après en conservant les stocks de whisky.
Cette vente est le point de bascule de sa carrière. Elle transforme un exploitant de distillerie en investisseur capable de commander des chantiers, à un moment où le marché du malt écossais réclame des volumes que les sites existants ne fournissent plus.
Au début des années 1890, il entre dans le consortium qui bâtit Craigellachie avec Peter Mackie. Il achète ensuite le terrain d'Aultmore, au nord de Keith, puis établit Benromach et Dallas Dhu avant la toute fin du siècle.
Il fait aussi construire, en 1896, l'hôtel de Craigellachie, destiné à recevoir les visiteurs fortunés qui venaient chasser et pêcher dans la région. Le whisky et le tourisme sportif entraient dans le même calcul, et une distillerie du Speyside n'était pas seulement une affaire de production.
Trois éléments décidaient d'un emplacement : une eau abondante et constante, un accès à la tourbe et à l'orge, une voie ferrée pour sortir les fûts. Le plateau au nord de Keith réunissait les trois, ce qui explique qu'un homme d'affaires y ait investi plutôt qu'ailleurs.
Le quatrième critère, moins visible, était la proximité des assembleurs. Une distillerie neuve des années 1890 ne se construisait pas pour vendre du single malt sous son nom, elle se construisait pour livrer un ingrédient à des maisons de négoce qui, elles, tenaient le marché.
Découvrez l'Aultmore 2010 Le Gus'T, un single malt du Speyside resté quinze ans dans un seul fût de bourbon, embouteillé à 57,1 % et dont les 208 bouteilles ...
Le nom d'Alexander Edward va rarement seul dans les chroniques du Speyside. Pour Aultmore comme pour la plupart des chantiers de la décennie, il fait appel au même homme, un géomètre devenu architecte qui a laissé sa marque sur le paysage du whisky écossais.
Charles Doig travaille à Elgin, d'abord pour un géomètre dont il devient l'associé. Il conçoit non seulement les bâtiments, mais aussi une partie du matériel de distillation, ce qui en faisait un interlocuteur unique pour un commanditaire pressé.
On lui attribue des dizaines de sites écossais, construits, agrandis ou remaniés au fil de sa carrière. Aultmore est de ceux-là, et cela situe le site dans une famille de bâtiments dont la logique interne se ressemble d'une vallée à l'autre.
En 1889, à Dailuaine, Doig est appelé pour améliorer le tirage au-dessus d'un four de touraillage. Il dessine une cheminée à toit relevé, aux avancées incurvées, qui évacue mieux l'air chaud du foyer.
Cette pièce technique est devenue la silhouette du whisky écossais, reprise par des dizaines de distilleries et par leurs services commerciaux. Elle est pourtant née d'un problème de circulation d'air, et non d'une intention décorative : là où la maison ne maltait plus, elle n'avait plus de raison d'être.
Une distillerie de cette génération se lit comme une chaîne : réception de l'orge, maltage, brassage, fermentation, distillation, chais. La disposition sert le débit, pas la visite, et les proportions sont calculées sur la commande attendue.
Aultmore n'a jamais été dimensionnée pour recevoir du public. C'est un outil de fourniture, et cette destination se lit encore dans le fait que son malt a mis un siècle à paraître régulièrement sous son propre nom.
La décennie se termine mal. Une maison d'assemblage d'Édimbourg, montée très vite et tenue par deux frères, s'effondre en quelques jours et emporte avec elle une partie du marché. L'épisode a un nom dans l'histoire du scotch, et il a durablement refroidi les investisseurs.
Robert et Walter Pattison venaient du lait avant de venir au whisky. Leur maison d'Édimbourg assemblait, exportait, et dépensait des sommes considérables en publicité, sur des profits qui s'avéreront gonflés.
Le 5 décembre 1898, l'action de préférence de la société s'effondre. La banque coupe le crédit quelques jours plus tard, la liquidation s'ouvre, et il apparaît qu'environ cinq cent mille livres manquent, pour des actifs valant moins de la moitié.
Les Pattison avaient vendu comme whisky de qualité un liquide coupé d'alcools bien moins chers, et surévalué leurs propriétés. Les deux frères sont condamnés pour fraude en 1901, l'aîné à dix-huit mois de prison, le cadet à neuf.
Une dizaine d'entreprises tombent dans leur sillage. Le vrai dégât est ailleurs : les assembleurs cessent d'acheter, les stocks de malt écossais s'accumulent, et des sites neufs se retrouvent sans débouché du jour au lendemain.
La distillerie avait à peine trouvé son rythme. Sa capacité venait d'être doublée et une machine à vapeur venait d'être installée quand le marché s'est retourné, et sa production est fortement réduite au tournant du siècle.
Elle ne retrouve un régime normal qu'au début des années 1900. Un site entièrement dépendant de la demande des assembleurs était par construction le plus exposé de tous, et c'est exactement ce qui s'est produit.
Un siècle et quart plus tard, la conséquence est visible dans un rayon : la distillerie se rencontre surtout par des étiquettes qui ne sont pas la sienne. Nos bouteilles viennent toutes de maisons qui ont acheté des fûts.
Aultmore a été bâtie pour livrer un ingrédient, et elle l'a fait pendant l'essentiel de son existence. Son malt partait dans des assemblages, ce qui n'a jamais rien dit de sa qualité : un blended Scotch et un single malt répondent à deux attentes différentes, et notre page consacrée aux assemblages détaille ce que la catégorie recouvre.
La conséquence pratique est ailleurs. Pour goûter ce distillat seul, il a longtemps fallu passer par un embouteilleur indépendant, et l'habitude est restée dans le catalogue des amateurs.
Les frères Thompson, à Dornoch, publient régulièrement des fûts de cette distillerie : un millésime 2014 à dix ans et 54,9 %, un autre à onze ans et 56,1 %, un 2009 à treize ans et 50 %, un quatorze ans à 48,5 %. Quatre lectures d'un même distillat, à des âges et des degrés qui ne se recoupent pas.
Mossburn travaille autrement : la maison achète des fûts et les élève dans ses propres chais avant de les mettre en bouteille. Son Aultmore porte le millésime 2008, quatorze ans de bois et 52,6 %.
Le fournisseur publie ses choix de fûts sous des sélections identifiées en chiffres romains. La quarante-deuxième porte un Aultmore de 2010, quinze ans de fût, 57,1 %, avec le numéro de fût imprimé sur l'étiquette.
Ce numéro identifie un contenant, jamais une qualité ni un âge. Deux pièces de bois voisines, remplies le même jour, peuvent livrer des whiskies très éloignés l'un de l'autre, et c'est tout l'intérêt d'une mise issue d'un seul fût.
QUESTIONS FRÉQUENTES
Par l'embouteillage de base, celui que la distillerie produit toute l'année. Il dit son style sans la rareté d'une série limitée, et si elle plaît, les versions au-dessus tiennent la même ligne. Le repère « à partir de » en tête de gamme donne la moins chère du moment.
Un spiritueux ne vieillit plus une fois en bouteille, mais il s'oxyde une fois ouvert. Debout, bouchon serré, à l'abri de la lumière : comptez quelques mois sans changement net, puis une perte d'arômes d'autant plus rapide que la bouteille se vide.
Oui, le calage anti-casse tient six bouteilles par colis, panachées ou non, vins et spiritueux mélangés. La livraison est offerte dès 100 € en point relais, hors Corse.